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19 janvier 2007

Rentrée littéraire 2007 : William Burroughs, dix ans après

medium_rl07_lettres.jpgComme chaque saison, la rentrée littéraire a engendré une frénésie autour de nouveautés, certaines ne méritant pas l’attention démesurée qu’on leur porte. Et ce déchaînement a certainement éclipsé l’un principaux événements éditoriaux de ce début 2007.  Pour commémorer les dix ans de la mort de William Burroughs, l’éditeur Christian Bourgois a convoqué ses collections grand format et poche pour éditer ou rééditer quatre textes majeurs de cette légende littéraire. Au centre de cet important travail d’éditeur, une énorme correspondance inédite, qui nous plonge dans le quotidien intime de l’auteur du Festin nu.

 


Reprennent la correspondance de Burroughs entre 1946 et 1959, Lettres permet de découvrir le processus avec lequel l’auteur se plonge dans la fiction, alors qu’il publie sa première fiction, en 1950. Mais l’ouvrage se centralise plus sur les dizaines de courriers que Burroughs échange avec son ami, le poète Allen Ginsberg. Une relation aussi passionnée (« Ton absence me cause, parfois, une vive douleur ») qu’elle déclenche de douloureux déchirements (« J’ai parfois l’impression que tu m’as confondu avec quelqu’un d’autre qui n’habite plus ici »). Echangeant également de nombreuses lettres avec Jack Kerouac, le livre permet de suivre de l’intérieur le déroulement de l’expédition qui engendra l’un des plus grands romans américains du siècle, Sur la route. Mais Lettres, c’est aussi les tourments de la vie privée de Burroughs, la toxicomanie qui le ronge, et le meurtre accidentel de sa femme, son exil en Amérique du Sud, puis à Tanger. Des correspondances assez courtes, dans lesquelles se mêlent humour, haine des Etats-Unis et une vive critique sur la société et la scène littéraire de l’époque. A découvrir, indiscutablement.
Cet ouvrage ne saurait toutefois ne pas être complété par la lecture de deux rééditions qui paraissent dans la collection de poche “Titres”. En premier lieu, Mon éducation, autobiographie écrite par Burroughs lui-même en 1994, trois avant sa mort. Dans ce texte magnifique, qui mélange rêves et réalité, l’auteur revient sur toutes les étapes de sa vie, ses relations avec les auteurs qu’il a côtoyé (Ginsberg et Kerouac bien sûr, mais aussi Jean Genet). Sans oublier son retour à New York, en 1975, où il devient « une star de la scène new-yorkaise ».
Comme son titre l’indique, Ultimes paroles recense les derniers écrits de William Burroughs. Atteint à la fin par l’arthrite, l’auteur ne peut plus taper à la machine. Ses proches lui fournissent alors des livres blancs. Du 14 novembre 1996, au 30 juillet 1997, deux jours avant sa mort, Burroughs en noircira huit, que l’auteur avait annoté pour une future publication (qui interviendra un an plus tard). Le livre commence et se termine par deux textes dans lequel Burroughs parle de son amour pour ses chats, ses derniers morts affirmant que l’amour qu’il leur portait est « l’analgésique le naturel pur qui soit ».
Enfin, les cinéphiles apprécieront, toujours dans la collection Titres, la réédition du scénario du film-culte Le festin nu, que David Cronenberg adapte en 1991 depuis le livre éponyme. Une occasion de découvrir sous un autre angle une œuvre cinématographique majeure, qui contribua énormément à faire connaître Burroughs auprès d’un plus large public.

Lettres de William Burroughs, Ed. C Bourgois, 650 pages, 30 €
Ultimes paroles, id, 352 pages, 8 €
Mon éducation, id., 256 pages, 7 €
Le scénario du Festin nu, de David Cronenberg et William Burroughs, 144 pages, 6 €

Commentaires

Je ne suis jamais vraiment sorti du Festin Nu, roman initiatique dangereux pour le lecteur, récit transgressif, voyage au centre de l'inconscient, aventure absolue, oeuvre unique et fondamentale de la littérature contemporaine. Merci bourgois!
A noter chez 10/18 la parution de "Waiting Period", dernier livre d'Hubert Selby Jr, grand cousin ou petit frère de Burroughs?

Ecrit par : laurent | 19 janvier 2007

ca parait bien intérréssant. autant je n'aime pas le Festin Nu, et trouve le film plus parlant que le livre, autant j'aime l'éfficacité de junkies et le character même de WSB en temps que personnage. le concept développé par WSB du cut-up étant beaucoup plus adapté à l'image qu'aux textes, enfin je trouve.

ces lettres, oui oui, bonne idée de les publier:)
à lire avec la bio de ginsberg serait une bonne addition.

Ecrit par : manue | 25 janvier 2007

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