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21 mars 2008
Les maisons d’édition ont-elle intérêt à suivre les thèmes du Salon du livre ?

La littérature israélienne était à l’honneur au Salon du livre de Paris. A posteriori, deux éditrices dynamiques et épanouies, Sabine Wespieser (Sabine Wespieser Editeur) et Laure Leroy (Zulma), s’expliquent sur leur choix en matière éditoriale : faut-il suivre chaque année le thème du salon ? « Non » pour la première, « oui » pour la seconde. Voici leurs arguments.
Laure Leroy : « Je souhaite ouvrir mon catalogue à toutes les littératures étrangères rares ou moins connues »
Benny Barbash est le premier auteur israélien de votre catalogue, et il vient tout juste de recevoir le Prix grand public (1) du Salon du livre de Paris pour son roman My First Sony. Bonne pioche ! Comment l’avez-vous déniché ?
Laure Leroy : C’est à la fois atypique et représentatif. Dans mon idée de publier de la littérature israélienne, je suis allée voir, lors de la Foire de Francfort, l’agence de promotion de la littérature israélienne, qui agit comme le CNL. D’habitude, je suis contre ce genre de démarche, car on ne propose que les livres sortis dans les six derniers mois : je ne pense que l’on trouve les perles de cette façon. Je préfère aller voir les traducteurs qui lisent dizaines et des dizaines de manuscrits, et qui ne pensent pas en terme commercial. Cette fois, étrangement, je me suis tournée vers une agence institutionnelle et j’ai dit à mon interlocutrice la même chose qu’aux traducteurs : « Fais-moi lire un ouvrage que tu as vraiment adoré, peu importe sa date de sortie. » Je n’attache pas d’importance au fait qu’il se soit bien ou mal vendu, si l’auteur est connu ou pas. Elle m’a sorti de son chapeau le livre de Benny Barbash, qui avait été publié en Israël en 1994, et déjà été traduit en anglais, allemand, grec et italien.
Ensuite, mon principal critère est de voir si j’ai envie d’en parler autour de moi, à mes proches, des amis, des collaborateurs. Un livre que l’on a envie de partager est toujours un bon signe. My first Sony a été pour moi un triple pari : le premier auteur israélien du catalogue, sa taille (476 pages), le fait que sa traductrice Dominique Rotermund faisait là sa première traduction littéraire.
Vous aviez déjà rencontré Benny Barbash avant le salon ?
L. L : Non, c’est pour cela que le salon est important. Les petites maisons telles que Zulma n’ont ni les moyens ni le temps de se rendre dans tous les pays où vivent leurs auteurs. Se raccrocher à un événement qui existe déjà permet aux écrivains d’être pris en charge par leur propre pays. Dans le cas de Benny Barbash (photo ci-contre), nos premiers contacts via Internet n’avaient pas été évidents, car il n’aimait pas la couverture, puis il a eu l’impression que l’on avait sous traduit son texte.
Quand on passe d’une langue à l’autre, se pose le problème du niveau de langage et de ce qui est accepté ou non dans chaque culture. Il se trouve que les Israéliens sont plus crus que les Français et que certains jurons sont courants et ne choquent pas dans la vie courante alors que traduits littéralement en français, ils ont une connotation beaucoup plus forte, très négative. Après s’être rencontré, nous avons pu échanger nos points de vue et My First Sony a reçu le prix grand public du salon. Benny Barbash m’a dit : « Vous aviez raison pour la couverture et pour la traduction, merci ! ».
L’année prochaine, le salon met à l’honneur la littérature mexicaine. Publierez-vous un auteur mexicain en 2009 ?
L. L : Oui. Cette fois, c’est un peu plus concerté. Je me suis dit, pourquoi ne pas réitérer l’expérience l’année prochaine ? En fait, cette démarche s’inscrit logiquement dans ma volonté d’ouvrir le catalogue à toutes les littératures étrangères rares ou moins connues. Dans ce cas-là, c’est agréable de s’appuyer sur un événement extérieur. Par exemple en avril, nous publions un recueil de nouvelles, Pendant qu’il te regarde, tu es la Vierge Marie d’une Islandaise, Gudrun Eva Minervudottir, qui sera invitée au festival des Boréales en novembre à Caen.
