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19 février 2008
Redacted, le numérique à l’épreuve des horreurs de l’Irak

Très rares sont les films qui, dès leur première vision, éclairent sous un nouveau jour la création cinématographique. Redacted, le nouvel opus de Brian De Palma est l’un de ceux-là. Deux ans après une assez terne adaptation du Dahlia noir, le réalisateur a renouvelé son style avec une vigueur que les studios hollywoodiens ne lui auraient pas permis d’exprimer. Car ce nouveau langage cinématographique s’accompagne aussi de l’adoption par le réalisateur d’une technique inédite dans sa filmographie : la haute définition numérique.
Perdu en pleine guerre d’Irak, un groupe de jeunes soldats américains est suivi par un reporter amateur, armé d’une petite caméra numérique. Son objectif est de filmer le quotidien des soldats, qui lui apparaît comme masqué par les médias. Le reportage commence, et De Palma confronte à sa démarche la couverture du conflit irakien : des reportages de télés françaises, américaines, irakiennes mais aussi des blogs de soldats, de leurs proches, ou encore des images prises sur le vif puis postées sur le web. Leur divergence prend toute son ampleur lorsque l’un des soldats du groupe décide d’aller, avec ses camarades, de violer en pleine nuit une jeune irakienne de 15 ans, assassinant ensuite sa famille entière.
De Palma a choisi de mettre en scène « une histoire fictive inspirée de faits réels ». Se basant sur une multitude de documents visuels existants, pour la plupart puisés sur Internet, il a recréé avec brio la tonalité de chacune des visions citées ici, et choisi des acteurs
inconnus pour interpréter les protagonistes. En véritable sorcier de l’image, il mêle ces centaines d’heures visionnées avec un brio inédit, dans un montage frénétique parfaitement cohérent avec le propos, enchaînant les reportages à un rythme parfois difficilement supportable pour le spectateur. Mais cette mise à l’épreuve du spectateur, portée à son paroxysme par la succession finale de photos réelles de massacres, forme un ensemble fulgurant qui nous laisse pantelants sur le siège. Rarement un film aura montré l’hérésie de cette guerre avec autant d’acuité.
De Palma a réalisé Redacted à l’invitation d’HDNet films. Créée en 2003 par Todd Wagner et Mark Cuban, cette société offre aux réalisateurs un budget limité (ici 5 millions de dollars) en les laissant libres du sujet. Leur seule obligation est de tourner exclusivement avec des caméras numériques haute définition. HDNet est déjà à l’origine d’une petite vingtaine de films, dont la moitié est encore en production. La majorité sont des documentaires (dont un sur Enron et un autre sur Hunter S. Thompson). Les rares fictions ne marqueront pas leur époque, à l’image de l’expérimental Bubble de Steven Soderbergh. Avec Redacted, la spécificité du concept prend toute sa dimension. Car l’image numérique dépasse ici le simple moyen technique pour alimenter le terreau même du film. Redacted aurait en effet été impossible lorsque De Palma avait réalisé en 1990 Outrages, percutante vision de la guerre du Vietnam.
Sans grande surprise, le film a reçu un accueil glacial aux Etats-Unis. Malgré le soutien de quelques critiques courageux, Redacted ne fut distribué que dans quinze salles dans tous le pays. Espérons que la France, qui a rejeté vivement la guerre en Irak, rendra à ce film sa juste place dans l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire du Cinéma.

« Redacted, revu et corrigé » de Brian de Palma avec Kel O'Neill, Ty Jones, Daniel Sherman.
Visionnez la bande-annonce :
14:50 Publié dans Cinéma, Critiques cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rdacted, Brian De Palma, critique, review, Christophe Greuet, Culture Café






















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