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15 janvier 2007

Rentrée littéraire 2007 : La nuit japonaise vue par Haruki Murakami

medium_rl07_murakami.jpgStar internationale des écrivains japonais, Haruki Murakami a réussi l’exploit de rassembler à chaque nouvel ouvrage un public toujours plus nombreux. Un an après le magnifique Kafka sur le rivage, voici qu’apparaît dans nos librairies un nouvel opus de l’auteur (édité en 2004 dans son pays d’origine). Si ce Passage de la nuit n’a certes pas l’ampleur du récit de Kafka…, il n’en reste pas moins un ouvrage magnifique, lancinant, oscillant perpétuellement entre réalité et imaginaire. Une fable moderne dont l’intérêt dépasse largement la curiosité “exotique” qui attire inévitablement le public occidental vers les œuvres japonaises.


Tokyo, extérieur nuit. Entre minuit et sept heures du matin, vont s’entremêler les destins d’une dizaine de personnages. Au cœur de cette succession d’imprévus, deux sœurs : Mari, jeune étudiante sortie de chez ses parents pour passer la nuit à errer ; et Eri, magnifique mannequin adolescent, qui a décidé de se retirer temporairement du monde grâce à un sommeil cataleptique. Lors de ses errances, Mari va croiser un musicien en proie au doute, une prostituée chinoise maltraitée par un informaticien stressé, la gérante musclée du “love hotel” dans lequel a eu lieu l’agression… Autant de destins qui vont se mélanger le temps d’une nuit, sans oublier l’intervention dans le récit d’un miroir qui conserve les images et d’une télé qui s’allume toute seule.
medium_haruki.jpgQue les partisans forcenés des romans à structure et écriture classiques passent tout de suite leur chemin. Murakami, fidèle à son style, délivre en effet un texte funambule, oscillant en permanence entre imaginaire et réalité. Seule l’horloge qui tourne, et qui ouvre consciencieusement chaque chapitre, réunit ces tranches de vie. Le reste mélange petits malheurs, grands bonheurs, découvertes de soi et autres remises en question. Autant de sentiments que Murakami effleure tout juste, laissant au lecteur/spectateur le soin de se faire son propre jugement. Car ici aussi, comme dans plusieurs autres de ses romans, Murakami se veut autant écrivain que metteur en scène de son texte, utilisant l’œil du lecteur comme celui de sa “caméra”. Godard est ainsi beaucoup plus qu’une simple citation dans Le passage de la nuit, son influence se ressent à toutes les pages. Par ailleurs, chaque “scène”, ou presque, se voit attribuer dans le texte une bande-originale, Murakami spécifiant scrupuleusement la musique qui habite chacune des vignettes de l’histoire.
Malgré l’obscurité écrasante qui habite chaque page, on sent bien que Haruki Murakami n’a pas comme unique ambition de venir s’ajouter à la longue liste des créateurs ayant réussi à capter le monde de la nuit. Le passage de la nuit est avant tout le portrait d’une ville complexe, Tokyo, dans toute son effervescence et ses excès. Evitant avec habileté les clichés, l’auteur parle de cette ville sans la juger, appréhendant seulement les dérives de ses personnages perdus dans cette mégapole devenue manifestement trop grande pour l’humain. Utilisant un temps l’image d’un monstre à tentacules, il perd ses personnages dans les profondeurs de la nuit, pour mieux les faire se retrouver dans des rencontres certes temporaires, instables, mais toujours profondément humaines.
Ainsi, lorsque cette nuit s’achève et que le livre se referme, ces anti-héros accidentés et le lecteur qui les a observé ne seront, à coup sûr, pas tout à faits les mêmes.

Le passage de la nuit de Haruki Murakami, Ed. Belfond, 230 pages, 17 €

A noter qu’en parallèle de ce livre, Belfond fait paraître une nouvelle édition de La ballade de l’impossible, qui propulsa Murakami sur la scène internationale lors de sa première parution, en 1987 (396 pages, 20,50 €)

Commentaires

c'est pas juste tu as deux murakami d'avance, je n'en suis qu'à chronique de l’oiseau à ressort... mais j'arrive j'arrive merci pour le commentaire, je ne manquerai pas de le lire....

Ecrit par : herwann | 17 janvier 2007

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