« Grindhouse : Tarantino et Rodriguez seront à Cannes… en chambres séparées | Page d'accueil | Le Salon du livre vu par Abha Dawesar »
31 mars 2007
Le Salon du livre vu par Vincent Bernière
Dans le cadre du Salon du livre 2007, nous avons demandé à plusieurs auteurs présents de nous faire partager leurs impressions, dans un texte spécialement écrit pour Culture Café.
Vincent Bernière y présentait cette année son premier roman, et nous a envoyé ce texte à vif, qui écorche les antagonismes d’un événement culturel avec la loi française.
Vincent Bernière est né en 1969. Reporter à Technikart, il occupe également plusieurs postes de critique dans d’autres magazines. Editeur de bande-dessinée, il est également le fondateur de la revue Bang !
Bernière présentait au Salon son premier roman, Shoot again. Une plongée obsédante dans le monde de la drogue, au travers des parcours désespérés de reclus de la société à la dérive.
Cette année, c’est la première fois que le Salon ne fumait pas. L’occasion de vérifier que la France est un pays de flics. Lors de l’inauguration, tandis que nous déambulions, moi et mon éditeur Jacques Binsztok, clope au bec dans un espace dont le plafond doit bien s’élever à dix mètres, il y avait toujours quelqu’un pour dire : « C’est non-fumeur. » Seulement comme il y avait trop de monde, on ne savait jamais qui c’était exactement. Le délateur est lâche, il crache son venin et puis s’en va. Ceux-là mourront d’un cancer de la prostate. On ne compte pas les cancéreux qui meurent de rancœur. Mon père, par exemple. Jacques, lui, est assez pointu sur la question de la délation. Il est l’une des dernières personnes à parler et à écrire yiddish en France. Un jour, il m’a dit qu’ils n’étaient plus que quelques centaines. Bon, j’ai jamais vérifié mais j’ai tendance à faire confiance à ce que me dit Jacques. Comme par exemple quand il dit que je suis un écrivain. En littérature, Jacques est un peu comme mon père et j’aimerai bien qu’il vive assez longtemps. L’autre jour, L’Humanité publiait une photo du quartier général de Sarkozy, rue d’Enghien à Paris, où une compagnie de CRS était postée sous une banderole sur laquelle était inscrit l’un des slogans du petit bonhomme à talonnettes : « Imaginons la France d’après ». À Goa, où j’étais le mois dernier, on soulève une pierre et il y a une église romaine catholique. En France, on soulève un caillou et on tombe sur un flic. J’avais oublié que l’Inde était l’invitée du salon. En Inde, le concept du salon n’existe pas. On préfère faire la fête, célébrer. Pendant la croisière sur la Seine organisée par le magazine Technikart quelques jours avant l’inauguration, je voyais des filles avec de petits autocollants entre les deux yeux. Bêtement, je demandais : « Tu reviens de Bombay ou quoi ? » Et soudain, la révélation : « L’inde est le pays invité du Salon ». Ah oui, c’est vrai. Quand j’allais en Inde les premières fois, lorsque je discutais avec mes amis goannais j’avais toujours du mal à leur faire comprendre que j’étais agnostique surtout que je ne sais pas comment ça se dit en anglais. Il y a des choses que les Indiens ne peuvent pas comprendre de nous, et vice-versa. En Occident, quand on veut faire la connaissance de quelqu’un, on lui demande ce qu’il fait dans la vie. En Inde, on cherche à savoir quelle est sa religion. Maintenant, je réponds sans ambages : « Je suis un Catholique romain. » Du coup, mes amis indiens me sourient, avec ce petit dodelinement charmant qui ne veut pas dire oui, qui ne veut pas dire non, qui veut dire autre chose. Seulement je me demande quelle tête ils feraient si je tentais de leur expliquer que, dans une fête où l’on célèbre les écrivains, il est impossible aux Juifs et aux Catholiques romains de fumer une cigarette.
Vincent Bernière
29 mars 2007
Shoot again de Vincent Bernière, Ed. du Panama, 128 pages, 14 €
Commander le livre sur Amazon.fr![]()
16:05 Publié dans Livres, Salon du livre 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Salon du livre 2007, Vincent Bernière, Shoot again, Editions du Panama, Culture Café























Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.