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14 juillet 2009

Rentrée littéraire de septembre 2009 : les romans étrangers

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Alors que les lecteurs américains découvriront les nouveaux romans de Pynchon, Vollmann et Ellroy, les amateurs français de littérature étrangère n’auront pas non plus de quoi chômer en cette rentrée 2009. A l’inverse de la rentrée française, un peu plus de titres seront traduits cette année : 229 contre 210 l’an passé. Et si les grands noms qui emportent tout sur leur passage se font un peu plus discrets, il n’en demeure pas moins que la qualité promet d’être au rendez-vous. A noter cette année une rentrée plus variée qui, outre la littérature anglo-saxonne, donne aussi une large place aux auteurs espagnols, indiens, néerlandais ou danois.


jeu_de_lange.jpgL’auteur catalan Carlos Ruiz Zafon sera sans conteste l’une des stars de cette rentrée étrangère, du moins sur la plan du tirage. L’auteur du best-seller mondial L’ombre du vent avec Le jeu de l’ange, sorte de suite de son best-seller. Robert Laffont annonce une mise en place record de plus de 200 000 exemplaires ! Une politique courageuse en temps de crise, l’ouvrage de plus de 600 pages étant quand même vendu 22 €. Du coup, Grasset remet en vente le premier volet. Toujours du coté des tirages massifs, Gallimard sortira le très attendu nouveau Philip Roth, Exit le fantôme. Il faudra néanmoins attendre la fin octobre, date qui avait porté chance à Un homme. Enfin, le nouveau Colum McCann, titré Et que le vaste monde poursuive sa course folle, devrait non plus ne pas passer inaperçu dans les librairies. D’autant que Belfond se risque à une parution le 13 août, une semaine avant le début des hostilités chez ses concurrents. Enfin, sortie de son nouveau film oblige, Quentin Tarantino sera au centre de deux livres : le scénario intégral de Inglourious basterds chez Pavillons Poche et chez Denoël, une biographie cinéphile et inspirée signée Jérôme Charyn (sobrement titrée Tarantino),

fonction.gifDu coté des autres auteurs américains attendus, on devrait beaucoup parler du premier roman du regretté David Foster Wallace, La fonction du balai (Au diable Vauvert). Mais Tristram risque de remporter la mise avec Le livre des violences de William T. Vollmann, qui est la “version courte” (près de 1000 pages quand même) de Rising up and rising down, monumental essai sur la violence de 7000 pages, paru en 2003 chez l’éditeur américain McSweeney’s. A noter que le fondateur de ce dernier, Dave Eggers, sera également présent dans la rentrée 2009 avec Le grand quoi (Gallimard), énorme autobiographie romancée d’un jeune malien réfugié dans les camps d’Ethiopie. Enfin, on lira avec attention le nouveau roman de Richard Price (Les seigneurs), titré Souvenez-vous de moi, que les Presses de la cité sortent également le 13 août.

histoire.jpgLa littérature indienne sera bien représentée avec plusieurs ouvrages prometteurs. Après Loin de Chandigarh, on découvrira avec intérêt le nouveau roman de Tarun J. Tejpal, Histoire de mes assassins (Buchet-Chastel). De son côté, Grasset mise sur le premier roman de Sujit Saraf, Le trône du paon, situé pendant les émeutes déclenchée par l'assassinat d'Indira Gandhi. Enfin, Héloïse d’Ormesson misera sur la désormais connue Abha Dawesar, dont le nouveau livre s’intitule sobrement L’Inde en héritage.

D’ordinaire très discrète, la littérature d’Europe du Nord sera également à découvrir. Gallimard publie Là-haut tout est calme du néerlandais Gerbrand Bakker, ainsi que Les mains rouges, du danois Jens Christian Grondahl. De son coté, Fayard nous fera découvrir le premier roman de l’auteur néerlandaise Anne Provoost, Regarder le soleil. Enfin, Héloïse d’Ormesson édite une nouvelle fois la néerlandaise Vonne van der Meer, avec Le voyage vers l’enfant.

