« Grindhouse : après le(s) film(s), le livre Page d'accueil | Rentrée littéraire de septembre 2007 : Gallimard réinvente la Blanche »

12 juin 2007

Au secours pardon, sanglante confession

medium_au_secours.jpgOn attendait beaucoup, trop peut-être, du nouveau roman de Frédéric Beigbeder. Placé par son auteur et son éditeur sous le signe de la nouveauté artistique (un nouveau départ dans sa carrière d’écrivain) et commerciale (la “première pierre” d’une rentrée littéraire en juin), Au secours pardon s’annonçait comme le livre qui allait effacer des mémoires le ratage du précédent roman de Beigbeder, L’égoïste romantique. Hélas, il faut bien constater que la déception est encore au rendez-vous, dans une forme peut-être encore plus aiguisée.


Dans cette suite au célèbre 99 Francs, le personnage Octave Parango, double romanesque de son créateur, est de retour. L’homme a fait table rase dans sa vie : retiré de la publicité, il a quitté Paris pour Moscou. Employé d’une grande agence de mannequin, le voici “talent scout” à la recherche du nouveau visage pour le marketing du leader mondial des cosmétiques, L’Idéal. Ce nouvel emploi coïncide avec le quarantième anniversaire d’Octave qui, selon lui, l’aurait fait « devenir fou ». Car les démons parisiens d’Octave ne l’ont pas quitté, et se sont même accrus. Il est toujours accro à l’argent, au sexe, et à la drogue.
C’est par hasard qu’Octave rencontre en Russie le père orthodoxe Ierokhpromandrit, qu’il a connu à Paris. Il entame avec lui une longue confession. Alors que l’homme de la mode organise un grand concours de beauté, l’homme de foi lui donne les coordonnées de Lena, une beauté de 14 ans souhaitant se lancer dans le mannequinât. Octave en tombe éperdument amoureux, et sombrera dans la démence lorsque la demoiselle l’abandonne…
Expliquer les raisons du ratage d’Au secours pardon est quasiment impossible sans en révéler la fin. Par respect pour les lecteurs n’ayant pas encore lu le livre, nous allons toutefois essayer. Ce retour d’Octave tombe malheureusement dans les deux gouffres qui caractérisent les séquelles improbables. D’un côté, le changement systématique de lieu, de contexte, de profession du personnage central. De l’autre, la course au “toujours plus”, afin d’en donner au lecteur pour son argent. Plus de sexe, plus d’argent, plus de pouvoir, plus de débauche, plus de name-dropping et, dans ce cas, beaucoup plus de cynisme. Dans ce contexte, les dernières pages du livre, complètement abracadabrantesques, finissent de supprimer les maigres espoirs que l’on pouvait placer dans le livre.
Outre son histoire, Au secours pardon souffre paradoxalement du style si particulier de Beigbeder. L’écriture tant appréciée lors de la parution de 99 Francs ne fait plus miracle aujourd’hui : elle a probablement été trop copiée, et trop mal. Mais lorsque son instigateur s’en empare à nouveau, il ne parvient pas à lui donner un nouveau souffle. Certes, Beigbeder est toujours capable de quelques fulgurances (« Si vous êtes comme moi, je vous plains : vous êtes un homme moderne »), mais la plupart des affirmations jouant avec le sens des mots tournent ici au jeu de mots potache. Et lorsque cette écriture est généralisée jusqu’au systématisme, elle ne fait que desservir son objectif premier.
Paradoxalement, ce qui sauve Au secours pardon est aussi ce qui le dessert le plus : son nihilisme final. Car l’on se prend à imaginer que cette fin dévastatrice met un point final à une partie du travail de Beigbeder, aujourd’hui datée. Pour que l’auteur puisse, enfin, envisager un renouveau avec son prochain ouvrage.

Au secours pardon de Frédéric Beigbeder, Ed. Grasset, 325 pages, 19,90 €
 Commander le livre sur Amazon.fr 

11:45 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Au secours pardon, Frédéric Beigbeder, Editions Grasset, critique, review, Christophe Greuet, Culture Café

Commentaires

oui, enfin, qu'il explose... qu'il lache Octave (meme si on l'aimait, au fond), se détache et soit vraiment l'auteur que l'on sent depuis des années...
Et question ventes, ça décolle moyennement, non?

Ecrit par : dash | 13 juin 2007

En effet... chez Mollat ils n'en auraient vendus que 28 exemplaires après en avoir commandés 200.

Ecrit par : Bettine | 29 juin 2007

j'ai adoré ce livre y a rien à dire !
et puis faut arreter de comparer "Au secours pardon" et "99F" parce que c'est deux registres différents même s'ils partagent le même personnage principale qui est octave.
Mais il faut bien admettre que 1: il a bcp changé , et de 2: que l'intrigue et l'histoire suscite la pitié du lecteur et en même temps une chute trés bien organisée que j'ai juste Adoré!!....
j'ai adoré ce livre.... voila.
xx

Ecrit par : pachka lena | 30 avril 2008

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.