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18 juillet 2009

Un roman français, Beigbeder plonge dans son passé

rl09_romanfr.jpgDeux ans après la parution en juin du très moyen Au secours pardon, Frédéric Beigbeder réintègre la rentrée de septembre pour son nouvel ouvrage, Un roman français. Ce huitième roman est probablement ce que le très médiatique auteur a fait de mieux aujourd’hui, surpassant peut-être l’excellent Windows on the world. Les deux livres ne manquent d’ailleurs pas de similitude, Beigbeder s’y mettant à nu à la lumière d’un événement brutal chamboulant son quotidien.


Le 28 janvier 2008, alors que son frère Charles s’apprête à recevoir la Légion d’honneur au Palais de l’Elysée, Frédéric Beigbeder est mis en garde à vue. La police vient de l’arrêter à la sortie d’une boite de nuit sniffant de la cocaïne sur le capot d’une voiture. Commence alors pour l’auteur plusieurs jours d’enfermement. Pourtant, cette situation va permettre à l’écrivain de se replonger dans sa mémoire et ses origines, alors qu’il se croyait amnésique de son propre passé. Mais ces souvenirs sont-ils réels, ou l’invention d’un écrivain aux prises avec ses excès ?

Alors que Beigbeder a passé une grande partie de son œuvre en se réinventant dans des doubles de fiction, Un roman français nous plonge dans le passé intime de l’homme lui-même. Comment vit-il son double statut d’écrivain et de star médiatique ? Quelles sont ses origines familiales ? Comment a-t-il vécu son enfance avec deux parents divorcés ? Où en beigbeder.jpgest-il avec son frère, qu’il présente comme son total opposé ? Et pourquoi a-t-il si longtemps enfoui ses souvenirs ? Autant de questions que l’enfermement va amener à livrer quelques éléments de réponse. Pourtant, ce texte intime porte bien son titre, car c’est sur le mode romanesque que Beigbeder investit son histoire personnelle, sans jamais tomber dans la chronique people. Tout en laissant planer une ambiguïté : le livre ne serait-il pas, à la manière du Lunar Park de Bret Easton Ellis, pure réinvention de l’auteur lui-même ?

Au delà de ce récit personnel tourné vers le passé, Un roman français est également en prise avec l’actualité. A la lumière de son expérience, Beigbeder fait un portrait sans merci du système policier et carcéral français. On le suit dans sa cellule de garde à vue, ses déboires avec un procureur souhaitant se “payer” une célébrité, et son traumatisant séjour au dépôt de Paris, qu’il qualifie de « pourrissoir d’humains ». Cette partie du livre, plus proche du reportage, est probablement la moins convaincante. Probablement parce que le statut de Beigbeder n’y a pas grand chose à voir avec le sort des autres détenus qu’il croise, même s’il a vécu une expérience traumatisante. Que la fanfaronnade de star qui l’y a conduit n’est pas vraiment le meilleur prétexte pour dénoncer les inégalités de notre société, ou alors dans le sens opposé au but précisément recherché. Car c’est finalement un grand avocat, loin d’un simple commis d’office, qui vient le tirer de ce faux pas.

Si l’on exclut cette dernière partie du livre, qui peut laisser le lecteur sur une note amère, Un roman français reste néanmoins un livre qui devrait marquer la carrière de son auteur, que l’on avait crû un moment perdu dans des fictions oubliables.

 

« Un roman français » de Frédéric Beigbeder, Editions Grasset, 282 pages, 18 €. Parution le 20 août.

