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11 janvier 2008
A la BNF, Eros dévoile ses charmes
Pour clore l'année 2007 et accueillir insolemment 2008, la bibliothèque nationale François Mittérand a vidé ses greniers, et s'offre le luxe d'une exposition politiquement incorrecte, placée sous le signe de la pornographie, et qui choque délicieusement la morale bourgeoise. L'occasion pour la respectable et bien-pensante BNF d'exposer au grand jour une collection méconnue du public, et empoussiérée par quelques siècles de confinement dans un dédale d'archives. Intitulée "L'enfer de la Bibliothèque: Eros au secret", l'exposition propose de découvrir toutes ces oeuvres qui, depuis 1844, ont été jugées « licencieuses », « contraires aux bonnes mœurs », et ainsi honteusement remisées dans cette section interdite, nommée L’Enfer.
Une file d'attente interminable ; l'exposition séduit et attire les foules. Il faut dire qu'elle ne déçoit pas les attentes, bien au contraire. Dans une immense salle aux lumières tamisées et à l'ambiance intimiste, s'étalent à la vue de tous corps dénudés, positions plus que suggestives, poèmes et écrits légers, gravures et estampes obscènes, films pornographiques du début du siècle, photographies sado-masochistes et scènes de bondage. Et tout cela, en toute impunité. Inutile de se leurrer, ce n'est pas tant l'originalité d'Eros au secret et son côté inédit, que le voyeurisme et la curiosité malsaine qu'elle suscite qui motive les spectateurs. Après tout, les occasions de nourrir nos déviances en avançant le prétexte de "l'art" sont bien trop rares.
Cette impression de "déballage grivois gratuit" est peut-être le reproche que l'on pourrait faire à l'exposition. Pris au second degré par contre, Eros au secret nous offre la possibilité de démasquer quelques uns de nos plus respectables auteurs français. A côté de Sade, nous trouvons "Les 11 000 verges" de Guillaume Apollinaire, "Le con d'Irène" de Louis Aragon ou encore "Les rouilles encagées" de Benjamin Péret. Encore plus surprenants, des textes censurés d'auteurs tels que Feydeau, Verlaine, Mérimée, Georges Bataille ou encore Pierre Louÿs.
Pour les amateurs d'histoire littéraire, pas de déception non plus. Outre le récit de la création de cette cote particulière à la BNF et de son évolution, l'exposition abonde en manuscrits et ouvrages allant du 16ème siècle à nos jours (avec, par exemple, une interview filmée de Catherine Millet sur son livre "La vie sexuelle de Catherine M."). On peut également y admirer toutes sortes d'objets confisqués lors de saisies policières: les débuts de la photographie érotique, ouvrages circulant sous le manteau, guides des maisons de passe les plus célèbres de Paris, etc.
En somme, cette exposition se pose comme un parcours peu recommandable (mais certes alléchant!) à travers des siècles de censure, comme une promenade légère entre antiquités à la grivoiserie amusante et oeuvres plus récentes et parfaitement crues. On en ressort dans un état étrange. Troublé ? Honteux ? Emoustillé ? L'un n'excluant pas les deux autres, bien entendu.
Elsa Lorphelin
A la BnF, site François-Mitterrand - Grande Galerie, du 4 décembre 2007 au 2 mars 2008
Quai François-Mauriac, 75706 Paris Cedex 13. Tél. : 01 53 79 59 59 (serveur vocal)
Mardi - samedi de 10 h à 19 h, Dimanche de 13 h à 19 h, sauf lundi et jours fériés. Tarif plein : 7.00 €, tarif réduit : 5.00 €. Exposition interdite aux moins de 16 ans.
15:05 Publié dans Arts contemporains | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : L'Enfer de la Bibliothèque. Eros au secret, Bibliothèque nationale de France, Exposition, Culture Café























Commentaires
Bonjour,
Je suis allée voir l'exposition au mois de Décembre. Et j'ai été très déçu par le côté voyeur justement !!!
J'ai trouvé que l'exposition été une succession de gravures, photos érotiques et pornographiques. Tout ce qui avait trait à l'histoire de ce fonds, comment il avait été créé, pourquoi, par qui, ce que cela disait des moeurs des époques que couvrent le fonds, les rapports homme/femme.... Rien, trop vite résumé.
Du coup se promener au milieu de toutes ces images, objets, sans plus d'explications, a fini par me mettre mal à l'aise, et surtout d'être entouré de personnes ayant passé les 55 ans qui restaient longuement devant les films et les gravures.
J'ai trouvé que l'expo manquait son sujet...
Ecrit par : funkycoco | 03 février 2008
Tout à fait d'accord avec toi, il fallait sacrément s'accrocher pour ne pas se laisser submerger par le côté "voyeur" de l'exposition. Et pour tenter de voir ça d'un point de vue culturel et historique. L'expo aurait gagné à justifier sa démarche; ça lui aurait évité de tomber dans le déballage un peu trash de supports érotiques.
Ecrit par : Elsa | 15 février 2008
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