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28 novembre 2006
Rentrée littéraire 2007 : opération séduction chez Léo Scheer

Rien, ou presque, n’a encore filtré sur la rentrée littéraire de janvier 2007. Pourtant, éditeurs, auteurs et critiques littéraires s’affairent en coulisses depuis déjà plusieurs semaines. Epreuves, spécimens et autres programmes de parution s‘échangent sous couvert d’“embargo”. Traditionnellement moins riche en grands noms que sa grande sœur de septembre, la rentrée de janvier est la plate-forme des premiers romans. Et dans ce contexte, tous les moyens sont bons pour les éditeurs afin d’attirer les journalistes vers leurs jeunes poulains. Ici comme ailleurs, la séduction est une arme fatale. Les sociétés d’édition n’hésitent donc pas à attirer le journaliste avec les portraits des jeunes et jolies demoiselles dont ils publient la prose. Quelle ne fut ma surprise lorsque je reçus, hier, le programme des Editions Léo Scheer agrémenté de la photo ci-dessus !
Le “coup de la séduction” est en effet une pratique coutumière de nombreux éditeurs grand public. Flammarion, Albin Michel ou Belfond abreuvent consciencieusement les journalistes des portraits de leurs auteurs les plus séduisantes. De mémoire, Camille De Peretti, Jessica Nelson, Tania de Montaigne voire même Max Monnehay et l’américaine Adrienne Miller ont été sujettes à la machiste expérience, avec on l’imagine des consentements divers. Mais lorsque on rentre dans l’édition de masse, il faut en accepter les douteuses méthodes de son marketing…
Plus curieuse, sinon choquante, est l’utilisation du même procédé par les Editions Léo Scheer. L’éditeur de Edouard Levé, Thomas Lélu ou Nathalie Rheims suit depuis toujours une démarche mettant à l’honneur une littérature nouvelle, parfois expérimentale et peu accessible au grand public, mais toujours saluée des professionnels du livre. Aussi n’imaginait on pas que l’éditeur ait besoin de
recourir à l’attrait plastique de trois jeunes auteurs qu’il publiera en janvier, (même si une tentative similaire, en plus discret, avait été timidement mise en place en avril dernier avec la superbe Angie David, lors de la parution de son excellent Dominique Aury, biographie - photo ci-contre).
Ceci étant, la moindre des choses est maintenant de présenter le travail des trois jeunes femmes. Faute d’avoir lu les livres, je ne reprendrai ici que la présentation de l’éditeur. Les trois livres des auteurs, de gauche à droite de la photo, sont donc :
Natashka Moreau, Le royaume minuscule (premier roman) : « Une jeune Française, à Londres, tente de se faire une place dans un monde non seulement étranger, mais étrange, menaçant ». Natashka Moreau est née en 1978 à Suresnes et vit depuis dix ans à Londres.
Chiara Zocchi, Volare : « Une jeune femme découvre la cruauté et la beauté de la passion à travers trois formes d’amour ». Chiara Zocchi est née à Varèse, en 1977. Il s’agit de son deuxième roman après Olga, paru en 2001 chez Rivages.
Céline Straniero, Petite joueuse (premier roman) : « Céline Straniero convoque un univers drôle et détonant. Avec acuité et légèreté, elle explore le quotidien d’une femme d’aujourd’hui dans un Paris bouillonnant ». Céline Straniero est née en avril 1978 à Paris. Elle compose des chansons et écrit des scénarios.
Les trois ouvrages paraîtront le 5 janvier 2007. Inutile de dire qu’on en reparlera…
Crédit photo d’ouverture : Stéphane C.
14:59 Publié dans Livres, Rentrée littéraire 2007 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2007, Editions Léo Scheer, Natashka Moreau, Chiara Zocchi, Céline Straniero, Culture Café






















Commentaires
Bonjour,
Site intéressant. Un mot sur ces différents livres. J'ai pu avoir des "specimens" du premier (Moreau) et du troisième (Straniero). Je les ai lus. Par curiosité d'abord, puis pour rire. C'est évidemment assez pauvre, un peu comme tout ce que fait Léo Scheer quand il pense être un découvreur de jeunes talents. De fait, il ne découvre pas grand chose et tente de s'inspirer de l'air du temps pour faire du sous-Loretta Pille, du sous-Zeller, du sous-Justine Lévy... sachant que ces auteurs sont eux-mêmes des sous-littérateurs. On finirait par croire que Mazarine a du talent. Plus analytiquement, on trouvera dans ces bleuettes de gentilles expériences vaguement fictionnelles (un gentil braquage avec des amies rêvées pour Straniero, une vie palpitante de sociopathe au coeur de Londres pour une fille dont on guette le laborieux mal-être à chaque page...). C'est mignon, c'est auto-centré, cela donne une certaine nostalgie de la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel. Bon, je retourne à ma cuisine. Bonne suite
Ecrit par : Gilles Deleuze | 14 décembre 2006
Cher Gilou Deleuze,
Vous avez bien raison de retourner à votre cuisine. Vous êtes sans doute plus à l'aise avec les huîtres qu'avec les perles. J'ai trouvé , au contraire de vous, ces deux livres ambitieux et neufs.
