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24 août 2008
Un milliard et des poussières, surtout des poussières…
Outre des espoirs et talents confirmés, toute rentrée littéraire propulse aussi sur les étals des libraires son quota de navets. Le second roman de Bertrand Latour, un an après l’oubliable Des yeux plus gros que l’Amérique, fait incontestablement partie de ceux-là. Ancien chauffeur de limousine, l’auteur nous plonge dans une quinzaine de jours de son ancienne vie avec cet interminable pensum de 400 pages, Un milliard et des poussières, dont l’intérêt littéraire brille surtout par son absence.
Au centre du livre, un palace parisien, tout bêtement renommé “le Palace”, est l’employeur de l’auteur/narrateur. Celui-ci y est chauffeur de limousine, et compte bien nous montrer le quotidien de sa profession, entre course au pourboire et collègues soupçonneux, ou bisexuel, ou raciste à la petite semaine ou, encore, arabe. S’en suit une infinie succession de courts paragraphes, où l’on croise les inévitables Pete Doherty et Kate Moss, une femme d’affaires nymphomane, un couple de milliardaires taciturnes, un nouveau riche russe… Le tout inévitablement saupoudré de visites des hauts lieux de Paris, rendez-vous avec des putes de luxe, et virées à 100 à l’heure vers l’aéroport. Sans oublier les circonvolutions sentimentales de l’auteur, qui a abandonné sa fiancée jusqu’à ce qu’il ne devienne riche. Et d’un chantage inopiné à un client, histoire d’arrondir les fins de mois de la troupe des chauffeurs. On en suffoquerait presque.
Latour était déjà, sur le même sujet, l’auteur longtemps resté anonyme du blog Les chauffeurs de limousine pensent aussi. Curieusement (ou pas), Latour a conservé pour ce livre le style brouillon que peut avoir l’écriture Internet sous son plus mauvais jour. Mais “le style blog” fait rarement de bons livres (des exemples ?), et Un milliard et des poussières en est encore une nouvelle preuve brillant d’un pâle éclat. Car mis bout à bout, cette succession des pseudo-posts devient rapidement insupportable. Faisant au mieux du livre une auberge espagnole où chacun tentera de picorer une miette du genre littéraire qui l’attire le plus.
Il paraît que Jean Echenoz serait à l’origine de la publication de Bertrand Latour. Citer l’auteur de la lettre de recommandation devrait faire taire de nombreux critiques littéraires. Tant mieux pour Latour. Il n’empêche que le livre, non content d’être l’un des moins réussis de cette rentrée, remporte aussi le palme de la quatrième de couverture la plus faux-cul. Que l’on y loue la « prose survitaminée » de l’écrivain, passe encore, mais qu’on le présente comme un « enfant de Kerouac et Bukowski », là, il y a vraiment de quoi crier à l’escroquerie !
« Un milliard et des poussières » de Bertrand Latour, Editions Hachette Littératures, 405 pages, 19 €.
La première page de
Un milliard et des poussières
Mercredi 31 mai
Le but de tout jeune homme sensé devrait être de rapidement se mettre à l'abri du besoin derrière un gros paquet d'argent. Jeune homme, cela avait été mon but. Mais, à trente-sept ans, un constat, amer, s'imposait : mon découvert bancaire se mordait la queue à longueur d'année et je n'avais aucun héritage à espérer si l'on excluait la maison de mon enfance qu'habitait encore maman – Dieu la bénisse ! – et qu'à sa disparition, nous devrions partager en trois avec mon frère et ma soeur. La maison n'avait qu'une cour où ne tenait qu'une table de ping-pong, la toiture fuyait, une autoroute passait pas loin et la cité HLM voisine avait mauvaise presse, ce serait le bout du monde si on tirait quatre cent mille euros du tout. Finalement, voici, dans le désordre, les seules richesses que nous auront jamais transmises nos parents : la science du barbecue (une fois la table de ping-pong repliée), une passion pour le chant, une capacité d'émerveillement un rien crétine mais pas désagréable à vivre, l'amour des bébés et des animaux, d'étranges lobes d'oreilles et un dos fragile (sauf mon frère), la propension à dépenser de ma mère, celle à épargner de mon père, une certaine façon de crier sous la pression au lieu de parler normalement, une faiblesse pour l'alcool qu'il aurait été judicieux de psychanalyser en la rapprochant de l'insatisfaction névrotique qui nous caractérisait tous les cinq, la manie de critiquer les gens et de leur coller des surnoms, une sainte horreur du socialisme sous toutes ses formes (sauf mon frère), un goût immodéré pour les belles histoires dans les livres ou au cinéma, une santé a priori de fer, notre famille s'enorgueillissant de deux centenaires, un du côté paternel, une du côté maternel.
© Editions Hachette Littératures, 2008






















Commentaires
Merci Christophe pour cette critique qui nous évitera de perdre quelques minutes à lire la 4ème de couvetrure, car j'aurais pu être tenté par le titre "alléchant" ..
Ecrit par : ulysse | 25 août 2008
Je ne connais pas le blog ni le premier bouquin de ce type mais l'extrait n'est pas dégueulasse.
Ecrit par : Alcor | 26 août 2008
On a effectivement vu bien pire comme début de roman (ou plus généralement de livre).
Ecrit par : Arnaud | 26 août 2008
mais je me demande, le blog est-il un sous-art ?
le blog est à la littérature ce que la photographie est à la peinture ?
étant bien entendu que les photos de peinture ne sont pas très intéressantes et donc que les romans à la manière du blog non plus... ne faut-il pas élever le blog au rang d'art ?
Ecrit par : Ema ou La bienveillante | 29 août 2008
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