Sabine Wespieser : « Dans un salon, l’effet de groupe peut noyer les auteurs »
A l’occasion du salon du livre, Sabine Wespieser éditait pour la première fois un auteur israélien, avec Sur le vif de Michal Govrin (voir notre interview).
Le fait que le salon mette à l’honneur telle ou telle nationalité influence-t-il votre catalogue ?
Sabine Wespieser : Non, pas vraiment, car je ne fonctionne pas comme ça. Je marche aux rencontres et aux coups de cœur. Il est vrai que même les coups de cœur sont souvent suscités par des agents littéraires, et qu’un an avant la tenue du salon du livre de Paris, ils étaient tous évidemment très intéressés de placer les auteurs israéliens qu’ils avaient dans leur portefeuille. La Nouvelle Agence dirigée par Mary Kling m’avait envoyé un premier texte que je n’avais pas aimé. Quand je lui ai donné les raisons pour lesquelles je n’avais pas accroché, elle m’a dit qu’elle en avait un autre qui pourrait m’intéresser pour ces mêmes raisons. Elle m’a alors envoyé le manuscrit par email, sans me dire qui était Michal Govrin.
C’était à Pâques l’année dernière, je l’ai pris avec moi en vacances et je l’ai lu d’une traite. J’ai été complètement subjuguée car il correspond exactement à l’idée que je me fais de la littérature, c’est-à-dire un vrai travail sur les mots et à la fois une formidable ouverture sur la société. J’ai été émue par ce portrait de femme, et j’ai tout de suite fait une proposition pour acheter des droits. Ensuite, j’ai commencé à chercher une traductrice de l’hébreu et j’ai eu la chance que Michal Govrin elle-même m’oriente vers Valérie Zenatti, la traductrice d’Aharon Appelfeld. Valérie n’était pas disponible, mais elle a quand même emporté le manuscrit, et le lendemain, elle m’a rappelée pour me dire oui. Elle aussi avait été emballée.
Pourquoi pas plus d’auteurs israéliens ?
S. W : Je publie environ dix auteurs par an, c’était donc largement suffisant pour une maison de la taille de la nôtre. En outre, ce qui est formidable, c’est que grâce à ce livre, j’ai rencontré une belle personne, en cohérence parfaite avec son texte, qui parle en outre très bien français et qui m’apprend énormément sur tout ce qui se passe en ce moment au Moyen-Orient et en Israël. Elle réfléchit énormément en-dehors des ghettos de pensée et des carcans intellectuels.
L’année prochaine, aurez-vous un auteur mexicain ?
S. W : Je ne lis pas l’Espagnol et cela m’embête de publier un texte que je n’ai pas pu lire en entier. Pour l’instant, aucun manuscrit traduit en anglais ne m’a interpellée. Je ne cherche pas du tout à publier des auteurs pour coller aux salons. C’est à double tranchant car l’éclairage peut donner de l’importance à un auteur, mais l’effet de groupe peut annuler, noyer l’individu. On oublie complètement les qualités propres à l’auteur au profit de son étiquette nationale. Avec Michal Govrin, c’est différent, elle est un auteur de premier plan, une personnalité que l’on remarque et je sais que je continuerai à publier ses prochains romans.
Propos recueillis par Nathalie Six
Note : (1) Benny Barbash a été choisi par les lecteurs dans le cadre d'un jeu concours intitulé "A la découverte d'Israël" organisé dans 350 librairies en France.
« My first Sony » de Benny Barbash, Ed. Zulma, 476 pages, 22 €
« Sur le vif » de Michal Govrin, Ed. Sabine Wespieser, 474 pages, 26 €
16:40 Publié dans Livres , Rencontres autour d'un café , Salon du livre 2008 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : My first Sony, Benny Barbash, Editions Zulma, Sur le Vif, Michal Govrin, Editions Sabine Wespieser, interview
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