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04 janvier 2007
Rentrée littéraire 2007 : Devenir mort, autobiographie de la fin
Dès son titre, on comprend que Devenir mort ne sera pas un roman d’apprentissage comme les autres. Son contraire, même : le récit d’une découverte alors qu’il est déjà trop tard. Avec ce cinquième livre, deux ans après le très réussi Blonde abrasive, Christophe Paviot nous plonge dans un univers tourné vers un passé qui modifiera à toujours jamais le présent de son personnage principal. Une autobiographie en creux, dans laquelle la touche romanesque donne au texte toute sa puissance.
Une mère française arrive à New York, et se rend dans l’appartement de son fils, qui s’est expatrié quelques années plus tôt. Très vite, on comprend que celui-ci n’est pas là. Atteint par une maladie foudroyante à quarante ans, il est décédé quelques semaines plus tôt. Pour faire son deuil, la mère prétexte le règlement des affaires administratives pour se replonger une dernière fois dans l’univers de son fils. De découvertes de son intérieur en rencontres de ses anciennes petites amies, elle va découvrir que son enfant était devenu un homme qui lui était parfaitement inconnu.
On devine très vite que Christophe Paviot a mis beaucoup de lui dans ce fils anonyme qui n’est plus. Mais ici, à l’inverse de nombreux écrivains de la “nouvelle génération”, l’auteur a abandonné le récit à la première personne, pour se glisser dans la peau de sa mère. Il alterne les chapitres descriptifs, suivant la mère dans son quotidien, avec ceux dans lesquels celle-ci s’exprime à la première
personne, dévoilant ainsi ses rencontres et sentiments. Une forme qui dépasse rapidement le simple exercice de style, pour faire corps au plus près avec cette mère désemparée.
Pour mieux décrire ce personnage qui lui ressemble, Paviot a choisi de le faire disparaître, pour que sa vérité devienne celle des vivants qui l’ont connu. Il construit par là-même un autoportrait sans concessions, le ressenti souvent anecdotique du personnage concerné n’y ayant plus sa place. Le tour de force de Devenir mort se découvre donc entre les lignes, là où l’auteur s’efface pour entraîner avec lui toute forme d’apitoiement. Il se dévoile ainsi de la façon la plus objective qui soit, puisqu’il abandonne sa propre subjectivité pour laisser s’exprimer celle des autres.
L’ouvrage pose aussi la question du contenu romanesque dans l’écriture. Ici, le fondement de la fiction vient annihiler le vécu pour mieux le contenir, lui donner des contours finis, une unité de temps annoncée dès le début du texte. Précisément l’inverse de la démarche de la plupart des auteurs, qui projettent leur propre expérience dans un monde imaginaire, dans lequel tout est toujours possible. Un travers qui frappe surtout de nombreuses “auto-fictions” creuses et sans intérêt.
C’est un livre dont le lecteur ne ressort pas tout à fait indemne, ne pouvant s’empêcher de projeter sa propre existence dans celle du ressenti des autres. Bien sûr, cette mise à l’index de l’ego en dérangera beaucoup, choquera même, dans un monde où chaque donne à sa propre parole une importance démesurée. Devenir mort, c’est une psychanalyse à l’envers.
Devenir mort de Christophe Paviot, éd. Hachette Littératures, 270 pages, 18 €
15:10 Publié dans Livres, Rentrée littéraire 2007 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2007, Christophe Paviot, Devenir mort, Editions Hachette littératures, Christophe Greuet, Culture Café






















Commentaires
Salut
Ce récit me fait penser à psychose.
Bonne année
Marc Rode
Ecrit par : Marc.rode | 06 janvier 2007
Oui, j'ai beaucoup apprécié ce roman egalement. Fort et beau.
Ecrit par : Tatiana | 10 janvier 2007
Pour ceux que ça intéresse, j'ai rencontré C. Paviot pour causer de ce livre. Voici le lien:
http://strictement-confidentiel.com/
Ecrit par : Fabien O. | 11 janvier 2007
bonjour,
je me permets de vous informer qu'on vient de monter un blog, qu'on espère un peu différent, autour de l’univers du roman “La Fondation Popa” de L.S. Ulysse, publié chez Panama. (http://www.popablog.blogspot.com). Ce ne n'est pas un site officiel d'auteur ni un blog de fans d'auteur mais un espace où chacun peut participer en amenant des infos réelles ou imaginaires par rapport au texte… Expos imaginaires, bios délirantes, compléments d’infos sur des artistes oubliés… ça serait vraiment gentil à vous d'en parler, merci.
Z.
Ecrit par : zeb | 20 janvier 2007
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