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03 avril 2008

Avec le jazz, Coppola file un bon Cotton

1985 : Francis Ford Coppola est considéré comme le réalisateur le plus brillant de son temps. Depuis Le Parrain, sorti en 1972, il aligne les succès. Apocalypse Now, Coup de cœur, Outsiders, Rusty James... Le virtuose enchaîne les genres et transforme chaque essai en coup de maître. Mais, à chaque nouveau projet, le public attend encore plus. « Je suis en permanence sous-pression car j’ai l’impression qu’on attend de moi de renouveler tous les cinémas. Ce qui m’est impossible » déclarait le réalisateur en 1984. Cette année, il prend la décision de revenir à son genre préféré : le polar sur fond de fresque historique. Pour cela, il choisit le Cotton Club, le lieu mythique de la culture noire à Harlem. Seuls les blancs avaient le droit d’assister aux numéros des meilleurs jazzmen et autres danseurs de claquettes.


d9cbc67e16b41dfdae649a87ce65fa0c.jpgSi le Cotton Club a révélé Duke Ellington et le jazz à New York, la salle reste célèbre pour être le QG de la mafia italienne new-yorkaise. Une réputation qui ne pouvait que plaire à Coppola, fasciné par les histoires de gangsters des années 20-40 (trois ans plus tard, il se portera d’ailleurs volontaires pour le projet des Incorruptibles, qui sera finalement réalisé par Brian de Palma).
Coppola s’est à nouveau associé à Mario Puzo, l’auteur du Parrain et scénariste de Superman (version 79). Avec son partenaire fétiche, il a concocté une histoire d’amour, de flingues et de jazz, dans la veine des plus grands divertissements américains. L’histoire décrit le destin de deux hommes qui feront le succès du Cotton Club sans le vouloir : Dixie Dwyer –musicien, blanc, beau gosse avec une gueule de cinéma, qui va devenir, par amour pour l’argent et pour une chanteuse sensuelle, l’image de marque de la mafia locale– et Sandman –danseur de claquettes surdoué, noir, romantique et passionné, qui va devenir la star sur scène du club.
Ces deux hommes n’ont rien en commun, et leurs destins sont semblables à deux rails de chemin de fer. Ils se rencontrent rarement, quand l’un est sur scène, l’autre est assis parmi les gangsters. Le blanc est interprété par Richard Gere, jeune talent révélé par American Gigolo en 1980. Le comédien livre une interprétation assez similaire à celle qu’il donne dans Chicago, l’adaptation de la comédie musicale sortie en 2003 : il donne le meilleur de lui-même. Il faut toutefois admettre que Richard Gere n’est pas le plus grand des acteurs.
a0cc4d1a17fe34fe56733688184f8825.jpgEn revanche, le second acteur principal, qui joue le danseur noir Sandman, aurait mérité l’oscar. Il se nomme Gregory Hines. Les plus cinéphiles l’ont peut-être remarqué dans La folle histoire du monde de Mel Brooks ou beaucoup plus récemment dans la série Lost at home. Bref, l’acteur, décédé en 2003, restera un grand inconnu hors des frontières des Etats-Unis. Pourtant, il transcende son personnage de danseur noir, qui tente de survivre grâce à ses numéros de claquettes.
Autour de ses deux personnages, gravitent une série de seconds rôles, qui rentrent dans le cahier des charges de toute bonne production hollywoodienne. Ainsi trouve-t-on le vrai gros méchant (James Remar, l’autre révélation du film, qui tourne aujourd’hui dans Dexter, dans les films de Gus Van Sant et... de Jean-Claude Van Damme), les « méchants gentils » (brillamment interprétés par Bob Hoskins et le trop rare Fred Gwynne), les deux héroïnes (Diane Lane et Lorette Mc Kee qui assurent leurs rôles d’icônes de cabaret) ou encore le jeune fou qui se révolte contre un système trop rigide. Ce dernier rôle est tenu par Nicolas Cage, le neveu de Francis Ford Coppola et donc le cousin de Sofia et Roman Coppola... Le futur Benjamin Gates (ou le futur Ghost Rider si vous préférez...) est hallucinant en Al Capone, nerveux et très barge. Ses apparitions sont savoureuses et nous rappellent avec joie le temps où Nicolas Cage jouait pour les frères Coen, David Lynch ou même Brian de Palma.
b57f5be06e8ad2281fc36ace3e7ce40f.jpgTous ces talentueux réussissent à transcender un scénario passionnel et passionnant (à condition de voir le film en version originale, car le doublage est catastrophique). La réalisation est également un peu limitée : Francis Ford Coppola se contente de filmer amoureusement ses acteurs, sans se permettre (à tort ou à raison, le débat est ouvert) des effets de caméras très élaborés. C’est sans doute pour cette raison que le succès du film s’est limité à l’estime des critiques. Quelques dizaines de milliers d’entrées en France, et partout dans le monde, l’impression que Coppola déçoit pour la première fois de sa carrière (et ce ne sera pas la dernière...). C’est oublier un peu vite le succès de la bande annonce, très bien vendue : la musique du long-métrage et surtout ses chorégraphies, très travaillées, nous emportent dans les souvenirs du mythique club de jazz de New York. Pour nos oreilles donc, le film vaut le coup d’œil.

Gaël Vaillant

Un film de Francis Ford Coppola avec Richard Gere, Gregory Hines, Diane Lane, Nicolas Cage.

Visionnez la bande-annonce du DVD américain :

 

Commentaires

J'avais beaucoup aimé ce film trop rare, sort-il bientôt en DVD? Ou est-il diffusé en ce moment sur une chaîne du câble? Merci pour l'info.

Ecrit par : vierasouto | 04 avril 2008

Moi aussi j'ai adoré le film et acheté la bande son

PS Christophe ces derniers temps j'ai essayé de poster quelques commentaires sur d'autres notes sans succès. Y avait il un bug ?

Ecrit par : ulysse | 07 avril 2008

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