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13 août 2008

Un patron modèle, le quotidien californien à la sauce Hollywood

0cc5f3d218419f9ade5ee600ec05e5e5.jpgIl y a trois ans, le bouche-à-oreille permettait à Mister Bones, premier roman à l’humour féroce de l’auteur californien Seth Greenland, de connaître un certain succès. Alors que paraît son second opus, il est cependant peu probable l’auteur rivalise avec les nouveaux romans des Pynchon, Johnson, Ford et autres McEwan (pour ne citer que des auteurs étrangers). Un patron modèle, qui paraît deux mois seulement après les Etats-Unis, n’en demeure pas moins l’unes des plutôt bonnes surprises de la rentrée américaine.


Marcus Ripps est un cadre moyen de la Valley californienne empêtré dans un vie compliquée. Responsable d’une usine de jouets, il se démène avec le quotidien d’un couple en apparente fin de course, une belle-mère à la santé fragile mais au caractère bien trempé, des finances instables. Lorsque son emploi est brutalement supprimé par une délocalisation en Chine, Marcus voit sa vie basculer dans le cauchemar. Une surprise de taille l’attend néanmoins : à son décès, son frère oublié lui lègue un pressing apparemment florissant. Mais le frère en question était un dangereux malfrat, et Marcus découvre bien vite que le commerce n’est qu’une façade pour un réseau de prostitution de haut vol. Contre toute attente, il se transforme du jour au lendemain en proxénète débutant, mais bien décidé à faire de sa nouvelle entreprise un modèle du genre. Jusqu’au jour où un événement soudain va faire basculer cette double-vie, entraînant avec elle toute sa famille…
ead1492e2a1dce86d38cfc3915f6dbe6.jpgProlongeant l’univers de Mister Bones, Greenland nous présente dans Un patron modèle une facette radicalement différente de la vie californienne. On y découvre ici les citoyens lambda, ceux qui triment plus ou moins loin des paillettes hollywoodiennes (qui étaient au cœur de Mister Bones). Le portrait de Marcus Ripps et de sa famille, plongés au cœur d’une situation qui devrait les dépasser, est souvent tordant, même s’il génère parfois une interrogation certaine, sinon un léger malaise. Le réalisme social du portrait, pourtant, n’est pas au bout du chemin : jamais Greenland ne touche du doigt la vérité du quotidien, et ne fait jamais oublier qu’il s’agit là de personnages de fiction, plongés dans un décor fortement travaillé. Comme l’on pourrait en voir dans un film, ou une série télé décalée.
Cette sensation, qui permet on l’imagine à Greenland de rendre ses écrits accessibles au plus grand nombre, est aussi le principal point faible de l’auteur sur le plan littéraire. Et pour cause : sur la quatrième de couverture, l’éditeur mentionne avec une certaine fierté que Greenland a beaucoup travaillé pour Hollywood (l’Imdb ne le mentionne toutefois qu’au scénario de quelques séries et longs métrages oubliés). Et que les droits de Mister Bones et d’Un patron modèle ont été rachetés, avant même leur parution, par deux grands studios hollywoodiens. Une suite logique pour deux livres dont l’écriture est proche d’un scénario, dont la linéarité n’est brisée que par quelques flash-backs opportuns. Une particularité qui permet certes à l’auteur de se faire apprécier d’un public pas forcément grand lecteur, mais qui l’écartera certainement des grands auteurs littéraires. 


« Un patron modèle » de Seth Greenland, Traduit de l’Anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Editions Liana Levi, 400 pages, 21 €. Parution le 4 septembre.

Visionnez la "bande-annonce" d'Un patron modèle :

 

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