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22 septembre 2006
Interview Christophe Claro : « Je suis chasseur de trésors littéraires »

Tous les amateurs de littérature anglo-saxonne connaissent le nom de Christophe Claro. Au fil des ans, ce traducteur hors normes a permis au public français de découvrir quelques unes des œuvres les plus percutantes d’écrivains anglophones. Citons pour l’exemple William T. Vollmann, James Flint, Thomas Pynchon, Marc Z. Danielewski, Kathy Acker, Hubert Selby Jr., Dennis Cooper, et bien d’autres.
Egalement auteur de plusieurs romans (le dernier en date est Bunker anatomie, paru en 2004 aux Editions Verticales), Claro co-dirige avec Hofmarcher depuis deux ans la collection Lot 49 aux Editions du Cherche-Midi. Son objectif clairement avoué est de « publier les écrivains d'aujourd'hui qui bouleversent à leur tour la donne du langage et l'équilibre chimiquement instable de la narration ». Sont notamment parus chez Lot 49 deux chefs-d’œuvre signés Richard Powers, Trois fermiers s’en vont au bal et Le temps où nous chantions.
Il y a deux ans, Lot 49 faisait ses premiers pas et la traduction titanesque de La famille royale de Vollmann paraissait chez Actes Sud. Profitant de ce contexte, j’avais interviewé pour Midi Libre Christophe Claro sur son travail et ses influences littéraires. Deux ans plus tard, le traducteur Claro fait paraître chez Lot 49 Les fusils, premier des sept tomes d’une titanesque saga sur l’Amérique signée du même William T. Vollmann. L’interview m’a paru toujours d’actualité, la voici donc (pour la première fois) dans son intégralité.
Vous êtes aujourd’hui un écrivain, un traducteur et un directeur de collection reconnu. Pouvez-vous nous résumer votre parcours ?
J’ai écrit mon premier roman en 1986 mais, en parallèle, j’occupais un emploi de correcteur dans une maison d’édition. J’ai alors dû écrire pour un éditeur une fiche de lecture sur un ouvrage étranger pour un éditeur. J’en ai profité pour traduire quelques pages, et ce travail a beaucoup plu à l’éditeur en question. Il m’a alors proposé de traduire le livre entier.
La traduction complète le travail de romancier, c’est une autre façon d’écrire. Quant à la création de Lot 49, c’est une rencontre avec quelqu’un du Cherche-Midi qui a permis de monter cette collection à deux.
Comment conciliez-vous ces trois activités ? Entrent-elles parfois en conflit ?
Non, pas du tout. L’écriture et la traduction sont deux travaux qui se nourrissent. Par contre, l’activité éditoriale s’enrichit à travers les rencontres.
Vous avez fait connaître au public français de nombreux écrivains anglophones. Comment les découvrez-vous ?
Il y a de nombreuses voies possibles. Bien entendu, le hasard des lectures compte beaucoup. Mai souvent, un auteur renvoie à un autre, ou écrit sur un autre. Et, bien entendu, il y a les agents littéraires qui me permettent de découvrir des textes, et les commandes. Je suis, en quelques sorte, un chasseur de trésors littéraires !
Quand un éditeur me commande une traduction et que le livre me plait, je traduis tout de suite une vingtaine de pages, pour voir si je peux m’attaquer à la totalité. Si je ne m’en sent pas capable, que ce n’est pas mon univers, je recommande alors un autre traducteur.
Vous avez traduit de nombreux livres très épais. Est-ce un choix ou un hasard ?
Ma première commande faisait déjà 600 pages. je n’ai donc pas eu peur de m’attaquer ensuite aux livres longs et difficiles. Je peux passer un an, un an et demi sur un seul ouvrage. J’ai mis deux années complètes pour traduire les mille pages de La famille royale. Mais c’est vrai que les ouvrages de 300 pages ou moins soulagent un peu !
James Flint vous a dédicacé son dernier livre, et vous avez habitude de suivre les écrivains que vous traduisez. Quels rapports personnels entretenez-vous avec eux ?
Pendant la traduction, nous échangeons des e-mails qui sont souvent très longs. Le traducteur est souvent le premier lecteur de l’auteur. Mais généralement, je ne les rencontre en personne qu’une fois le travail de traduction terminé. Les amitiés éventuelles naissent ensuite…
Aujourd’hui, le nom ‘Claro’ équivaut chez les amateurs de littérature à un label de qualité. Est-ce une pression dans votre travail ?
Non, mais par contre cela m’embête d’être autant mis dans la lumière. C’est le cirque des médias. Mais personnellement, mon objectif est plutôt de faire connaître à travers cela le travail du traducteur. On parle beaucoup de moi, mais je connais de nombreux autres traducteurs qui travaillent autant que moi, sinon plus, avec parfois quatre traductions en deux mois !
Après Putain, c’est la guerre ! de David Rees, envisagez-vous de traduire à nouveau des romans graphiques ?
Je ne sais pas, car c’était une opportunité, pas vraiment une volonté. J’étais même plutôt sceptique ! Généralement, j’aime les contraintes formelles, mais je n’ai pas de grandes connaissances en terme de romans graphiques…
En tant qu’auteur, vos livres se font souvent s’entrechoquer des univers à priori éloignés. Pouvez-vous nous décrire votre processus de création ?
Je n’ai jamais d’idée préconçue pour un livre, d’ailleurs je ne me considère pas vraiment comme un romancier ! Je pars d’un fait ou d’un détail historique, et ensuite, c’est une nouvelle aventure à chaque roman !
Je fais en effet un très long travail de recherche avant de me lancer dans l’écriture. Comme je ne fais pas la course à la publication, l’écriture de chacun de mes livres me prend deux ans au minimum. Je travaille actuellement à une sorte de suite à Livre XIX, qui s’intitulera Livre vain (NDR : nous n’avons pas eu de nouvelles de ce livre depuis l’interview).
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10:00 Publié dans Livres , Rencontres autour d'un café , Rentrée littéraire 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Interview Christophe Claro, Claro, William T. Vollmann, James Flint, Christophe Greuet, Culture café
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