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02 janvier 2007
Rentrée littéraire 2007 : Le magasin des suicides, une perle noire qui tourne au rose layette
Personnage hors normes, Jean Teulé avait laissé sans voix les amateurs de littérature avec son précédent roman, le magnifique Je, François Villon, paru en mars 2006. C’est donc avec une impatience non dissimulée que l’on attendait son nouvel opus, qui apparaît aujourd’hui dans les librairies. Avec Le magasin des suicides, Teulé abandonne la biographie romancée pour se lancer dans un sujet bien barré, promettant un livre qui le sera tout autant. Ou presque…
Dans un futur lointain, la famille Tuvache tient consciencieusement l’affaire familiale, “le magasin des suicides”. Un commerce qui mérite bien son nom, puisqu’il fournit, depuis dix générations, ses clients désespérés en toutes les fournitures leur permettant de passer de vie à trépas. De la traditionnelle corde au baiser mortel, tout est plus encore se trouve dans les rayons de la boutique, qui honore son slogan “Vous avez raté votre raté votre vie. Avec nous, réussissez votre mort !”. Dans ce contexte funèbre, les parents Mishima et Lucrèce élèvent deux adolescents, Vincent et Marilyn. Habitués aux marches funèbres et autres fabrications de poisons mortels, les enfants n’auraient jamais idée de manifester quelque joie de vivre. Jusqu’à ce qu’arrive dans la famille le petit dernier, Alan, qui dès ses premiers jours déborde de bonheur et d’optimisme. Un malheur pour les Tuvache, d’autant que cette bonne humeur va rapidement devenir contagieuse au sein du cocon familial…
Dès ses premières lignes, Le magasin des suicides annonce ce qu’il va être : une petite merveille d’humour noir, d’inventivité macabre et paradoxalement réjouissante. On reste souvent mort de rire devant les descriptions folles de Teulé, qui construit son texte autour du quotidien macabre de la famille. Se débarrassant dans un premier temps des notions de lieu et d’époque, on suit sans lâcher le livre cette fable morbide que peu d’écrivains français auraient osé écrire.
Hélas, ce qui fait toute l’originalité et l’humour du texte disparaît au moment où le récit se fait gentil, quand la famille oublie peu à peu ses instincts morbides pour laisser exploser sa soudaine joie de vivre. Sans se départir de sa folie, Teulé tombe toutefois dans quelque chose de plus commun, aux enjeux dramatiques nettement moins attractifs pour le lecteur. C’est un paradoxe, mais avec le bonheur s’installe l’ennui. Les chansons guillerettes, l’amour et la plaisanterie deviennent alors le quotidien de la famille. Et, tout à coup, l’auteur se met, page à page, à briser toutes les inventions qu’il a mises en scène dans la première partie du livre.
On se sent certes légèrement coupable à critiquer le bonheur, mais qu’y-t-il de plus drôle qu’un récit noir dans lequel l’humour prend toute sa place ? Car la partie “rose” du livre donne l’impression d’un immense gâchis, surtout lorsque arrive la fin, d’un grand-guignolesque affligeant. Peut-être que Teulé, à l’image des nombreux clients du livre, a voulu “suicider” son récit. Dommage que l’enterrement n’ait pas été digne de celui-ci…
Le magasin des suicides de Jean Teulé, Ed. Julliard, 156 pages, 17 €
16:20 Publié dans Livres , Rentrée littéraire 2007 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2007, Le magasin des suicides, Jean teulé, Editions Julliard, Christophe Greuet, Culture Café
Commentaires
dommage que la fin soit ratée parc que le thème est original...
Ecrit par : ulysse | 07 janvier 2007
...une oeuvre vraiment interessante:
le rytme est soutenu tel un bon film, le style est inimitable et l'histoire des plus originales mais pourquoi une fin aussi injuste ? Quelle utilité a la mort d'Alan ? Est-ce une action pessimiste ? une originalité ?
Pourquoi tuer cette joie de vivre ? n'avait telle aucun autre but que de changer la famille Tuvache ?
Tant de questions... Mais aprés tout cette oeuvre n'est peut- être qu'un divertisement...si comique.
Par ailleur, le fait que le théme principale; le suicide soit traité avec autant de légérté est à la fois déconcertant et fascinant vue l'actualité de ce sujet.
Ecrit par : aurelien | 11 mars 2007
Selon moi vous avez mal interprété la fin, ou mon esprit de libraire cinéphile est trop développé et imagine au delà de l'esprit même de l'auteur.
En mourant, le fils sourit si mes souvenirs sont exact. Ce sourire peut se traduire par : Eh oui vous pensiez que j'étais gentil, je vous ai appris à aimer la vie, à m'aimer, mais ma mort va causer votre perte, la plus grande peine que jamais vous n'aviez connu, limite vous rendre réellement suicidaire.
Au final, il n'etait pas si different de ses parents sauf que son approche du suicide est bien plus longue, douloureuse même qu'une simple corde.
Ecrit par : emmanuel | 19 juillet 2007
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