Le premier chapitre de Un roman français


1. Les ailes coupées

Je venais d'apprendre que mon frère était promu chevalier de la Légion d'honneur, quand ma garde à vue commença. Les policiers ne me passèrent pas tout de suite les menottes dans le dos ; ils le firent seulement plus tard, lors de mon transfert à l'Hôtel-Dieu, puis quand je fus déféré au Dépôt sur l'île de la Cité, le lendemain soir. Le président de la République venait d'écrire une lettre charmante à mon frère aîné, le félicitant pour sa contribution au dynamisme de l'économie française : " Vous êtes un exemple du capitalisme que nous voulons : un capitalisme d'entrepreneurs et non un capitalisme de spéculateurs. " Le 28 janvier 2008, au commissariat du VIIIe arrondissement de Paris, des fonctionnaires en uniforme bleu, revolver et matraque à la ceinture, me déshabillaient entièrement pour me fouiller, confisquaient mon téléphone, ma montre, ma carte de crédit, mon argent, mes clés, mon passeport, mon permis de conduire, ma ceinture, mes lacets et mon écharpe, prélevaient ma salive et mes empreintes digitales, me soulevaient les couilles pour voir si je cachais quelque chose dans mon trou du cul, me photographiaient de face, de profil, de trois quarts, tenant entre les mains un carton anthropométrique, avant de me reconduire dans une cage de deux mètres carrés aux murs couverts de graffitis, de sang séché et de morve. J'ignorais alors que, quelques jours plus tard, j'assisterais à la remise de Légion d'honneur de mon frère au palais de l'Élysée, dans la salle des fêtes, qui est moins étroite, et que je regarderais alors par les baies vitrées le vent troubler les feuilles des chênes du parc, comme si elles me faisaient signe, m'appelaient dans le jardin présidentiel. Allongé sur un banc en ciment, aux alentours de quatre heures du matin, en ce soir noir, la situation me semblait simple : Dieu croyait en mon frère et Il m'avait abandonné. Comment deux êtres aussi proches dans l'enfance avaient-ils pu connaître des destins aussi contrastés ? Je venais d'être interpellé pour usage de stupéfiants dans la rue avec un ami. Dans la cellule voisine, un pickpocket tapait du poing sur la vitre sans conviction, mais avec suffisamment de régularité pour interdire tout sommeil aux autres détenus. S'endormir eût été de toute façon utopique car même quand les séquestrés cessaient de beugler, les policiers s'apostrophaient à haute voix dans le couloir, comme si leurs prisonniers étaient sourds. Il flottait une odeur de sueur, de vomi et de bœuf-carottes mal réchauffé au micro-ondes. Le temps passe très lentement quand on n'a plus sa montre et que personne ne songe à éteindre le néon blanc qui clignote au plafond. À mes pieds, un schizophrène plongé dans un coma éthylique gémissait, ronflait et pétait à même le sol de béton crasseux. Il faisait froid, pourtant j'étouffais. J'essayais de ne penser à rien mais c'est impossible : quand on enferme quelqu'un dans une niche de très petite taille, il gamberge affreusement ; il tente en vain de repousser la panique ; certains supplient à genoux qu'on les laisse sortir, ou piquent des crises de nerfs, parfois tentent de mettre fin à leurs jours, ou avouent des crimes qu'ils n'ont pas commis. J'aurais donné n'importe quoi pour un livre ou un somnifère. N'ayant ni l'un, ni l'autre, j'ai commencé d'écrire ceci dans ma tête, sans stylo, les yeux fermés. Je souhaite que ce livre vous permette de vous évader autant que moi, cette nuit-là.

© Editions Grasset, 2009

Commentaires

"la fanfaronnade de star qui l’y a conduit n’est pas vraiment le meilleur prétexte pour dénoncer les inégalités de notre société, ou alors dans le sens opposé au but précisément recherché."

Je ne te le fais pas dire.
Après les autofictions, les journaux intimes novellisés ?
Ah ben nous v'là bien...

Ecrit par : g@rp | 19 juillet 2009

BEG. a malhereusement trop bégayé ou bafouillé en son temps,en crachant toutefois un peu dans la soupe au passage,dans l'action pamphlétaire,sur le monde de la Pub.&la Communication.En général,tous des bons amis de notre "Leader Maximos",pour ne pas payer la note,dans le témoignage à peine caricatural,du monde des affaires coté pile,...!Pour se venger les champions du sophisme,,on poussé le bouchon comble d'humiliation, à décorer le frangin au même moment,ça c'est un scénariot digne d'une agence de Pub. assez fine...!"SHAVAS BEDE (ça va pété) petit freluquet, de s'attaquer à nos augustes personnes.Je les voies d'ici dans leur Conseil d'Administration,vociférer sur un blasphème écornant leur image polissée,qui semble de +en + désincarnée et soporiphique.

Ecrit par : de Maillefeux | 25 juillet 2009

J'attends ce roman avec impatience.

En espérant que vous ayez raison et que je ne sois pas déçue ! ;)

Ecrit par : Angel-A | 01 août 2009

Ah! si notre cher Beigbeder ,avait possédé dans sa jeunesse ...
(sans famille ) d'hector Malot
et Oliver Twist de Charles Dickens,il aurait évalué son contexte de vie avec un peu plus d'humilité !
Le roman français est néanmoins très bon.
cordialement
Andréa

Ecrit par : novick andrea | 01 septembre 2009

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