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07 août 2009

Les veilleurs, magistral thriller onirique

rl09_veilleurs.jpgLes veilleurs porte merveilleusement bien son titre. Car, en plus de mettre le sommeil et les rêves au cœur de son intrigue, le premier roman de Vincent Message est de ceux à vous faire passer des nuits blanches. Dès la prise en main, le livre vous impose sa propre logique. On tient dans sa main ce pavé inhabituel pour un roman français, encore plus pour un premier texte. On lit les cinq premières pages. Encore deux, puis deux encore… Inutile de lutter : les lectures en cours attendront. Car le livre ne ressemble à rien de ce que la littérature française nous a habitués depuis longtemps.


En quelques minutes, Oscar Nexus passe du statut d’anonyme à celui d’attraction médiatique et judiciaire de la ville de Regson. Veilleur de nuit invisible, il descend un matin dans la rue et abat trois personnes. Quelques secondes après, il s’endort profondément sur les cadavres. Pour le gouverneur de la ville, Samuel Drake, son cas doit être réglé au plus vite : sa maîtresse Ania Waleska fait partie des victimes, et Drake craint une tentative de déstabilisation à la veille d’une campagne électorale. Bien qu’amnésique et ne pouvant expliquer son geste, Nexus est condamné à la perpétuité. Reste une question : possédait-il toutes ses facultés mentales au moment de crime ?

Afin de déterminer s’il doit aller en prison ou en institut psychiatrique, la justice charge deux hommes d’analyser Nexus. Joachim Traumfreund, psychanalyste aux méthodes peu orthodoxes, et Paulus Rilviero, un flic sur le retour, vont isoler le meurtrier à l’Aneph, une villa étrange bâtie à flanc de montagne. De leurs entretiens, les deux hommes vont découvrir que Nexus vit pendant ses rêves une vie parallèle, dans le Séabra, un désert au centre de conflits entre tribus aux origines lointaines. Peu à peu, Traumfreund et Rilviero plongent avec lui dans ce monde imaginaire où se trouve la clé de ses actes à Regson.

vincent_message.jpgLes veilleurs manie à merveille les faux-semblants. Par son postulat, d’abord : utilisant la logique d’un roman à suspense de haut niveau, il apparaît bien vite que le livre dépasse ce genre. Car il plonge ses lecteurs dans deux univers de fiction parallèle : la ville de Regson, inspirée des mégapoles que nous connaissons, et le Séabra, ce monde onirique où se mêlent pratiques ancestrales et interrogations d’aujourd’hui (face à la consommation des villes, le désert avance : les gouverneurs régionaux du pays vont-ils faire force commune pour le stopper ?). Bien vite, le livre embrasse de nombreux genres littéraires, sans jamais lâcher prise sur son point de départ. Nexus est-il fou ? La question hante les personnages et le lecteur tout au long du livre, et lorsque des pistes commencent à se dessiner, aux alentours de la page 500, les cent-trente qui vont suivre n’ont pas fini de nous réserver des surprises…

Lorsque l’on referme le livre, une des seules certitudes qu’il nous reste est celle d’avoir découvert un nouvel auteur à part entière. Car l’écriture de Vincent Message est tout simplement stupéfiante : oscillant entre une intrigue à trois personnages et une autre aux innombrables protagonistes, l’auteur de 26 ans sait aussi moduler son texte, passant d’un narrateur à l’autre au sein d’un même paragraphe, sans jamais perdre son lecteur. Une fois la dernière page achevée, on replongerait presque dans le livre pour en découvrir d’autres facettes. Une chose est sûre : avec ses Veilleurs, Vincent Message réveille la rentrée littéraire !

 

« Les veilleurs » de Vincent Message, Editions du Seuil, 640 pages, 22€. Parution le 20 août.
Visiter le site de Vincent Message.

