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05 avril 2008
L’homme de Mars, symphonie métaphorique en musique et images

A coté des “éditions collector” ou prestige de leurs disques, avec lesquelles les éditeurs tentent d’endiguer le piratage, naissent parfois de véritables projets artistiques. Tel est le cas de L’homme de Mars, dans lequel Kent prolonge son œuvre éclectique. Co-fondateur du groupe punk Starshooter à la fin des années 70, cet artiste complet a depuis 1982 exposé la palette complète de ses talents. On lui doit ainsi quinze albums solo et une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels se côtoient bandes-dessinées, romans et recueils d’illustrations. Avec L’homme de Mars, Kent nous offre une nouvelle bande-dessinée, qui complète un seizième album que l’on peut réellement qualifier de “disque-concept”.
Au delà de l’édition comprenant simplement le CD, la version originale de L’homme de Mars est constituée d’un album cartonné de BD de 80 pages, dans lequel l’album trouve toute sa place. Il existe en effet entre les deux une véritable complémentarité. Les douze pistes de l’album se suivent dans l’ordre des pages, la plupart des paroles intimistes se retrouvent au cœur des pages du livre. Celui-là même est un recueil d’un hypothétique “Mars magazine”, composé de dessins en noir et blanc et de magnifiques couvertures peintes. Les différents numéros compilés suivent les aventures d’un martien en visite sur une planète qui le fascine, la Terre. Ses premières visions idéalisées de notre monde font bientôt place à des portraits qui, s’ils ne départissent jamais d’une certaine tendresse, laissent désormais une certaine place à l’amertume. On découvre bien vite que l’extra-terrestre en question n’est qu’une allégorie de Kent lui-même…
Lire l’album en écoutant simultanément le disque se révèle comme une expérience complète d’une sensibilité et d’une profondeur incroyables, dans laquelle les expériences intimes refont surface. Bien trop peu médiatisé, L’homme de Mars se révèle être l’un des plus beaux projets artistiques de ce début d’année. En tous les cas, l’un des plus courageux.

« L’homme de Mars », Disque-BD de Kent, Ed. Actes Sud BD/AZ Universal, 80 pages et un CD, 29 €
Plus d'informations sur le site officiel de Kent.
Kent présente le projet L’homme de Mars et sa genèse
« Tout a commencé par des redites. Je me suis rendu compte, au fil de l'écriture des nouvelles chansons, qu'elles tournaient souvent en orbite, en particulier, autour de la planète Mars. Une obsession qui revenait sans cesse. Peut-être était-ce dû à une remontée d'intérêt pour la SF, genre littéraire que j'avais délaissé depuis longtemps. Plus sûrement cela découle du fait de me sentir de plus en plus étranger au monde environnant. Cette impression d'être un extraterrestre face au bon sens commun, au consensuel, à mes contemporains résignés ou ravis des conditions de vie qu'on leur propose. M'est alors apparu un Martien métaphorique, observateur distancié de nos moteurs, fil rouge de tout l'album.
C'est sur l'habillage musical que j'ai piétiné. J'étais parti sur des arrangements rock, à la manière de l'album précédent, bienvenue au club. Mais, à la longue, je trouvais que cela ne convenait pas au sujet. À l'écoute des titres Bertrand Fresel, réalisateur et ami, m'a fait une suggestion. Puisqu'il s'agit d'un concept-album, pourquoi ne pas oser un disque avec orchestre, cuivres et violons et tout le toutim ? On en cause à Fred Pallem, bassiste, compositeur et arrangeur dans la lignée d'Ennio Morricone, Lalo Schifrin, Jim Webb ou Burt Bacharach. Le projet l'emballe. Cette proposition me booste et provoque une autre étincelle : illustrer toutes les chansons. J'entrevois un objet musical qui se regarde, une chose qu'on ne peut pas pirater sans se priver d'une bonne partie de son intérêt. C'est lancé. Je partage alors mon temps entre l'enregistrement et la table à dessin. Actes Sud, à la vue des premières dessins, s'enthousiasme et décide d'éditer le livre-disque. L'album fut réalisé dans la jubilation.
Jubilation de concevoir une histoire musicale avec prologue et épilogue. Jubilation d'imaginer les arrangements comme une bande-son cinématographique. Jubilation enfin de scénariser les chansons en bandes dessinées. L'enregistrement s'est fait au studio Juno à Yerres et aux studios de la Radio Magyar à Budapest pour les cordes et les percussions d'orchestre. Puis nous débarquâmes un matin de septembre dans la campagne anglaise des environs de Bath pour mixer le tout. Car la réalisation fut pensée dès le départ pour passer dans la centrifugeuse sonore de Tchad Blake (Soul coaching, Suzanne Vega, Latin playboys, Peter Gabriel), mixeur génial, avec qui j'ai enregistré en compagnie de Mitchell Froom, les albums Nouba et Cyclone. Le résultat est détonnant. Pour finir, les mixes s'envolèrent aux Gateway Studios, USA, se faire mastériser en beauté »
14:05 Publié dans Bande-dessinée, Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : L'homme de Mars, Kent, Editions Actes Sud, critique, review, Christophe Greuet, Culture Café
















« Tout a commencé par des redites. Je me suis rendu compte, au fil de l'écriture des nouvelles chansons, qu'elles tournaient souvent en orbite, en particulier, autour de la planète Mars. Une obsession qui revenait sans cesse. Peut-être était-ce dû à une remontée d'intérêt pour la SF, genre littéraire que j'avais délaissé depuis longtemps. Plus sûrement cela découle du fait de me sentir de plus en plus étranger au monde environnant. Cette impression d'être un extraterrestre face au bon sens commun, au consensuel, à mes contemporains résignés ou ravis des conditions de vie qu'on leur propose. M'est alors apparu un Martien métaphorique, observateur distancié de nos moteurs, fil rouge de tout l'album.
Commentaires
Merci
Ecrit par : Cécilie | 07 avril 2008
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