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07 avril 2008
Serge Joncour, le transi moderne
Il apparaît toujours la tête hirsute, l’air presque affolé, comme s’il s’était trompé de lieu, d’horaire, de personne. Serge Joncour est pourtant l’auteur de sept livres dont UV, porté à l’écran l’année dernière par Gilles Paquet-Brenner. Lorsqu’il n’écrit pas, et qu’il réintègre le monde, il est généralement vêtu d’un blouson en nylon satiné noir, façon Bombers américain, un petit foulard d’aviateur noué autour de cou pour ne pas attraper froid en cas de courant d’air. Principe de précaution. Le même genre de détail qui se retrouve dans son recueil de nouvelles Combien de fois je t’aime.
Dix-sept histoires, d’amour, de désamour, de rencontres ratées ou espérées. L’amour, les personnages de Serge Joncour le guettent, au détour de mails, en bas d’un immeuble, accoudé contre un platane, dans une soirée, sur le rebord d’un canapé, à travers un enfant qui aurait pu naître. Parfois, ils l’attrapent, pour un court instant, une passion éphémère. Du déjà-vu, déjà lu ? La différence avec les mêmes souvenirs racontés par une fille réside dans son supplément de poésie, un humour parfois désespéré, rarement moqueur.
Contrairement à ses sœurs de plume, Serge Joncour a le cœur en suspension avec simplicité. Le style, lui, est débarrassé de ces formules toutes faites que l’on s’habitue à grignoter en hors-d’œuvre chez les écrivains trentenaires. Ce qu’il y a de bien avec un auteur confirmé, c’est qu’il n’a pas besoin d’esbroufe pour épater la galerie. Ses nouvelles, Serge Joncour les a voulues épurées, sortant parfois des phrases comme celles-ci : « La sale blessure n’en finirait pas de suinter son amertume », « On se prenait comme un fruit volé à l’étal », ou encore « Jambon-coquillette, petits pois, en général ce qu’elle m’avait préparé tournait autour de ça, c’était les saveurs primitives de l’absence. » Enfin un homme qui n’est ni blasé ni cynique. Doux, maladroit et mélancolique, c’est tout. C’est déjà bien.
Nathalie Six
« Combien de fois je t’aime » de Serge Joncour, Ed. Flammarion, 211 pages, 18 €
17:05 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Combien de fois je t’aime, Serge Joncour, Editions Flammarion, critique, review, Culture Café
Commentaires
Esperons que ce recueil fera un carton (!)
Ecrit par : moolood | 07 mai 2008
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