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26 mai 2008
Entre les murs, cellule de la création cinématographique ?

Une fois passé l’enthousiasme, on regrettera sûrement longtemps le “coup d’éclat” ayant amené le jury du 61ème festival de Cannes, mené par son président Sean Penn, à décerner unanimement la Palme d’or au film français Entre les murs. Un prix prestigieux prenant des allures d’exploit national, la France n’ayant pas décroché la distinction “à domicile” depuis 21 ans. Pourtant, le choix du film pour ce prix pose quelques questions de fond. Ne serait-ce pas tout simplement la fin d’une époque, et la victoire de l’imagerie télévisuelle sur la création cinématographique ?
Evitons d’emblée tout malentendu : Entre les murs est un bon film, réussi dans son genre. « Il s’agit d’un portrait de la jeunesse d’aujourd’hui, pas d’un film à message social », comme l’a expliqué François Bégaudeau, l’homme à tout faire du film (auteur du livre original, co-scénariste, et acteur principal. Ouf). De ce point de vue là, qui est aussi celui du livre, Laurent Cantet pouvait donner libre cours à son talent de cinéaste du réel, peignant avec talent et économie le film dans lequel il s’immerge. Entre les murs, donc, est un film agréable, qui n’a pas l’ambition de porter un véritable message. Une simplicité qui n’entache pas pour autant sa réussite. Un “documentaire de fiction”, puisque fiction il y a, mais qu’elle nous plonge dans un réel bien… réel.
Jugez plutôt : Bégaudeau s’est inspiré de sa propre expérience de prof pour écrire le livre éponyme, il l’a co-adapté pour le cinéma. Et interprété le rôle principal, ce qui boucle la boucle – et revient à lui faire tenir son propre rôle. Les élèves du film sont ceux d’une classe d’un lycée du XXème arrondissement de Paris. Enfin, le film, par sa nature même, est une succession de huis clos laissant peu de place aux mouvements de caméras, et autres partis-pris de mise en scène. La salle de classe, bien sûr, mais aussi celle des professeurs, ainsi que la cour de récréation sont quasiment les seuls décors du film. Au final, Entre les murs a donc peu de message, et presque aucune initiative de réalisation. Est-ce encore un film de fiction, ou le dérivé d'un documentaire façon Strip tease ? Pourtantn le film remporte tout de même la Palme d’or du plus grand festival de cinéma au monde.
Les cinéphiles peuvent donc légitimement se sentir floués par une telle décision. Car Entre les murs n’est dans la sélection qu’un exemple parmi de nombreux autres de films à interpeller le réel. Valse avec Bashir de Ari Folman, grand perdant du festival, le fait avec une autre maestria et originalité. Ou encore les deux films italiens, Il divo et Gomorra qui, bien que présents au palmarès, auraient autrement mérité la récompense suprême. La renaissance du cinéaste italien était par ailleurs un événement autrement plus marquant à distinguer que les petites histoires de François Bégaudeau.
La Palme d’Or 2008 aura donc normalisé une tendance qui, victoire après victoire, menace la création cinématographique : le mariage pernicieux entre documentaire télévisé et film. Pour le meilleur et pour le pire.
Voir la bande-annonce d'Entre les murs :
16:45 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2008 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Festival de Cannes 2008, Entre les murs, Gomorra, Culture Café
















Commentaires
Intéressante e courageuse votre analyse Christophe qui va à contre courant de la logorrhée médiatique française sur ce film. J'irai voir bien sur voir le film pour me faire une idée mais il ne répond pas à priori à ce que j'attends du cinéma...
Ecrit par : ulysse | 27 mai 2008
Christophe,
personnellement je fais confiance à Cantet qui est très fort et à Bégaudeau que je trouve inégal dans ses livres mais très bon quand même sur l'ensemble. Je ne juge pas un film que je ne verrai qu'en octobre, mais j'ai envie de faire confiance à ces gens-là qui m'ont déjà prouvé leur talent. Wait and see.
Et merci pour cette photo là-haut de L'IMMENSE Lester Bangs, une sorte de dieu pour moi.
Ecrit par : half a peson | 29 mai 2008
Louis-Stéphane Ulysse ? Sinon d'accord avec les commentaires : impression que l'on va dans le sens du vent avec cette récompense, le triomphe de l'approche sociologique sur l'approche fiction, ce qui est dommage. Curieusement, après le film, on se dit que Bégaudeau est plus utilisé par Cantet que l'inverse même si le film s'inspire de la trame du livre, il prend des libertés et le pire est évité, à savoir une bégaudisation pénible pour ceux, comme moi, qui trouvent ses livres faciles et poseurs. Le problème, c'est aussi une histoire de crédibilité sur ce palmarès : je n'ai pas vu tout les films en sélection mais du mal à croire que le Cantet, aussi bien soit-il, puisse être au-dessus des autres. "Valse avec Bachir" renferme quand même plus d'enjeux de cinéma, itou pour le Allen, même si ce dernier n'était pas en compétition.
François
Ecrit par : François Billard | 01 juin 2008
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