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12 mars 2008

Tourmaline, un diamant entre ombre et lumière

7624a989969c4d341e2056b82f4fa9c3.jpgLa tourmaline est une pierre semi-précieuse qui donne son titre à un livre qui se révèle, lui aussi, rare. Publié dans l’excellente collection Lot 49, ce sixième roman de Joanna Scott (le troisième traduit en France) confirme une écriture virtuose mêlant à deux voix biographie familiale, souvenirs fantasmés, et histoire. Loin du rythme acharné qui plombe de trop nombreux romans actuels, Scott se livre tout en douceur, quasiment en roue libre. Sans pour autant quitter une seule ligne son chemin.


Au début des années 50, Murray Murdoch, un américain fauché, emprunte de l’argent à sa famille pour emmener en voyage sa femme, Claire, et leurs quatre fils. Après une longue croisière, ils débarquent sur l’île d’Elbe, dans laquelle Napoléon fut envoyé en exil. Murray poursuit avec ces vacances un objectif très personnel : trouver sur l’île, autrefois riche en minéraux, de la tourmaline, dont la revente lui permettrait de tirer un trait sur ses soucis financiers. Murray se plonge peu à peu dans cette recherche éperdue, tandis que sa famille adapte son rythme de vie sur celui de l’île : libérés du stress de la ville, la mère et les enfants s’éloignent peu à peu les uns des autres. Les courtes vacances se transforment en séjour longue durée. Autour des six américains commencent à évoluer Francis Cape, un anglais excentrique qui veut écrire un ouvrage “définitif” sur Napoléon, et la richissime famille Nardi, dont la fille Adriana va faire tourner la tête de Murray et de Cape…
afcacd3317a0c00324f6337b1a5b6997.jpgAu début des années 2000, le plus jeune des fils Murdoch, Ollie, retourne sur l’île d’Elbe pour tenter d’écrire sur la parenthèse italienne qu’a connu sa famille. C’est ce récit, parfois entrecoupé d’interventions musclées d’une Claire au soir de sa vie, qui constitue Tourmaline. Dès lors, le livre fonctionne en miroirs : Scott adapte son rythme à celui d’Ollie, qui tente lui-même de retranscrire la vie au ralenti sur l’île d’Elbe. L’auteur mélange les rythmes, les langues, la richesse de son vocabulaire, pour s’adapter au mieux à la situation qu’elle tente de décrire. Car Tourmaline a beau être rédigé à la première personne, il semble que cette voix soit tantôt celle du narrateur, tantôt celle du protagoniste de la situation décrite, à moins que ce ne soit celle du protagoniste réinventé dans les souvenirs du narrateur…
Au delà de ses personnages, Joanna Scott offre avec Tourmaline un formidable portrait en creux des années 50 aux Etats-Unis, un pays et une époque que la famille Murdoch va tenter de fuir éperdument dans cette escapade idéaliste. Les traumatismes de la guerre encore récente, la course à la richesse et au profit, la dureté des mises à l’écart des plus pauvres, autant de thèmes que la famille va mettre à l’épreuve en les confrontant avec le mode de vie italien, et plus encore celui, si particulier, de l’île. Mais aucun paradis terrestre n’est éternel… et les plus sombres facettes de l’âme humaine finiront bien par rattraper les Murdoch, même sous le soleil de la Méditerranée. Ce magnifique roman révèle alors, dans ses dernières pages, toute la dimension tragique qu’il avait jusque là tenue enfouie.


« Tourmaline » de Joanna Scott, Ed. Cherche Midi, 295 pages, 17 €

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