LAstory.jpgDu coté des auteurs anglo-saxons moins médiatisés, on devrait beaucoup parler de l’énorme L.A. story, signée de l’auteur de Mille morceaux, James Frey (Flammarion). L’Olivier ne manquera pas à sa réputation et promet deux découvertes : Netherland, le premier roman traduit en français de Joseph O’Neill, et Les enfants de Las Vegas, premier texte de Charles Beck, présenté comme élève des ateliers d’écriture de Rick Moody. Un autre premier roman traduit en Français paraît au Seuil dans la collection Fiction & Cie, le très jazzy Slumberland de l’essayiste Paul Beatty.

Au diable Vauvert présentera La belle rouge de Poppy Z. Brite, suite directe de l’excellent Alcool paru à la rentrée 2008. Enfin, terminons ce panorama par la parution chez Denoël du nouveau de livre de David Lewitt (Le manuscrit perdu de Jonah Boyd), Le comptable indien.

Lire aussi : les romans français

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Le Rapt (Fayard)
Anouar Benmalek signe un chef-d’œuvre : Crime et châtiments
(El Watan, 27 juillet 2009)

Les histoires de haine finissent mal en général. Celle que nous offre Anouar Benmalek encore plus. Il y a du Dostoïevski chez l’auteur du Rapt, l’humour en plus. C’est un livre qu’on a la chance d’avoir entre les mains qu’une fois tous les dix ans. La dernière œuvre d’Anouar Benmalek est d’une rare puissance. On y pénètre hilare, on y reste le cœur serré, stressé, et on en sort complètement retourné.



 L’écrivain algérien le plus talentueux depuis Kateb Yacine nous kidnappe dès la première page. Chaque livre de l’auteur d’Ô Maria est un évènement, celui-ci est un condensé de tout son art. Il y retrouve son Algérie et nous y perd, à notre grand bonheur et malheur. Ça commence comme dans un sketch de Fellag au meilleur de sa forme (la scène de l’otage au pantalon blanc est suavement absurde, loufoque). On se prend à culpabiliser de rire de nos malheurs. Et à ce jeu, Anouar Benmalek n’a pas son égal pour décortiquer la société algérienne. Les puissants et les petites gens en prennent pour leur grade. Les grandes lâchetés et les petits compromis, comme des plaies jamais cicatrisées, sont de nouveau ouvertes par un chirurgien ivre d’une Algérie prise en otage par les barbus, même ceux au visage glabre.
Et comme le passé ne meurt jamais, il s’invite toujours à l’improviste et phagocyte le présent. Une guerre ne finit jamais, elle continue de faire des victimes un demi-siècle plus tard. Anouar Benmalek convoque la guerre d’indépendance à se joindre à l’actuelle. Le résultat est détonant. Plantons le décor. Aziz, quadra désabusé, revenu de tout sans être allé nulle part, voit sa vie basculer quand sa fille est enlevée par un étrange ravisseur. La mort est insatiable, elle demande de plus en plus de victimes. Et quand la revanche aiguise son appétit, elle devient ogresse. Elle exige sa part.
Anouar Benmalek laisse exploser son talent pour sonder l’âme humaine, ses petitesses, mais aussi ses actes de bravoure, et dépoussiérer l’histoire officielle. Melouza mon amour, Melouza ma honte. Dans un appartement étouffoir, rempli de secrets, un ravisseur, au pouvoir de vie et (surtout) de mort, choisit l’agneau d’Abraham. A tour de rôle, les habitants deviennent prisonniers de ses caprices, mais aussi de leur passé. Le personnage de Mathieu (beau-père d’Aziz), ancien militaire français resté en Algérie après l’indépendance, est très touchant. Qui est Mathieu ? Un homme lâche d’un courage inouï. Un homme qui apaise son passé en rendant l’avenir possible pour sa petite-fille. Le Rapt est un livre majeur, d’une rare puissance dramatique. A lire d’urgence.
Le Rapt, Anouar Benmalek, Fayard, 2009
par Rémi Yacine

Ecrit par : Passionné de Livre | 09 août 2009

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