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19 septembre 2006
Quartier général du bruit, les mots électriques de Bernard Grasset
Exercice casse-gueule par excellence, la biographie a donné lieu à tellement d’ouvrages commerciaux sans autre intérêt que leur potentiel commercial qu’elle est devenu la bête noire de nombreux lecteurs éclairés. Autant le dire, les éditeurs grand public ont quasiment tué le genre, à force de coups d’édition fabriqués de toutes pièces. C’est donc avec un sentiment d’infinie gratitude que l’on accueille aujourd’hui Quartier général du bruit, court roman de Christophe Bataille dans lequel cet éditeur de Grasset a tenté le périlleux exercice de coucher sur la papier une partie de la vie de Bernard Grasset, fondateur de la maison éponyme.
Dans le “Paris-papier” des années 30, Bernard Grasset est l’un des hommes les plus en vue du milieu littéraire. Ennemi intime de Gaston Gallimard, les deux hommes se livrent une guerre sans merci. Grasset, qui a signé le contrat de Radiguet pour Le diable au corps, est un homme de coups, créant des prix littéraires et des tracts publicitaires, à l’inverse de son concurrent, plus soucieux de constituer un catalogue de prestige qui mènera ses livres jusqu’au Goncourt. Mais Bernard Grasset, vivant au milieu de ses manuscrits et ses contrats, perd peu à peu la tête. Faisant régner une ambiance électrique au siège de son entreprise, rue des Saints-Pères, l’homme perd la raison. Sous l’œil de Kobald, son bras droit fidèle mais impatient de prendre la place du “père”, nous assistons aux séjours de Grasset à Meudon, dans un institut pratiquant sur lui des électrochocs.
Avec un tel sujet, de nombreux auteurs n’auraient su éviter une précision documentaire qui aurait pu plomber le récit. Christophe Bataille se distingue en livrant un texte extrêmement court, dans lequel l’écriture romanesque emporte la biographie bien au delà de ses limites. Se débarrassant du même coup d’un ton trop respectueux envers l’un des personnages les plus importants de l’édition française, Bataille plonge son lecteur dans un tourbillon de folie et de hurlements guidés par l’amour des livres. De nombreux passages mémorables par leur excès et leur drôlerie involontaire amènent ainsi le livre bien au delà de son concept de départ, en le transformant en un portrait poussé à son extrême de tous les passionnés sans limites.
« Quartier général du bruit est l'histoire de Grasset et des gens du papier. Bizarre famille où tout est livre. S'aimer à en crever. Trahir. Mentir. Tuer. Corrompre. Flatter. Vivre dans la Bibliothèque. Lire. Lire sans trêve, sans nuit, lire jusqu'à ne plus lire, rien, ou si mal, jusqu'à ne plus aimer. Dans ce brouhaha artistique et industriel, je crois encore discerner un murmure hypnagogique : les mots. Ils sont notre lit, notre jonque, notre sarcophage. » explique Christophe Bataille dans le texte de présentation de son livre. Tel un acrobate endiablé, il a su dresser le portrait d’une folie qui, incarnée ici par un seul homme, résonne encore dans le milieu littéraire d’aujourd’hui. Quartier général du bruit est sans conteste l’un des textes les plus percutants de cette rentrée, et fait passer toutes les laborieuses analyses du milieu littéraire pour des rédactions scolaires d’élèves besogneux.
“Quartier général du bruit” de Christophe Bataille, Ed. Grasset, 114 pages, 11,90 €
15:29 Publié dans Livres, Rentrée littéraire 2006 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2006, Quartier général du bruit, Christophe Bataille, Editions Grasset, critique, Christophe Greuet, Culture café























Commentaires
j'adore ce livres
Ecrit par : teddy | 28 septembre 2006
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