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12 novembre 2007

Femina et Médicis 2007, des prix très ancrés dans le réel

Aux alentours de treize heures, les jurys Femina et Médicis ont divulgué les livres vainqueurs de leurs prix 2007. Les jurés auront été plus véloces que ceux du Goncourt et Renaudot, puisque Baisers de cinéma de Eric Fottorino et La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld ont respectivement remporté Femina et Médicis dès le premier tour. Les deux prix ont donc chacun récompensé un journaliste aux manettes d’un récit à forte connotation historique et personnelle.


Directeur de la rédaction du Monde, Eric Fottorino a avoué avoir appris être lauréat « au cours d'une réunion de travail » du quotidien. Dans Baisons de cinéma, paru chez Gallimard, il suit le parcours d’Eric, un quadragénaire qui part à la recherche de sa mère dans tous les cinémas du Quartier latin. Sur son lit de mort, son père lui a appris qu’il était le fils d’une actrice célèbre. Concernant la saison des prix littéraires, Fottorino a confié qu’il « aime bien l'idée d'une chaîne. On se succède les uns aux autres », et que ce prix est « le couronnement de quelque chose de très important, de très personnel, de très intime ». Notons qu’à la remise du prix, une activiste se réclamant des Chiennes de garde a vivement pris à parti les jurées du prix, au motif que ce celui-ci avait été attribué à un f91c835013d08e6f3f9a9b196eeb4457.jpghomme et non une femme (photo ci-contre). Une porte-parole du Femina a répliqué en expliquant que le prix « n'a jamais eu vocation à récompenser des femmes. Depuis 1904, si on fait le compte, il y a eu plus d'hommes que de femmes [chez les vainqueurs]. Cette personne fait parler d'elle. Qu'elle proteste tant qu'elle veut. Cela fait parler d'elle et de nous ».
La stratégie des antilopes, paru au Seuil, est le troisième livre que Jean Hatzfeld, ancien reporter à Libération, consacre au génocide du Rwanda de 1994. Après la remise du prix, l’auteur a déclaré que cette distinction était « formidable, pour le livre, pour les gens de là-bas », et précisé que son ouvrage était un livre difficile, pour lequel « on pense que les jurés ne vont pas avoir le culot de [remettre un prix] et ils l'ont fait ». Il a souligné que le Médicis était « important pour faire comprendre ce que j'ai voulu faire, de la littérature avec un événement comme celui-ci. Faire entrer les gens par l'écrit dans un univers qui est celui du génocide ».
Du coté des étrangers, Les disparus de l’américain Daniel Mendelsohn (Flammarion) a remporté à l’unanimité le Médicis étranger. Immense succès de librairie, le livre raconte la quête de l’auteur sur les traces de son grand-oncle, sa femme et de leur quatre filles, tués dans l'est de la Pologne, en 1941. Du coté du Femina étranger, l’excellent Le goût de la mère d’Edward Saint Aubyn (Christian Bourgois) a déroché la distinction, lui-aussi dès le premier tour. Le livre est le récit d’une famille ordinaire face aux grands rendez-vous de la vie tels que maternité, mariage, et fidélité.
Enfin, le Femina essais a récompensé le co-créateur d’Apostrophes, Gilles Lapouge, pour son texte L’encre du voyageur (Albin Michel), tandis que le Médicis essais a couronné, à l’unanimité, le grand favori de sa section, L’année de la pensée magique de Joan Didion (Grasset). Ces chroniques d’une femme de 70 ans confrontée à la maladie et au décès de son mari ont connu un énorme succès critique aux Etats-Unis et en France (quoique non suivi par le public, du moins de ce coté-ci de l’Atlantique).

Photo d’ouverture : Jean Hatzfeld et Eric Fottorino à l’hotel Crillon pour la remise de leurs prix.
Photos : © DR

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