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26 mars 2007
Le Salon du livre vu par Christophe Paviot
Dans le cadre du Salon du livre 2007, nous avons demandé à plusieurs auteurs présents de nous faire partager leurs impressions sur la manifestation, dans un texte spécialement écrit pour Culture Café.
Christophe Paviot est le premier à avoir répondu, avec une longue intervention qui risque de faire grincer des dents… Mais que nous reproduisons ici dans son intégralité, comme il se doit.
Né en 1967, Christophe Paviot a publié cinq romans en dix ans. Le dernier en date, Devenir mort, est sorti en janvier dernier (lire notre critique ici). Il s’agit d’une “autobiographie déguisée”, dans laquelle une mère qui, après la mort de son fils se rend à New York pour régler les démarches administratives liées au décès. Et découvre un individu très différent de celui qu’elle connaissait…
Christophe Paviot travaille actuellement à un nouvel ouvrage sur le leader du groupe du groupe Nirvana, Kurt Cobain. Le livre sera publié dans la collection Sessions des éditions Naïve.
Je suis peut-être qu’un putain de camé, mais jsuis sûr que le Ministre de la Culture se met lui aussi des pailles dans le nez. Quand j’ai débarqué, jeudi, à l’inauguration du salon avec mon pote Chiaff (un mec qui connaît rien à ce foutu truc de l’édition), on était déjà bien chargés, alcool plus dope. On a filé direct sur mon stand. Là, j’ai retrouvé toute l’équipe de « ma » maison d’édition (les guillemets, parce que c’est pas que la mienne). Des gens avec qui je m’entends bien. Les verres se remplissaient, vin rouge, champagne, champagne rosé sur fond de Bordeaux. Les verres plastiques nous claquaient dans les pattes, fendus sous les nerfs. On en mettait partout, les autres grignotaient de la barbaque, des légumes et des cacahuètes (ça s’écrit comme ça « cacahuètes » ?) C’était difficile de rester concentré sur les conversations, des gens arrivaient sur le stand, ils arrivaient de partout, trop de monde, des gens que j’aime moyen, des gens que j’aime beaucoup et d’autres que j’adore. Je me souviens que c’était hyper difficile de les écouter, de me diviser, de donner, j’ai pas essayé d’être gentil, je suis resté moi-même, à moitié con. Jsuis la personne la plus antipathique que je connaisse. En même temps ça me faisait mal de pas être là, de regarder partout, de massacrer les gobelets de plastique mou. Mon pote n’en revenait pas, il se demandait comment un truc aussi largué que l’édition pouvait sentir autant le cul, c’est pas le ciné ni le rock indé non plus. Et c’est vrai que ça sentait le cul, de tous les côtés, du cul hétéro-gay. Fallait les voir s’avancer, tous, dépoitraillés, un nuage de phéromones vers les cheveux. Alors on grignotait des bouts de salsifi et de céleri sans bien savoir, histoire de corriger notre haleine. Chiaff, voulait déjà faire un tour aux toilettes, y avait la queue chez les filles, rien chez les mecs, l’éternelle injustice, et pour celle-là, on pourra jamais rien faire. Bref, on ressort des chiottes en se barbouillant le visage avec l’enveloppe, les gens n’aiment pas voir deux mecs sortir des mêmes chiottes, je ne vois pas le problème. On file au stand de Naïve, je retrouve « mes » deux éditeurs (les guillemets parce que gnagnagna-gnagnagna), je leur annonce que pour leur livrer le manuscrit sur Kurt Cobain à la fin mars, ça va pas être évident. Et puis j’ai horreur des sorties en septembre, je fais jamais ça. Ils me proposent gentiment de le rendre en juin, comme ça pour janvier c’est ok. Oui, janvier j’aime bien. Y a pas trop de prix, septembre c’est pour les ambitieux et les prétentieux, ceux qui rêvent de prix et qui résotent (du mot réseau, je sais, ça n’existe pas trop), et aussi pour les poids lourds. Septembre, c’est pour les cons. Avec Chiaff, on tourne un peu là-dedans, on sera parmi les derniers à quitter le salon, les livres seront recouverts de draps et de filets de pêche depuis longtemps.