Je vous retire une étoile Grand Chef,
Philippe V
Ecrit par : philippe | 16 décembre 2006
On peut toujours critiquer les stratégie des grandes maisons d'edition (ici, envoyer la photo de trois nanas inconnues et pas trop mal pour allecher la presse et les medias....) n'empêche que ca marche.
La preuve en est que les livres de ces trois demoiselles n'etaient meme pas encore sortis que vous titriez "trois livres dont on reparlera... " . Pourquoi cette affirmation ? Sans meme les avoir lus, sans meme savoir si ce ne sont pas de gros navets ?
Pourquoi ne pas plutot parler des livres de qualité (qui eux sont deja sortis) et qui n'ont pas eu la chance d'être soutenu par les attachés de presse de leurs grosses maisons d'edition et qui, en l'absence de campagne marketing couteuses et tapageuse ne depasseront jamais les 500 exemplaires?
Ecrit par : sophie | 07 janvier 2007
>> Sophie
Qu'une campagne de communication pour trois livres puisse être critiquée ne veut pas pour autant dire que les ouvrages en question soient des "navets". Quant à parler de livres déjà sortis depuis plusieurs mois, ce n'est pas la politique éditoriale de Culture Café : nous préférons nous concentrer sur les nouveautés, en donnant un avis positif ou négatif d'ailleurs. Et je ne pense pas que l'on puisse dire que ce site se concentre uniquement sur des best-sellers...
De plus, la campagne marketing décrite ci-dessus n'est pas vraiment "couteuses et tapageuse" : comme je le précise dans le texte, il s'agit simplement du "programme des Editions Léo Scheer", distribué uniquement aux critiques littéraires. On est très loin de Stephen King ou Dan Brown...
Ecrit par : Christophe Greuet | 07 janvier 2007
La critique élogieuse de Guillaume Benoit sur "évènement" concernant "petite joueuse" semble tordre le cou à quelques raccourcis faciles (jeunes romancières = pas de style, pas de cerveau):
Reconnues à juste titre pour leurs publications originales, les éditions Léo Scheer semblent, avec cette rentrée littéraire, rentrer dans le moule en lançant une campagne médiatique autour de trois jeunes auteurs dont les charmants visages ornent les ouvrages. C'est le cas de Céline Straniero, jeune écrivain qui, pour son premier roman, 'Petite Joueuse', propose une auto fiction qui mériterait sans doute un emballage moins vulgaire.
En effet, l'amitié des deux protagonistes Brune et Alice, dilettantes passées maîtres dans le vol à l'étalage, apparaît bien vite trop écrasante pour ne pas présager d'un orage à venir. Or, cet orage se profile subtilement dans le parallèle qui s'échafaude tout au long du récit, modelant l'amitié en un vaste cambriolage, de son intimité comme de sa propre identité.
Sous ses faux airs de parcours initiatique d'une enfant gâtée qui ne sait parler du monde que pour éviter de s'y confronter réellement, 'Petite Joueuse' déborde son cadre et impose sa singularité. Au travers d'un récit léger, enlevé, qui cache sous sa concision une certaine justesse du désarroi de la femme enfant, transparaît la nécessité d'orner sa vie d'une trame dramatique. Car c'est bien là que se tient le roman ; au-delà des velléités auto centrées de Straniero, ce récit déplace justement l'égo vers un point inédit, jouant habilement de la limite de l'auto fiction : la furtivité.
Au-delà des frissons, le vol est avant tout cette façon d'être dans la disparition, de vivre pour soi ses revers, ses réussites sans éveiller l'attention ; de ne plus paraître même pour se borner à apparaître et disparaître. En cela, Céline Straniero pousse la tendance littéraire actuelle à son paroxysme : loin de se complaire dans un atermoiement d'apparat, Straniero ausculte les sentiments de son personnage tout en douceur et s'offre un premier roman fin et subtil qui invite à penser aussi bien qu'à panser sa solitude en la surmontant.
Guillaume Benoit
Ecrit par : Gérald | 08 janvier 2007
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