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04 juin 2007
Interview Dan O’Brien : « Nous nous devons d’écrire sur les autres espèces qui partagent le monde avec nous »

Paru en France la semaine dernière, Les bisons du cœur-brisé est certainement l’un des livres à ne pas manquer cet été. Dans ce récit magnifique, Dan O’Brien vous emmène dans les plaines du Dakota, pour lesquelles il a donné sa vie, et réalisé son rêve : vivre au pied des Black Hills.
A soixante ans, O’Brien est un éleveur atypique. Propriétaire du ranch Broken heart depuis vingt ans, il élevait des vaches jusqu’à la fin des années 90, et gagnait péniblement sa vie sur ce commerce. A la faveur d’un week-end chez des amis, il se retrouve avec une douzaine de bébés bisons. Ces nouveaux occupants du ranch réveillent la conscience de O’Brien, qui voit ainsi renforcée sa volonté de faire de l’élevage tout en respectant l’environnement. Il se rend ainsi compte que l’élevage des bisons permettra de rendre à l’animal ses terres ancestrales, sur lesquelles l’espèce a vécu un véritable génocide, mais permettra aussi à sa terre de redevenir fertile…
A la Comédie du livre de Montpellier, Dan O’Brien était venu présenter son livre devant un public qui fut rapidement conquis. Avec une gentillesse rare, il a accepté de partager une bière et quelques cigarettes avec nous, et bien entendu discuter de son œuvre et ses positions sur la défense de l’environnement.
Vous êtes écrivain et éleveur. Laquelle de ces activités vous a conduit à l’autre ?
J’ai vécu dans une ferme depuis mon enfance, mais je me suis mis à écrire quand je fus un cow-boy. J’étais alors simple employé, puis j’ai gagné de l’argent et acheté mon propre ranch.
Entre l’élevage et l’écriture, comment organisez-vous vos journées de travail ?
C’est souvent très difficile, car au ranch nous sommes très occupés ! Et je me fais trop vieux pour tout assumer…Je me lève très tôt, à six heures du matin, et je me mets à écrire jusqu’à neuf heures. Je me consacre aux travaux du ranch ensuite. Et surtout, je me couche très tôt ! (rires)
Vous êtes auteur de romans, d’essais de témoignages, et vous enseignez la littérature. Abordez-vous ces activités de manière différente ?
Quand j’étais jeune, à environ vingt-cinq ans, je voulais déjà faire toutes ces choses. Ma première action fut de prendre ma télévision, et la jeter à la poubelle ! Parce que pendant tout le temps où vous regardez la télévision, vous pouvez écrire un roman entier… J’ai donc essayé de ne faire que les choses qui étaient essentielles dans mon existence : être dans la nature, et écrire des livres. C’est bien assez pour vivre sa vie !
Vous décrivez dans le livre votre combat contre l’élevage ne respectant pas l’environnement. En tant qu’écrivain, souhaitez-vous être considéré comme porteur d’un message, ou simplement témoigner d’une expérience personnelle ?
Pour Les bisons du cœur-brisé, il me semblait important de délivrer un message. Je pense qu’il est important de s’élever contre les dangers qu’encourt la nature. Et ma terre est si sèche qu’y devenir fermier n’est vraiment pas une bonne idée. Mon message était donc celui-ci : l’élevage ne doit être fait qu’à la condition où il ne détruit pas la nature.
Pensez-vous que la littérature américaine contemporaine est trop centrée sur les milieux urbains et délaisse le monde rural ?
C’est une question très difficile ! (rires) La littérature parle des gens. Mais nous vivons une époque où les conditions sont radicalement différentes que dans le passé. Nous nous devons d’écrire sur les autres espèces qui partagent le monde avec nous. Et la littérature est un excellent moyen de faire passer ce message. C’est aussi important que les messages de liberté pour lesquels les hommes ont dû se battre avant. La littérature se doit de suivre ces combats qu’il est fondamental de faire passer.
Qu’avez-vous pensé du formidable succès de Brokeback mountain ?
Annie Proulx, qui a écrit la nouvelle originale, est une très bonne amie à moi. A l’origine, Brokeback mountain a été publié dans le New Yorker. Et quand j’ai lu ce texte pour la première fois, je me suis dit que c’était l’histoire la plus forte qu’avait publié ce grand journal. Car même si les deux personnages sont homosexuels, les véritables cow-boys se reconnaissent en eux.
Mais jamais, absolument jamais, je n’aurais pensé que Brokeback mountain serait adapté au cinéma ! Ce fut une immense surprise pour moi. Le fait que le film soit produit par Hollywood et réalisé par un homme d’origine asiatique prouve bien une chose : quand une histoire est bonne, elle n’a pas de frontières !
Ces derniers mois, de nombreux artistes américains se sont engagés en faveur de l’environnement, mais la volonté politique des USA ne semble pas suivre cet exemple. Que pensez-vous de cette contradiction ?
Les politiciens américains sont toujours en retard. Ces dernières années, il était impossible de parler à la fois d’environnement et de se faire élire. Parce que vous êtes élu sur le paraître, pas sur vos opinions sur l’environnement. Mais maintenant, nous sommes à un tournant : les questions sur l’environnement sont les seules à nous concerner tous. Elles vont donc revenir au premier plan…
Mais laissez-moi vous dire une chose : George Bush a été un véritable problème pour les USA, et ce sur presque tous les sujets. Et le pire fut son attitude dans la lutte pour l’environnement. Mais vous verrez que même si les Américains sont lents, ils lui feront payer sa politique.
Beaucoup de vos livres ont été traduits en Français, et celui-ci reçoit un accueil médiatique très favorable. Comment recevez-vous ces réactions ?
C’est génial, bien entendu ! J’adore les Français, parce qu’ils aiment les livres. Aux Etats-Unis, il n’y finalement qu’un tout petit pourcentage de gens qui lisent des livres. Mais en France, tout le monde lit des livres. Et faire partie des auteurs appréciés par les lecteurs français est vraiment une chose merveilleuse.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’être apprécié ici par des gens qui n’ont jamais vu un seul bison de leur vie ?
C’est vraiment quelque chose qui me dépasse ! Mais je pense que l’Ouest américain et ses étendues sauvages sont vraiment appréciés par le public. Vous ne pouvez pas faire un séjour dans mon ranch et vous y ennuyer. Je pense que la plupart des gens se diraient “Et merde !”. La France est un pays où la population est très dense, et il y est difficile de se retrouver seul, au calme. Mais au milieu de l’Ouest américain, c’est encore possible…
Les bisons du cœur-brisé est paru en 2001 aux Etats-Unis. Comment a évolué votre vie depuis cette date ?
Pour être exact, je dirais que depuis tout petit, je n’ai jamais vraiment eu de contrôle sur ma vie ! Je n’ai jamais su ce qui allait m’arriver le lendemain. Et être en train de ce discuter avec vous, de ce livre, à cet endroit, est pour moi une surprise. Et je n’ai aucune idée de ce qui se passera la semaine prochaine. Je serai peut-être en prison, qui sait ?!
Un grand merci à Christine pour sa collaboration, et à Charles des éditions Au diable Vauvert pour son très sympathique accueil.
Les bisons du cœur-brisé de Dan O’Brien, Editions Au diable Vauvert, 370 pages, 23 €
Visionnez le message de Dan O'Brien
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Commentaires
Ouaou ! Ca donne envie. Même les snobinards ultra-urbains de Chronic'art ont dit du bien de ce récit ultra-rural.
http://www.chronicart.com/livres/chronique.php?id=10504
Ecrit par : Le Libraire | 23 juin 2007
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