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18 juillet 2007
Eleanor Rigby, la folle mutation d’une solitude
Paru depuis trois ans aux Etats-Unis, Eleanor Rigby est enfin traduit en France. Coincé entre deux œuvres majeures de l’auteur (Hey ! Nostradamus et Jpod), ce roman signé Douglas Coupland trouve une place à part dans l’œuvre de l’écrivain. D’ordinaire très habile avec de nombreux personnages aux destins entremêlés, l’auteur de Génération X s’est ici intéressé à un récit intimiste, centré sur deux caractères entourés de quelques “rôles” secondaires. En résulte un opus déroutant, mais toutefois très attachant.
Liz Dunn est une femme dont le destin pourrait être plus heureux : obèse, elle vit seule et se perd dans un emploi alimentaire, sous le mépris de ses collègues. Elle vit donc recluse dans un appartement dénué de toute fantaisie, et rumine à longueur de journées ses multiples désillusions. Néanmoins, un coup de fil s’apprête à changer sa vie. Un jeune homme vient de faire une overdose, et a donné son numéro en cas d’urgence. Elle découvre alors le fils qu’elle a eu vingt ans plus tôt, lors d’un voyage scolaire en Italie, puis abandonné à l’assistance publique. Liz se voit alors confrontée à de nouvelles responsabilités, qui vont littéralement chambouler son affect et son quotidien.
Bien sûr, aucun résumé ne peut prétendre être le parfait reflet du livre qu’il tente de décrire. Mais cette constatation est encore plus prononcée dans le cas d’Eleanor Rigby. Abolissant les chapitres, Coupland divise son texte en deux grosses parties que l’on ne pourrait imaginer plus différentes. La première mélange scènes d’exposition avec une bonne dose de réflexions de Liz sur sa vie passée et présente. Et peut, parfois, ennuyer fermement le lecteur, quitte à lui faire quitter le navire. Mais aux deux tiers du livre, l’atmosphère change du tout au tout : propulsant le lecteur sept ans plus tard, Coupland nous immerge dans un tourbillon d’action dans lequel le comique, si ce n’est le loufoque, trouvent toute leur place. Impossible cependant d’écrire le moindre mot sur cette partie du livre, de peur de gâcher tout le plaisir au lecteur potentiel. D’où le peu de pertinence ici d’un résumé.
Coupland n’a jamais été très à l’aise avec les récits intimistes, qui plus est mélancoliques. Ces travers se retrouvent inévitablement dans la première partie d’Eleanor Rigby qui, on l’a dit, est souvent répétitive et ennuyeuse. On envisagerait presque au détour d’une page d’arrêter là, et l’on aurait bien tord. Car les deux premiers tiers du livre ne semblent être, pour l’auteur comme pour son lecteur, qu’un passage obligé pour conduire à la dernière partie. A elle seule, celle-ci vaut de nombreux romans dans leur intégralité, grâce à sa folie, son sens du rythme et une narration au scalpel de situations improbables mais qui, néanmoins, finissent par faire sens. Si l’on peut regretter une fin un peu trop convenue et surtout prévisible, on se prend à constater sur ce “Coupland mineur” ne l’est pas tant que ça. Surtout lorsque l’on a déjà découvert en anglais le ratage qu’est Jpod, fausse mais très attendue suite au mémorable Microserfs.
« Eleanor Rigby » de Douglas Coupland, Ed. Au diable Vauvert, 310 pages, 19 €. Parution le 30 août.
La première page de Eleanor Rigby
J'avais toujours pensé qu'un aveugle de naissance que l'on rendait à la lumière grâce aux miracles de la médecine moderne se sentirait renaître. Imaginez-vous regarder notre monde avec des yeux flambant neufs, tout vous paraîtrait frais, couvert de rosée et empreint de beauté : une peau diaphane et des jonquilles, des homards bouillis et la pleine lune. Et pourtant, j'ai lu dans des livres que les choses se passaient différemment dans la réalité. Dotés de la vue, les anciens aveugles prennent peur et perdent leurs repères. Ils ne parviennent pas à appréhender les notions de forme ou de couleur ou de profondeur. Tout les choque, et rien ne les apaise. Ce à quoi mon frère, William, répond : « Eh bien, Liz, réfléchis-y deux secondes : les gamins restent allongés presque un an dans leur berceau à regarder des marionnettes et des jouets de toutes les couleurs passer devant leurs yeux. Ils sont cons comme des balais, et il leur faut un bon bout de temps avant même de piger où s'arrêtent leurs corps et où commence le monde. Pourquoi ça serait différent simplement parce que tu es plus vieux et en théorie plus malin ? ».
© Editions Au diable Vauvert, 2007























Commentaires
Je n'ai jamais vraiment aimé Coupland à part Generation X, mais j'ai continué à lire ses livres, ju'squ'à Eleanor Rigby qui m'a vraiment décidé à abandonner. Mal écrit, répétitif, personnages stéréotypées, vraiment un mauvais livre. Seuls les vrais fans y trouveront sans doute quelque chose de bien.
Ecrit par : Fausto | 18 juillet 2007
Pas fan non plus de Coupland, et je ne crois pas que cela va changer avec ce livre. J'y jetterai quand même un oeil, on ne sait jamais...
Ecrit par : A.D. | 20 juillet 2007
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