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14 janvier 2008

Mort et vie d’Edith Stein, suicide artistique de Yann Moix

32159ae55c974406eec1b982fc21b5aa.jpg« Le nouveau livre de : Yann Moix, est une lecture : calamiteuse ». Vous trouvez cette phrase trop alambiquée pour ne pas être ridicule ? Imaginez-en autant que peuvent en contenir 180 pages. Vous obtiendrez Mort et vie d’Edith Stein, gloubiboulga de l’année estampillé Yann Moix. Bien que choisissant un thème on ne peut plus “sérieux” et une écriture aux postures hautement littéraires, l’auteur de Partouz et Panthéon reste… l’auteur de Partouz et de Panthéon.


Tenter de résumer Mort et vie d’Edith Stein revient à accepter une mission quasi-impossible. Disons quand même que Yann Moix a tenté, d’une manière très personnelle, d’établir une biographie d’Edith Stein, née à Breslau en 1891, dans une famille juive. Dans sa jeunesse, elle étudie la phénoménologie avec le philosophe Husserl, avant d’être tentée par la religion catholique. Elle se convertit et se retire au Carmel, où elle devient sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Mais ses origines juives la rattrapent : en 1942, Edith Stein est capturée par les allemands. Déportée à Auschwitz, elle porte le matricule 44 074, et sera gazée quelques mois plus tard. Enfin, en 1987, Jean-Paul II la béatifie, faisant d’elle à jamais sainte Thérèse Bénédicte de la Croix du Ciel.
Difficile de trouver matière plus littéraire et mystique que la vie d’Edith Stein. La façon avec laquelle Yann Moix gâche cette chance relève également, en un sens, d’un art consommé. Dès les premières phrases, on entrevoit l’ampleur de la catastrophe : « Amour. Vous croyez que je m’en moque. Je suis vivant. Il ne s’agit plus d’aimer réussir à. Mais de réussir à aimer. La multitude n’est pas de cet avis ? Peut-être. ».
7147786c40814dcb32fd5d0f62fb4652.jpgCe qui suit cette bande-annonce est à la hauteur des promesses de celles-ci. On a ainsi droit, quasiment sur la même page, à une mixture digne d’un Van Damme en petite forme (« Un saint est quelqu’un qu’un meurt, comme tout le monde. Mais c’est quelqu’un qui ne meurt pas comme tout le monde »), mais aussi, car la maison est généreuse, à des considérations dignes d’un écolier de CM2 (« Ca fait drôle, de se dire qu’une femme morte en 1942 (…) aurait pu vivre, écrire, penser jusqu’à la sortie de L’Empire contre-attaque », en parlant d’une femme qui rappelons-le, a été exterminée dans les camps nazis).
Zéro pointé également quant Moix se charge d’appréhender la religion, élément-clé du destin d’Edith Stein. On a droit à du ridicule abscons (« Edith referme la Torah, elle ouvre le monde. Elle choisit ce qui est réel, ce qui est monde. Les ronces, par exemple, sont monde. ») voire à des descriptions fortement douteuses (« Car la Grâce n’est pas : encore là. Edith n’est pas encore touchée par la Grâce : ce sont des attouchements. »).
On pourrait allonger, encore et encore, cet inventaire de phrases dont certaines resteront cultes, tant leur comique involontaire fait mouche. Mais le plus insupportable, finalement, est cette hauteur avec laquelle Moix traite son lecteur et, quelque part, la totalité de ses confrères (dont la majorité sont plus brillants que lui). Il y a dans son écriture une prétention croupissante, qui se matérialise parfois de la manière la plus détestable qui soit. A ce titre, on pourra citer le pseudo-style employé pour par l’auteur pour rythmer son texte : entre caler jusqu’à l’excès les fameux « : » dans ses phrases. On imagine qu’il y a là une recherche de rythme, d’écriture quasi-poétique qui sait, mais l’initiative est tellement mal conduite qu’elle en devient insupportable. Une épreuve supplémentaire dans un livre qui, franchement, en a déjà suffisamment infligé à son lecteur…

