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21 mars 2007
Joann Sfar témoin privilégié du procès Charlie Hebdo
La parution de chaque nouveau Carnet de Joann Sfar est un événement pour les amateurs de bande-dessinée. Mais il est probable que ce sixième opus, tout simplement titré Greffier, intéressera beaucoup plus de monde que le cercle des fidèles de l’auteur. En effet, Sfar s’est vu confier par Philippe Val la création du journal dessiné des 7 et 8 février 2007, dates auxquelles le tribunal correctionnel de Paris instruisait la plainte de trois associations islamiques contre le journal Charlie Hebdo, pour la publication en février 2006 des caricatures de Mahomet.
Greffier parait aujourd’hui dans les librairies, soit la veille du rendu du jugement. A noter que le parquet avait requis la relaxe du journal.
Idées graves et moments grotesques
Fils d’avocat et ancien dessinateur pour Charlie, Joann Sfar s’est totalement investi dans son rôle de “greffier dessinateur”. « J’ai l’impression que l’usage du carnet de bandes dessinées permettra de faire sentir ce que c’est qu’un procès :
avec les longueurs, les redites, les idées graves exprimées dans des moments parfois grotesques » explique Sfar dans un long texte en préambule de l’album. Cette impression se vérifie plus que largement. En 165 pages (complétées par toutes les chroniques de l’auteur pour Charlie), Sfar détaille de la première à la dernière minute des dépositions, croquant chaque expression et micro-ambiance. Très impartial dans ses premières pages, le document devient peu à peu plus personnel, Sfar s’autorisant des commentaires drôles, émouvants ou engagés dans les marges de ses dessins. Ainsi, on découvre peu à peu ses sentiments face à la procédure, aux arguments de chacune des parties. Mais aussi quelques une de ses frustrations intimes en tant que dessinateur. Ainsi, Sfar avoue avoir le plus grand mal à retranscrire les interventions de François Hollande et François Bayrou : il ne sait pas dessiner les hommes politiques !
Un document citoyen
Au delà de la performance technique et artistique incontestable, Greffier dépasse largement son statut de “journal dessiné”. En effet, Sfar a réalisé un document citoyen de premier ordre. En
permettant à son lecteur de devenir le témoin d’un combat de tout premier ordre, défendant rien de moins que la liberté d’expression. Il est d’ailleurs probable que le livre aura dans l’histoire du neuvième Art français une portée plus importante que l’on ne le soupçonne aujourd’hui. Car l’ouvrage est en rupture avec la quasi-totalité des codes de la bande-dessinée actuelle. Sans être une fiction ni une autobriographie, Greffier fait entrer de plein fouet la BD française dans le champ du document judiciaire. A l’heure où le débat sur la possibilité de filmer les procès fait rage, Sfar proposerait-il une nouvelle voie en devenant le temps d’un album le Raymond Depardon de la bande-dessinée ?

Greffier de Joann Sfar, Ed. Delcourt, collection Shampooing, 230 pages, 19 €
17:20 Publié dans Bande-dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Greffier, Joann Sfar, Procès Charlie Hebdo, Editions delcourt, critique, Christophe Greuet, Culture Café























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