Bon, le samedi, c’était débat plus signature. Le débat, mené par Hubert Artus, portait sur le thème du mensonge, ça tombe bien, c’était le thème central de Devenir Mort, mon dernier bouquin (un mec de 40 ans qui meurt, sa mère ne le découvre vraiment qu’après sa mort, trop tard, un étranger). Les invités sur le plateau sont Jean-Yves Cendrey (un pur lui, un mec direct, il cogne, il est aux Editions de l’Olivier et son dernier ouvrage s’intitule « Les jouissances du remords »). Il y a aussi Nikki Gemmell, une femme flippée et rigolote (un auteur des antipodes, son livre s’appelle « La mariée mise à nu », c’est publié au Diable Vauvert, ses éditeurs, Marion et Mandy, sont là dans l’ombre pour l’accompagner). On compte aussi Audrey Diwan, une journaliste dont c’est le premier bouquin (son éditeur Guillaume Robert est lui aussi dans l’ombre, rayé d’un rideau de perles, Audrey Diwan est publiée chez Flammarion). Son livre est limpide, lumineux, drôle, l’intrigue est bien menée, les personnages sont bien dessinés, l’écriture très belle, mais bon en même temps c’est un débat sur le mensonge. En fait je me demande ce qui pousse un éditeur à se disqualifier autant en publiant des trucs aussi affligeants, aussi vides, dénués d’écriture, juste par copinage. Audrey Diwan je la connais moyen, elle m’a interrogé pour un article un jour, un mensuel, c’était un bon papier. Quoi je suis ingrat ? Je ne suce pas c’est tout. Mais bon, bref. Le livre de Nikki Gemmell est bien couillu, à chaque page les mecs s’en prennent plein la gueule, et ça c’est un truc qui me plait, putain j’ai dégusté, outch, en plein milieu. Et puis le Cendrey, qui se tape lui-même sur la gueule, courageux l’animal, du style, de l’élégance, un Monsieur. La classe. Mais bon, je suis comme lui, je préfère quand même sa femme à lui (Marie Ndiaye, je l’adore, une Reine, la très grande classe, elle s’attaque direct aux viscères, mais ce n’est pas le sujet). Car, bien évidemment j’avais lu les livres de mes trois camarades, c’est vrai je ne suis pas critique littéraire, c’est seulement mon avis de petit branleur qui lit dans son coin, mais bon. J’ai regretté qu’il n’y ait pas d’échange entre nous, on était juste des cases avec un public qui se faisait chier juste devant. J’y pense, j’aurais dû préciser que je n’écrivais peut-être pas aussi mal que la façon dont je me suis adressé à lui, au public, pas aussi mal que dans ce papier à chaud. Trop tard. Voilà, c’était ça mon salon. Après des gens sont venus me retrouver sur le stand pour les signatures, je les ai gâtés (toujours), je me fous complètement de leur gueule au moment l’écriture, je ne pense qu’à moi, en égoïste, mais après, quand le truc est sorti, je m’occupe vraiment des lecteurs, je les soigne. J’ai donc passé un certain temps à broder des avions de fil rouge sur la page de garde (oui avec un fil et une aiguille), et à ajouter des petits mots différents pour chacun (euh, ils n’étaient pas 200 000 non plus). À l’année prochaine. Si je suis toujours vivant.
Christophe Paviot
25 mars 2007
Devenir mort de Christophe Paviot, éd. Hachette Littératures, 270 pages, 18 €
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16:30 Publié dans Livres, Salon du livre 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Salon du livre 2007, Christophe Paviot, Devenir mort, Editions Hachette littératures, Culture Café























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