La première pages de Les veilleurs


A en croire la très bonne parole, il faut que je sois fou. Ils ont réfléchi toute la nuit derrière des portes closes, et maintenant que la fatigue a fini par les mettre d'accord, ils peuvent le dire sans aucun risque de se tromper: c'est ça. L'un d'eux monte au créneau pour défendre cette position. Le pauvre est mal barré. Pour rien au monde je n'échangerais nos places. Il se racle la gorge, toussote d'un air qu'il voudrait compétent. Moi je regarde l'auditoire et les filets de salive suspendus à ses lèvres. Du coup le diagnostic m'échappe, ou peut-être je n'y comprends rien, et la Juge doit lui demander d'articuler encore une fois. Alors, en détachant mieux les syllabes: perpétuité. Après qu'il a lâché ce mot, son visage pris de vertige se décompose; il se retourne vers ses collègues, guettant un signe d'approbation, mais les autres ont disparu dans leurs cols de chemise et ne sont plus en état de hocher la tête. Il se met à chercher un appui dans la salle, un point quelconque où fixer son regard; il ne trouve pas; partout le bois travaille et bouge, les lattes craquent sous le poids de ceux qui sont morts. Il s'égare plusieurs heures, puis ajoute d'une voix qui me paraît manquer de conviction: «Car s'il est difficile de juger de la personnalité de l'accusé ou des raisons de son acte, étant donné sa mauvaise volonté évidente et son refus de coopérer avec la justice, les faits du moins sont clairement établis.»

On en revient donc aux faits: je me suis trouvé mêlé à une affaire de meurtre. Par un beau matin de février, un peu froid mais lumineux, je suis descendu dans la rue armé d'un pistolet et j'ai tué trois personnes. C'étaient apparemment des gens que je ne connaissais pas, et qui ne m'avaient rien demandé. Ils étaient des êtres humains, moi aussi peut-être, et ça ne se passait pas trop mal. Ensuite les cinquante-quatre témoins ont compté sept ou huit coups de feu. Moi j'ai vu les rosaces de cervelle jaillir sur le trottoir. La rue brusquement cathédrale. Les grandes orgues qui se mettaient en marche.

© Editions du Seuil, 2009

Commentaires

Eh bien voilà qui paraît prometteur, très prometteur au cœur d'une rentrée littéraire aux airs de Waterloo (morne plaine).
On va donc attendre le 20 août.
Et dans l'intervalle, plusieurs lectures de Inherent Vice, de vous-savez-qui.
Entre autres.

Ecrit par : g@rp | 07 août 2009

Cette page me met l'eau à la bouche!

Ma seule lecture de prévue est le recueil de Romain Candusso (Dents du rêve) alors je pense qu'un compagnon ne sera pas de refus pour une plongée plus longue!

Ecrit par : Hollow | 07 août 2009

Tout cela me rappelle ce que vous aviez dit il y a deux ans déjà à l'occasion de la sortie du premier roman de Julien Capron, formidable texte qui signait à n'en pas douter (du moins je n'en doute pas) une entrée en littérature des plus excitantes, et qui fut injustement oublié de la "critique". Espérons que le Message soit aussi fort, mais d'après ce que j'entends de çi de là, ça pourrait être le cas. Attendons le 20.

Par ailleurs, avez-vous eu l'occasion de lire le nouveau roman de Capron ? (Match Aller)

Ecrit par : ThomZ | 08 août 2009

ThomZ a raison, le Julien Capron - Amende honorable - a été injustement oublié (je me demande même si les chums d'un certain Club en ont parlé ; il ne me semble pas).
Il a écrit son deuxième ? Thom ou Christophe, si vous l'avez lu : un petit mot à son sujet, siouplè ? (je prépare ma liste de fournitures pour la rentrée)
Merci & encore bonnes vacances à ceux qui partent & haut les coeurs à ceux qui rentrent.

Ecrit par : g@rp | 09 août 2009

Juste un mot sur le nouveau Julien Capron, avant les vacances (donc), que je n'ai pas encore fini, mais dont j'ai suffisament lu pour en parler un peu. Match aller reprend l'univers et certains des personnages d'Amende honorable. Le livre est aussi volumineux et vaste que le premier (700 pages environ), et les 150 premières pages ne démentent pas les espoirs placés ici-même dans son auteur. D'autant qu'une suite, Match retour, est déjà annoncée.
Critique à venir à la rentrée sur Culture Café, sans faute. A plus.

CG

Ecrit par : Christophe GREUET | 09 août 2009

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