« Coup de “jeune“ chez les Goncourt | Page d'accueil | Peste, Palahniuk au paroxysme de sa géniale folie »
11 février 2008
Le dernier tango vers Paris

Arrivé en France en 1996 grâce à son actrice principale Charlotte Rampling, Asphalt Tango est le second long-métrage de Nae Caranfil. Devenu au fil de sa carrière l’un des piliers du cinéma roumain, ce réalisateur est un artisan. Du scénario au montage, cet homme-orchestre accouche d’un film tous les cinq ans. Son dernier opus sorti en 2003, Philanthropique, a raflé de nombreux prix, notamment au Festival du film de Paris.
Résolument tourné vers la culture française et considéré comme un chef d’œuvre, Asphalt tango est pourtant tombé dans l’oubli dans notre pays.
Une vingtaine de jeunes roumaines signent un contrat pour faire partie d’un spectacle de strip-tease en France. Elles partent de Bucarest, en compagnie de Gigi, l’homme qui les a recruté, et Marion, la française qui produit et supervise le spectacle. Dans ce rôle, Charlotte Rampling irradie le film en meneuse de revue ironique et furieusement féministe. Mais Dora, l’une des roumaines, est mariée à André, un macho aveugle d’amour. Tout au long de ce road-movie, il va tenter de récupérer sa femme, en alertant la police, poursuivant le bus des futures strip-teaseuses et se risquant même à une prise d’otages. Petit à petit, ses sentiments évoluent et il apprend à apprivoiser le féminisme.
André, Dora, Gigi... Les personnages de Nae Caranfil ressemblent à ceux d’Emir Kusturica. Ils sont empreints d’une mélancolie comique. Au centre de drames immuables, ils savent garder leur humour. Une bonne humeur qui permet à Nae Caranfil d’aborder un thème sensible dans la société roumaine des années 90 : l’indépendance de la femme.
Asphalt Tango est une course-poursuite entre les valeurs traditionnelles de la société (symbolisé par André, le mari possessif qui croit à l’unique bonheur conjugal) et l’évolution logique des mœurs. Le film veut être l’écho de la réalité : depuis 1990, le féminisme roumain fait entendre sa voix, s’inspirant du mouvement français dans les années 60.
Mais Nae Caranfil n’a pas l’ambition de faire une démonstration sur la philosophie des sentiments. Il pointe avec ironie les défauts d’un machisme anachronique et d’un féminisme exacerbé (mais au final, vainqueur). Et pour preuve suprême, la citation de début de film : un hommage ironique au mariage par Groucho Marx.
Si la condition de la femme est toujours un sujet d’actualité, Asphalt Tango n’est plus un film réalisable de nos jours. La Roumanie est désormais entrée dans l’Union Européenne. Le pays a changé, et il n’est plus politiquement correct de représenter les Roumains en « experts pour créer des problèmes là où il y en a pas », l’une des répliques de Charlotte Rampling. Dans le film, la France se contente d’être un paradis inatteignable où l’amour règne en maître sur les Champs Elysées. Mais ces images d’Épinal ne parviennent pas à gâcher la bonne humeur de ce road-movie. Un tango de folie douce entre féminisme et machisme à découvrir.
Gaël Vaillant
Un film de Nae Caranfil avec Charlotte Rampling, Florin Calinescu, Mircea Diaconu, Constantin Cotimanis.
17:25 Publié dans Lost cinema | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Asphalt tango, Nae Caranfil, Charlotte Rampling, critique, review, Gaël Vaillant, Culture Café























Commentaires
A Mme Charlotte RAMPLING,
Qu'il est loin le temps des luttes (1971 et suivantes...) !
Et pourtant, c'est toujours d'actualité...
Les femmes sont encore trop souvent considérées comme "des ballons"...
Continue, camarade.
un ancien des comités...
Bises.
P.S. : l'idée que vous avez encore une de ses photos me plait beaucoup ! Un être humain est fait de TOUT ce qui l'a construit...
Ecrit par : alain couderc | 08 mars 2008
Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.