« La solitude des nombres premiers, un nouveau talent italien est né | Page d'accueil | Southland tales en exclu chez vous »
04 avril 2009
Claro et le capitalisme, la crise, les yuppies
Ce sont des coïncidences que l’on attribuera, une fois encore, aux fameux « hasards des calendriers éditoriaux » (selon l’expression consacrée). Toujours est il qu’à seulement quelques semaines d’intervalles paraissent deux livres traduits par Claro, écrits aux Etats-Unis par deux auteurs non-américains aux prénoms très proches, traitant du capitalisme et du libéralisme. Pourtant, Golden Gate et Das Kapital sont aux antipodes l’un de l’autre, et témoignent chacun de deux approches littéraires très différentes.
On attendait depuis longtemps la traduction en français de Golden Gate, véritable prouesse littéraire de l’auteur d’origine indienne Vikram Seth (photo ci-contre). Paru aux Etats-Unis au milieu des années 80, le livre est entièrement écrit en vers. Cette forme provoque un contraste assez saisissant avec le sujet, un portrait au vitriol de l’Amérique des eighties, où le dollar est roi et les yuppies des maîtres du monde en perdition affective.
Sans jamais se départir de son ambition romanesque, Golden Gate nous plonge dans le San Franscisco des jeunes couples aisés. Le livre s’ouvre sur la quotidien de John, un jeune trader dont la seule vie sociale est centrée sur Jan, sa meilleure amie. Bien décidée à lui trouver une copine, la jeune femme place dans un journal une petite annonce vantant les mérites de John. La deuxième réponse reçue est celle de Liz, une brillante avocate. A cette rencontre s’ajoute celle de Phil, le meilleur ami de John, avec Ed, le jeune frère de frère de Liz. Mais bientôt, les deux couples vont se déchirer pour des raisons politiques ou religieuses. Sans oublier le chat Gengis Khan qui supportera mal que Liz, sa maîtresse adorée, ait un nouvel homme dans sa vie…
Véritable choc aujourd’hui, on imagine juste la puissance du livre dans son contexte d’époque. Et il convient de saluer encore une fois Claro pour la traduction de ces 700 magnifiques sonnets. On pourrait même parler de réécriture, puisque le traducteur le plus en vue avoue avoir transformé les tétramètres d’origine en alexandrins, pour une meilleure lecture dans la langue de Baudelaire.
Beaucoup plus proches de notre quotidien est Das Kapital, paru en 2007 aux Etats-Unis, et dont la parution française tombe à point nommé. Nous embarquant dans une sauvage épopée éclatée entre Wall Street, Marseille et la Corse. Tournant autour d’un trio infernal, le livre poursuit Wayne, un brillant trader de Wall Street pariant à la baisse. Afin de s’assurer de confortables revenus, il engage un mystérieux corse pour organiser des spectaculaires attentats qui déstabiliseront les pays et, donc, les cours de la bourse. Mais le Corse tend un piège à son employeur en lui faisant rencontrer Alix, une belle française étudiante en architecture….
L’histoire de Das Kapital aurait facilement pu pu alimenter un best seller de 500 pages et plus, mais Viken Berberian (photo ci-contre) n’est pas John Grisham et on peut l’en remercier. C‘est donc en 200 petites pages seulement que l’auteur tisse l’une des bombes littéraires de l’année (sans mauvais jeu de mot). Das Kapital explose littéralement au visage de la folie boursière à laquelle on assiste au quotidien. Mais, paradoxalement, Berberian préfère le silence au récit détaillé, et beaucoup des scènes les plus frappantes de Das Kapital sont tout bonnement absentes du texte, ce qui accentue encore leur puissance. Véritables plongées dans l’inconnu, ces ellipses sont autant de place pour les pires cauchemars du lecteur.
« Golden Gate » de Vikram Steh, traduit de l'anglais (Inde) par Claro. Editions Grasset, 346 p., 20 €

Découvrez un extrait de Golden Gate
« Das Kapital » de Viken Berberian, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro, Editions Gallmeister, 208 pages, 21 €

Découvrez un extrait de Das Kapital
12:59 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : golden gate, vikram seth, editions grasset, das kapital, viken berberian, editions gallmeister, claro, culture café























Commentaires
Après avoir lu un texte hilarant sur le traducteur dans Le clavier cannibale, j'aimerais entrer en contact avec Claro. Merci.
Idp
Ecrit par : isabelle D. Philippe | 10 avril 2009
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.