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10 mars 2008
Un Spike Lee à écouter

Spike Lee reste un OVNI du cinéma américain. Il est considéré comme le héraut d’un cinéma noir engagé et intelligent, même si ces derniers films ont un calibre plus hollywoodien (Summer of Sam, La 25ème heure ou encore le récent Inside Man). A travers des documentaires ou des films historiques, il a su montrer le meilleur de la culture afro-américaine (The very black show) de la plus polémique (Malcolm X). Au regard de cette filmographie riche et variée, Mo’better Blues apparaît comme un film mineur. Pourtant, il s’agit de son premier succès public. Un long-métrage qui va lui permettre de réaliser ses audacieux projets.
En 1986, Nola Darling n’en fait qu’à sa tête (She’s gotta have it, le titre original est plus sexy) est présenté à Cannes. Un petit film, dénué de budget et de stars, tourné en une quinzaine de jours. Avec ce premier long-métrage, Spike Lee reçoit le prix de la jeunesse à Cannes et connaît un gros succès à New York. Grâce à Do the right thing nommé aux Oscars 1990, il est approché contacté par son producteur fétiche Jon Kilik (qui a récemment connu le succès avec Babel et Le Scaphandre et le papillon): « Il était prêt à me donner un tas de fric à la seule condition de réaliser quelque chose de plus positif sur notre passion commune : le jazz » raconta le réalisateur à la sortie du film, fin 1990.
Ecrit par Spike Lee alors qu’il n’était qu’adolescent, Mo’better blues est un hommage au père du réalisateur, Bill Lee, qui fut bassiste d’Aretha Franklin et de Bob Dylan. Artiste aussi doué pour le blues que pour le Neo-Bop (mouvement de jazz des années 80), Bill Lee a
d’ailleurs composé la musique du film de son fils. C’est la principale critique à faire au long-métrage : en admiration pour la musique du père, le fils n’a pas su construire un scénario dynamique. L’intrigue se résume en quelques phrases : Bleek Gilliam, à la tête d’un quintet, se noie dans ses compositions musicales, n’assumant pas sa bigamie et ses sentiments. Seule sa trompette compte. Et son amour pour la musique finit par le rendre presque inhumain.
Mais, à part les apparitions surprises de John Turturro ou de Samuel L. Jackson, l’histoire importe peu. A l’image du personnage principal, la caméra virtuose – Spike Lee s’essaye à une mise en scène plus novatrice que sur ses précédents longs-métrages – se concentre sur la musique. Le réalisateur a adopté pour la première fois une posture perfectionniste : chacun des acteurs qui compose le quintet a dû savoir maîtriser son instrument. Denzel Washington (dont c’est le premier film avec Spike Lee d’une longue série) s’est perfectionné à la trompette pendant deux ans. Le film a même pris du retard à cause de celui qui était à l’époque “LE jeune acteur noir en vogue”. Mais les mentions spéciales reviennent surtout au saxophoniste joué par Wesley Snipes, révélation du film, et au pianiste interprété par Giancarlo Esposito (vu dans Usuals Suspects ou Ali de Michael Mann). Ils nous offrent un pur moment de blues, filmé par un musicien frustré et réalisateur inventif.
Gaël Vaillant
Un film de et avec Spike Lee, avec aussi Denzel Washington, Wesley Snipes, Giancarlo Esposito, Robin Harris.
17:35 Publié dans Lost cinema | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mo' Better Blues, Spike Lee, Denzel Washington, Wesley Snipes






















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