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05 septembre 2007
Mort aux cons, french psycho(n)
Il est des titres qui, en pleine rentrée littéraire, ne passent pas inaperçus. Aux allégations sibyllines et pseudo-profondes choisies par le primo-romancier type, Carl Aderhold aura préféré une invective un poil vulgaire : Mort aux cons. Pourtant, le stratagème marche, et l’on plonge dans le livre, ne serait-ce que par une curiosité vaguement malsaine. Histoire de vérifier que derrière un tel titre se cache la vaste fumisterie soupçonnée. Et l’on se trompe, le livre se révélant être un “vrai” roman.
Le narrateur est un trentenaire énervé, engoncé dans sa vie de couple avec Christine et un voisinage envahissant. Le jeune couple de l’immeuble a le malheur d’avoir un chat baladeur, qui mord notre homme. Grave erreur : la bête, défenestrée, finit écrasée sur le bitume. D’autres amis de l’homme périssent bientôt sous les assauts de notre narrateur. Jusqu’au jour où celui-ci décide de passer la vitesse supérieur, et d’épurer le pays des humains qu’il juge « cons » (chauffard, DRH, vieux, etc.). Il revendique au total quarante quatre meurtres. Jusqu’à ce que le “justicier” finisse par assassiner la mauvaise personne…
Aderhold ne fait certes pas une entrée prestigieuse en littérature avec Mort aux cons. Mais quand même : tirer d’une histoire mince comme une feuille de cigarette un roman de 400 pages qui se tient vaguement est en soi une petite prouesse. Certes, le déroulement est trop systématique pour ne pas provoquer une lassitude compréhensible. Prise une à une pourtant, chaque éradication est furieusement drôle, mais l’auteur oublie un peu souvent qu’un roman se lit d’une traite, pas en tirant une page au hasard comme dans un recueil d’anecdotes ou blagues féroces.
Et pourtant, malgré ces évidents défauts de maîtrise, le récit du livre recèle plusieurs qualités. La première est probablement le culot de son auteur, qui en employant ici la première personne transforme son ouvrage en une sorte de parodie cruelle de l’auto-fiction, genre envahissant dans la littérature française actuelle. Cette tuerie de “cons” n’est-elle pas, quelque part, un moyen de tirer sur tous ceux qui, sans être des artistes, pensent pouvoir investir impudemment le champ littéraire ? L’emploi systématique du “je” met-il pour autant l’auteur d’un texte de se couvrir de ridicule ? Ces questions, parmi d’autres, sont tissées quelque part dans les entrailles du texte ici présenté. Et font de Mort aux cons un manifeste plus pertinent qu’il n’y paraît sur l’état de notre littérature. Le moyen allégorique choisi est, on le concédera, pas forcément le plus fin qui soit, mais sa nature jusqu’au-boutiste a évidemment une teneur rafraîchissante.
Objet littéraire non identifié, Mort aux cons ne mérite pas pour autant d’être complètement écrasé par les ouvrages d’auteurs “sérieux” qui monopoliseront toutes les rubriques livres ces jours-ci. Pour une fois qu’un premier roman ne se contente pas de décrire la larme à l’œil les soucis sentimentaux et ménagers de son auteur…

« Mort aux cons » de Carl Aderhold, Ed. Hachette littératures, 410 pages, 19 €
















Commentaires
J'ai A-DO-RE !!! Moi qui n'aime pas tellement lire, ce livre m'a intuitivement attiré. Je n'ai pas été déçue, je me suis reconnue dans ce personnage et je le remercie pour ces actions, j'ai l'impression d'avoir aidé le personnage à découvrir le genre de cons dans mon quotidien. J'ai bien ris et l'écriture est agréable, un vrai plaisir ! Merci à l'auteur et je ne manquerai pas d'acheter le deuxième livre de Carl, s'il continue dans la rédaction.
Ecrit par : Auréline | 13 août 2008
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