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28 janvier 2008

Knightriders, la philosophie chevaleresque selon George A. Romero

Dans une forêt perdue de Pennsylvanie, un couple nu s’éveille dans le sous-bois. Encore une version de la légende de Tristan et Iseut ? Knightriders ressemble plutôt à une énième adaptation des chevaliers de la Table ronde. Le générique continue à défiler et soudainement, le nom de George Andrew Romero apparaît. Le réalisateur de Zombie, un maître de l’angoisse responsable nos pires cauchemars.


3162183f68a3661102a78acddec651d6.jpgLe spectateur averti imagine déjà les scènes de bataille opposant les chevaliers aux morts-vivants. Mais les fans de George A. Romero seront déçus : Knightriders est une aventure humaine, sorti en 1981, loin d’Hollywood et de ses décors en carton-pâte. Un objet filmé non identifié d’un réalisateur qui voulait sortir du genre horrifique.
L’histoire se concentre autour d’une bande de troubadours anarchistes. Pour gagner leur vie, ils organisent des joutes médiévales, remplaçant les chevaux par des motos. Mais au-delà du spectacle, ils revendiquent un retour à une société plus saine que le monde moderne. Billy, chef de cette secte d’allumés en bécanes, essaye d’égaler son idole, le roi Arthur. Mais son attitude trop chevaleresque est contestée par ses pairs : Morgan, l’un de ses chevaliers, veut mener la troupe de façon plus réaliste et revendique la couronne.Le film dénonce une société de consommation outrancière et un monde du spectacle pourri par l’argent. Libéré du carcan des codes de l’horreur, George A. Romero a pu approfondir ces thèmes qu’il avait déjà exploré dans Season of a witch (appelé aussi Hungry wives, 1972) ou Martin (1977). Mais, sur une durée de deux heures et demi, sa démonstration s’enlise un peu. Le montage, effectué par deux personnes différentes, est étrange. Les joutes médiévales sur deux roues – l’action censée dynamiser le film – restent très longues (sauf pour les amateurs de moto), alors que la narration des autres scènes est plus rythmée. Les cascades sont pourtant réalisées par Gary Davis, un technicien caméléon qui a été réalisateur de seconde équipe sur Terminator 2 ou Starsky et Hutch (version 2004).
4dfebba38c539017d037f8b3c9a0b114.jpgMalgré ces problèmes de rythme, George A. Romero parvient à boucler un film polémique, à la limite de l’anarchie (voir la scène où Billy tabasse un représentant de l’ordre sous les applaudissements des consommateurs d’un fast-food).
Un Ovni cinématographique qui n’aurait pu être possible sans le succès de Dawn of the Dead (sorti en 1978 aux Etats-Unis, en 1983 en France sous le titre de Zombie). Grâce aux bénéfices, George A. Romero a pu s’autoproduire et réaliser une oeuvre exempte de codes hollywoodiens. Parmi les amis qu’ils l’ont suivi en Pennsylvanie, Tom Savini, son chef maquilleur depuis les années 60, a endossé le costume d’un des principaux rôles : celui de  Morgan, sorte de Lancelot qui veut remplacer son roi. Mais son talent d’acteur est éclipsé par la révélation du film : Ed Harris, qui joue le roi de la troupe, Billy. Avant de rejoindre le casting de L’étoffe des Héros (film multi récompensé de 1984), le jeune espoir livre un premier rôle d’écorché vif impressionnant.
cd1db69cb082e36cdc9d68e22c4f0b23.jpgMalgré les talents des acteurs et le nom du réalisateur, ce « vrai » film indépendant et engagé a décontenancé le public : « J’ai osé changé de genre, et mes fans me l’ont fait payer. Knightriders a dû être vu par seulement neuf personnes dans tout le pays » avait déclaré George A. Romero. Un échec commercial qui s’est répété lors des sorties de la VHS (en 1986) et du DVD (2001). Ce n’est pourtant pas un mauvais film, mais juste une perle qui n’a jamais trouvé son public. Et pour cause : son éditeur DVD américain, Anchor Bay Entertainment, présentait Knightriders comme « un film d’action violent », alors que l’œuvre n’a juste rien à voir avec un Rambo...

PS : Petit jeu de cinéphiles : découvrez (sans tricher via Internet) où se cache Stephen King (il apparaît quelques minutes à l’écran) !

Gaël Vaillant

Un film de George A. Romero avec Tom Savini, Ed Harris, Patricia Tallman, Gary Lahti.

Visionnez des extraits du film :

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