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17 septembre 2007
Cendrillon, l’écrivain et ses doubles
Soyons honnêtes : personne n’attendait véritablement le quatrième roman de Eric Reinhardt pour cette rentrée littéraire 2007. Ce n’est que sur son texte, qui a commencé à circuler au début de l’été, que le livre s’est fait la réputation mirobolante dont il peut aujourd’hui s’enorgueillir. Et en effet, Cendrillon est certainement la meilleure chose qui soit arrivée à la littérature française depuis longtemps. Il n’est probablement pas le livre le plus maîtrisé, certes. Mais de loin celui qui aura le plus secoué, au propre comme au figuré, tous les codes utilisés par de nombreux auteurs sommeillants.
« Que serais-je devenu si je n’avais pas rencontré Margot à vingt-trois ans ? ». A partir de cette simple phrase, Reinhardt construit une fiction tentaculaire de près de 600 pages. Au premier abord, quatre personnages s’entrecroisent dans le récit. L’auteur lui-même, qui offre au lecteur de nombreuses clés sur sa personnalité. L’amour immodéré qu’il porte à Margot, sa femme-reine. Sa passion pour l’automne, et aussi les pieds des femmes. Son quotidien d’écrivain, rivé à la table d’un café sur la place du Palais Royal. Et de nombreux autres déboires plus ou moins anecdotiques…
Les trois autres protagonistes semblent n’avoir, à première vue, aucun rapport avec l’auteur. On y rencontre ainsi Laurent Dahl, un financier lettré qui part à Londres et devient associé d’un fonds spéculatif à succès ; Patrick Neftel ne s’est jamais remis du suicide à la fourchette de son père, et s’enfonce dans un isolement dramatique, qui pourrait le conduire à l’irréparable ; enfin, Thierry Trockel est un géologue à la vie banale qui, peu à peu, va succomber aux jeux érotiques via Internet.
L’apparente déconnexion existante entre les quatre récits est l’essence même du livre. Car l’on se rend rapidement compte que chacun n’est qu’un double fictionnel du récit principal (la propre vie de Reinhardt). Des parties capitales ou des détails de la vie quotidienne de l’auteur viennent se fondre dans ces trois mini-romans qui, chacun, lancent une hypothèse sur ce que la vie aurait pu être si...
L’intérêt de ces récits ne s’arrête pourtant pas à la simple extrapolation du destin de l’auteur. Chacun d’entre eux nous plonge dans une facette différente de ce qui constitue notre monde contemporaine. Avec finesse et une justesse documentaire (évoquée elle-même dans le journal de l’auteur !), Reinhardt nous balade, dans le sens noble du terme, entre les destins les plus extrêmes qui entourent notre quotidien. D’autant qu’on ne sait jamais jusqu’à quel point l’auteur mélange sa vie aux récits de ses personnages, et non la fiction à son propre journal. Un questionnement qui titille encore plus à la lecture de la chute du livre.
Enfin, Cendrillon est aussi un véritable grand huit entre plusieurs genres littéraires. L’auto fiction si utilisée en ce moment est donc mélangée à la fiction pure, laquelle se subdivise elle-même en roman policier, drame humain, voire comédie sociale. Une palette qui ajoute encore à la richesse de l’ouvrage.
Une richesse qui est probablement le seul point faible du livre. Car, en particulier dans son propre récit, Reinhardt ne sait pas toujours maîtriser sa narration, embarquant le lecteur dans des circonvolutions fastidieuses. Heureusement, la construction même de l’ouvrage vient sauver l’auteur de ses propres débordements. Alors oui, malgré des défauts plus qu’apparents, Cendrillon est un livre important, car il envoie d’une certaine sorte au rebus la plupart des romans français de ces trois dernières années. Pour son culot et son audace narrative, on espère vraiment que ce Cendrillon-là vivra, lui aussi, un conte de fée.

« Cendrillon » de Eric Reinhardt, Ed. Stock, 577 pages, 23 €
17:40 Publié dans Livres , Rentrée littéraire 2007 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2007, Rentrée littéraire septembre 2007, Cendrillon, Eric Reinhardt, Editions Stock, critique, Christophe Greuet
Commentaires
gènial
Ecrit par : adila | 17 novembre 2007
Eric es merveilleux . Il existe encore des rêveurs et ils en fait parti.
Je serais "sa" cendrillon s il n habitait pas si loin. Mais je l invite volontiers pour l inspiration de son prochain bouquin....
Ecrit par : houdet | 01 décembre 2007
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