« Vers la douceur… et l’oubli | Page d'accueil | Tonnerre sous les tropiques, folie sur Hollywood »
11 avril 2009
Pour en finir avec la loi Hadopi

Quelques jours à peine après le terrible tremblement de terre en Italie, c'est une nouvelle onde de choc qui a secoué le milieu culturel français. Sans avoir endommagé de bâtiments historiques, une certaine idée de la modernité a néanmoins été mise à mal. Le rejet, jeudi, du projet de loi Hadopi a plongé le gouvernement dans une nouvelle crise politique, provoquant ici la grogne des milieux artistiques et là la joie des opposants.
Hier, la presse nationale se déchaînait sur ses unes : « Téléchargement : la majorité fait de nouveau défaut à Sarkozy » (Le Monde), « Loi Hadopi, l’UMP coupée en plein élan » (Libération), « Hadopi, un “loupé” qui pèsera sur les relations Sarkozy-Copé » (Le figaro) ou « Internet : la majorité prise au piège de la loi antipiratage » pour Les échos, qui consacraient pas moins de trois articles à l’événement. Même Variety et The Hollywood reporter, bibles anglo-saxonnes de l’entertainment, ouvraient leurs rubriques “International” sur le sujet. Bien que peu étonnante en France, cette cacophonie aura empêché l’ouverture d’un salutaire débat du secteur culturel sur les solutions qui pourraient endiguer le piratage, plutôt que sa répression par défaut.
Certains l’ont courageusement souligné : la loi Hadopi ne rapportera pas un centime aux artistes, favorisant au mieux leur fracture avec public, et coûtera beaucoup d’argent au contribuable. Il est par ailleurs hautement probable que ces mesures soient inapplicables, vu les objectifs mégalomanes fixés par Christine Albanel (10000 avertissements et 1000 coupures par jour !).
Le problème en effet n’est pas tant de supprimer le piratage, mais plutôt de réflechir à comment éliminer son recours par les internautes. Il n’est pas question ici de remettre en cause le caractère illégal du téléchargement. Pourtant, aucune des solutions proposées par l’industrie, du cinéma surtout, ne saurait convenir à un endiguement du phénomène. La riposte graduée aboutissant à la coupure de ligne ? C’est probablement la sentence le plus inégalitaire, contrairement à ce que peut proclamer la ministre. En effet, ceux qui ne peuvent se payer les DVD ou autres téléchargements légaux ne seront pas plus riches sans connexion Internet. Ils ne risquent donc pas de se tourner vers des solutions payantes, et seront fortement pénalisés pour des questions d’une autre importance, la recherche en ligne d’un emploi par exemple. La licence globale ? Pas plus adaptée, car elle reviendrait à verser une somme d’argent contre une sorte d’impunité face à un acte délictueux. L’amende ? Ce serait la meilleure des solutions parmi les plus mauvaises, car elle mettrait chacun face à ses responsabilités de façon à peut près équitable, un peu comme face à un excès de vitesse.
Reste à trouver une solution qui pourrait faire sortir du dilemne par le haut l’Etat, l’industrie et l’internaute. Qui a seulement pensé que le téléchargement illicite ne pouvait, en aucun cas, constituer autre chose qu’une démarche de substitution pour les internautes, et non une effraction volontaire de la loi ? Substitution à une soirée onéreuse de détente au cinéma avec sa famille, substitution face à une lenteur des distributeurs français, ou substitution face à une offre dans les salles qui se resserre comme une peau de chagrin, voyant chaque année de moins en moins de films culottés sortir sur les écrans français.
Il serait temps que les pouvoirs publics utilisent le budget alloué à l’Hadopi pour créer une solution alternative de distribution digitale. Celle-ci pourrait par exemple prendre la forme d’une plate-forme Internet croisée qui regrouperait, chaque mois, un certain nombre de nouveaux films des différents distributeurs, que l’on pourrait visionner en streaming. Afin de s’adresser au plus grand nombre, l’offre pourrait être “tirée” par quatre ou cinq grosses machines, pendant que d’autres structures y organiseraient des avant-premières ponctuelles. Les professionnels les plus audacieux pourraient enfin y proposer à moindres frais un catalogue de films inédits, dont ils possèdent souvent les droits, mais n’osent les sortir en salles ou DVD face aux énormes frais fixes induits (tirage des copies, stockage, campagnes marketing…). Bien entendu, afin que personne ne soit lésé, un tel service serait payant pour ses utilisateurs. Le tarif ? Calqué sur celui d’une carte cinéma, soit une quinzaine d’euros par mois (moins de deux places de cinéma). Une somme que les protagonistes pourraient se redistribuer en respectant les quotas aloués à chacun.
Une fois mise en place pareille offre, il serait possible d’envisager une loi pour lutter contre les contrevenants. Mais j’entends d’ici hurler à l’escroquerie tous ceux, pouvoirs publics, artistes soit-disant "populaires* et majors orweliennes en tête, qui ne pourraient pas assouvir un sentiment de domination et de répression. On a les élites et les artistes qu’on mérite.
C.G.
09:00 Publié dans La chronique du samedi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la chronique du samedi, loi hadopi























Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.