« Mort et vie d’Edith Stein » de Yann Moix, Ed. Grasset, 180 pages, 14,90 €

Commentaires

je n'ai pas lu... et je pense que je lirais pas de toute façon...

mais vache, la critique est acide! je suis d'accord pour dire que Moix, c'est pas forcément ce qu'il y a de plus fantasmatique... mais bon, de là lui mettre le nez dedans comme ça...

c'est pas plus simple de parler des auteurs qu'on aime, pour les mettre en avant? plutot que de faire du bruit autour de Moix, qui de toute façon, qu'on le veuille ou pas, qu'on explique que c'est mauvais ou pas, vendra autant que Beig ou Nothomb, parce que c'est de saison... ???

en parler pour en dire du mal n'est ce pas, avant tout, en parler quand même???

Ecrit par : dash | 15 janvier 2008

-->>

Ton raisonnement est assez flou : est-ce que c'est vache d'en parler ? Est-ce que c'est vache de dire que c'est mauvais ? On ne peut pas vraiment dire que Culture Café soit encombré de critiques négatives ou méchantes, alors j'estime avoir le droit de ne pas faire qu'arrondir les angles, de temps à autre.
Bien à toi,

C.

Ecrit par : Christophe Greuet | 15 janvier 2008

Ouch ! Décidément, Moix morfle ! Les critiques que j'ai pu lire sont unanimes. Le lecteur appréciant les hagiographies doit-il plutôt s'orienter vers la biographie de Bernadette Scoubidou par Alina Reyes ?

Ecrit par : Valériane | 16 janvier 2008

Je ne trouve pas que la critique soit particulièrement méchante... c'est direct et sans enrobages. Et c'est vrai que "Culture Café" tire rarement sur les ambulances.

Ce que je voulais dire [mais je conçois avoir été flou ;-) ...] c'est simplement pourquoi chroniquer ce roman s'il ne mérite pas plus d'égards que cela? Sur la rentrée de janvier, je suis sur que d'autres mériteraient la tête de gondole, pour ce coup ci, recevoir quelques louanges.

En fait, c'est assez égoiste. Je livre juste mon point de vue de lecteur qui avant d'aller faire ses courses, lit volontiers ce blog pour chopper de bonnes idées de lectures et glaner quelques découvertes...
Restons en là, ma remarque n'appelle aucun besoin de justification éditoriale, encore moins celui de sauver Moix. :-)

Ecrit par : dash | 16 janvier 2008

Je vais suivre le conseil... passer mon chemin... Merci.

Ecrit par : A.D. | 16 janvier 2008

Bravo de donner une critique libre et juste alors qu'en télé ou dans une certaine presse yann moix et son copié collé navrant et calamiteux de la page wikipedia sur edith stein est encensé par ses amis en raison d'un odieux copinage.

Il faut arretter de prendre les gens pour des cons sur les médias à grands tirages en mettant en avant des livres nuls et non avenus faits par des cyniques à la mode.

merci depenser aux lecteurs

Ecrit par : serge | 19 janvier 2008

il est pathétique , mais presque : ce moix !

Ecrit par : otro Cosina | 24 janvier 2008

Cet article est envieux, et stupide : on ne peut pas considérer qu'un livre est mauvais sous prétexte qu'une manie scripturale nous gêne : le sujet est quand même passionnant, et plus intéressant que le niveau superficiel de la critique. Edith Stein est une figure très élevée del a spiritualité contemporaine, et malgré des moments agaçants ou un peu martelants, le livre est plein de choses fines, parfaitement perçues et rendues avec sensibilité et justesse. En un mot, réduire c elivre à l'article que vous lui conscrez est au pire, une bêtise de la part du critique, et au mieux, une malhonnêteté intellectuelle.

Ecrit par : Olympia Alberti | 11 février 2008

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