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22 mars 2008

A bord du Darjeeling Limited, folle échappée au cœur de l’Inde

Trois ans après sa sortie, on était en droit de se demander comment Wes Anderson allait faire suite à La vie aquatique, sorte de film définitif qui pouvait être le sommet de sa carrière. A bord du Darjeeling Limited constitue une brillante réponse, qui fait taire tous les soupçons des cinéphiles les plus retords. Ce nouveau long métrage prouve que le cinéaste le plus fou d’Hollywood n’a rien perdu de son excentricité, sans pour autant se fourvoyer dans une coquille vide.


64f22ba00a20d524c22c70100c623436.jpgFrancis Whitman (Owen Wilson), un américain excentrique fortuné, invite ses deux jeunes frères, Peter (Adrien Brody) et Jack (Jason Schwartzman) à le rejoindre en Inde pour un “voyage spirituel”. Embarqués à bord du Darjeeling Limited, sorte d’Orient Express indien nettement moins luxueux, les trois frères reprennent un contact difficile : ils ne sont plus parlés depuis un an, date de la mort de leur père. Une fois les querelles intestines mises en sommeil, nos trois compagnons d’infortune vont voir leur voyage tourner au cauchemar. Virés sans ambages du train, Francis, Peter et Jack se retrouvent livrés à eux-mêmes en pleine Inde sauvage, sans pour autant s’être totalement réconciliés…
Dès les premières images du film, Anderson lui imprime sa marque de fabrique si reconnaissable. On y retrouve une famille dysfonctionnelle transplantée dans un milieu hostile, à l’image de ses deux derniers films, La famille Tenenbaum et La vie aquatique.
Wes Anderson, c’est avant tout une famille : Roman Coppola et Jason Schwartzman au scénario avec lui, Schwartzman se retrouvant au cœur du casting. Devant la caméra, on y retrouve Owen Wilson, présents dans tous les Anderson, Angelica Huston, qui interprète la mère de famille, sans oublier Bill Murray (qui interpète un business pressé, à la prestation aussi rapide que sa course). A cette famille s’ajoutent deux nouveaux membres de choix : Adrien Brody bien sûr, mais aussi Natalie Portman, qui tient un rôle fort bref mais, comme nous le verrons, central.
67fa461cb29bc5f208a53da4ecdd6e43.jpgWes Anderson, c’est aussi un univers tout à fait baroque. L’Inde, que le cinéaste a eu envie de filmer après avoir découvert Le fleuve de Jean Renoir, offre un décor naturel en parfaite harmonie avec les images bigarrés chères au réalisateur. Mais l’on retrouve aussi le goût prononcé du cinéaste pour les accessoires qui deviennent des personnages à part entière. Ici, les bagages du père défunt sont incarnés par une ligne de valises Vuitton désignées par Marc Jacobs. Ces accessoires, au centre du film, apparaissent au générique de fin, aux cotés des acteurs. Et Wes Anderson n’oublie pas une fois encore de concocter une bande originale hors norme, qui apporte un véritable univers sonore au film. Outre les Champs Elysées de Joe Dassin, générique de fin déjà entré dans la légende, la tracklist du film fait cohabiter avec une aisance naturelle des titres des Rolling Stones, The kinks, ou Debussy avec une pléiade d’extraits de bandes-originales de classiques du cinéma, dont la plupart ont été écrits par Satyajit Ray pour ses propres longs-métrages.
02ac7381f5bdbed215b12d00b51ffd31.jpgFilm inclassable qui emporte avec lui une grande partie de son mystère, The Darjeeling Limited est légèrement éclairé par Hotel Chevalier (photo ci-contre), un court-métrage de 13 minutes censé être projeté avant le film (il sera surtout présent sur le DVD). On y découvre quelques unes des raisons du traumatisme de Jack (Schwartzman), causé par une relation conflictuelle avec sa fiancée (Natalie Portman), qui tient le rôle central de ce bref prologue, entièrement situé dans une chambre d’un hôtel parisien de luxe. L’absence de Portman dans le long métrage peut alors se percevoir alors un jour nouveau.
A bord du Darjeeling Limited est donc un successeur de haut vol à La vie aquatique. Par rapport à l’ambiance loufoque de ce dernier, le climat lourd de cette épopée indienne le surclasse en de nombreux points. Obligeant de fait Wes Anderson à élever, une fois encore, son propre talent pour son prochain film.


Un film de Wes Anderson avec Owen Wilson, Jason Schwartzman, Andrien Brody, Angelica Huston.

La bande-annonce du film :

12:20 Publié dans Cinéma , Critiques cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : A bord du Darjeeling Limited, critique, review, Christophe Greuet, Culture Café

Commentaires

merci pour ce post Christophe qui me fait découvrir un metteur en scène que je ne connaissais pas et qui donne envie d'aller voir son nouveau film. Je vais voir si le film passe dans ma région ....

Ecrit par : ulysse | 25 mars 2008

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