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29 août 2006

Extrêmement fort et incroyablement près, poignant roman-concept

medium_rl06_foer.jpgExercice casse-gueule par excellence, le roman-concept peut engendrer le meilleur comme le pire. On se souvient encore de l’enthousiasme déclenché, il y a quatre ans, par la publication française de La maison des feuilles, dans lequel l’auteur, Mark Z. Danielewski, avait choisi une construction graphique du texte particulièrement innovante, mais pas forcément aisée pour le lecteur…
Cette rentrée paraissent deux opus originaux. On passera vite sur Ars grammatica (Allia), malheureuse tentative du mathématicien David Bessis de construire un récit sensoriel en reliant quelques mots par des bulles. Plus intéressant par contre, c’est peu dire, est Extrêmement fort et incroyablement près, le nouveau roman du jeune prodige de la littérature américaine, Jonathan Safran Foer.


A neuf ans, Oskar Schell se considère déjà sur sa carte de visite (!) comme « inventeur, entomologiste amateur, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome amateur, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles ». C’est pourtant un enfant solitaire, qui préfère écrire à des personnalités (Stephen Hawking, Kofi Annan…) que de se faire des amis. Traumatisé par la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar collectionne tout ce qui a appartenu à celui-ci. Au cours de ses recherches, il découvre une mystérieuse clé. Décidé à retrouver la serrure qu’elle ouvre, Oskar part à l’aventure dans New York. Il y fera de nombreuses rencontres, et tirera au clair de nombreuses zones d’ombres de son histoire familiale.
medium_fort_pres1.jpgExtrêmement fort… est un livre complexe, mélangeant de nombreuses histoires familiales avec une quête hors normes. La démarche de son auteur est d’une grande ambition : dès la toute première page du livre, il décide d’impliquer le lecteur dans l’aventure au même titre que ses personnages principaux. Celui ou celle derrière le livre passe donc d’un rôle traditionnellement passif à une démarche plus active, car il devient en quelques sorte le témoin privilégié des événements. Pour cela, Foer intercale dans son récit des photographies, dessins, courriers, etc. auxquels le texte fait référence, en alternant noir et blanc avec couleur (exemple ci-contre, extrait de l'édition originale). La démarche a un intérêt double : d’une part, réserver au lecteur la surprise de ce qui l’attend à la page suivante ; de l’autre, éviter à l’auteur de fastidieuses et longues descriptions, qui plombent parfois les romans américains.
medium_foer2.jpgAgissant tantôt comme un écrivain, tantôt comme un graphiste, Foer passe toutefois d’un rôle à l’autre avec une certaine aisance, en arrivant à tenir un niveau de qualité similaire sur les deux médias. Et réussit, globalement, son pari : Extrêmement fort… est un livre souvent poignant, toujours novateur (et pas uniquement dans ses graphismes), qui nous emmène dans un conte en demi-teinte, imprégné par la mémoire des défunts et l’image du père.
Seul regret, les quelques dérapages que Foer ne peut maîtriser dans son mélange texte/images. Certes, le procédé garde longtemps l’attrait de la nouveauté, mais s’émousse sur le dernier tiers du livre, à cause de quelques illustrations peu signifiantes et donc superflues. Mais l’on excusera Foer, celui-ci nous gratifiant d’un très émouvant flip-book sur le World Trade Center en toute fin d’ouvrage, qui est probablement la plus belle conclusion de cette rentrée.

"Extrêmement fort et incroyablement près" de Jonathan Safran Foer, Ed. de l’Olivier, 448 pages, 22 €. Parution le 21 septembre.

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15:55 Publié dans Livres , Loisirs/Culture , Rentrée littéraire 2006 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2006, JOnathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près, Editions de l'Olivier, Culture Café

Commentaires

Je ne sais si c'est comparable à ce que fait JSF dans Extrêmement fort et incroyablement près (je n’ai ni lu ni même vu le livre), mais il n'y a pas si longtemps que sortait la traduction de l'ouvrage de James Flint, Électrons libres (Au Diable Vauvert), dans lequel l'auteur insère un matériau photographique (en noir et blanc uniquement) assez conséquent, qu'il ne se dispense pas nécessairement de décrire, et qui, comme chez JSF, permet de jouer avec la curiosité du lecteur, et/ou la réminiscence provoquée par l'apparition d'une image décrite il y a deux pages… le livre de Flint emprunte à un sculpteur apparemment célèbre, James L. Accord, les éléments nécessaires à construction d’un personnage haut en couleur, qui n’est autre, dans le récit, que le père du narrateur… ce dernier parcourt une bonne partie de l’Amérique pour retrouver celui qui l’a, très tôt, abandonné, et lui a fait envoyer ses cendres… les photographies ponctuent le récit : tantôt ce sont les paysages parcourus qui appuient les événements, tantôt ce sont les œuvres du sculpteur qui se dévoilent au lecteur : la frontière entre fiction et réalité se fait poreuse. Il s’agit aussi d’une sorte de quête initiatique, une quête de soi, un « bildungsroman » comme disent si bien les allemands…

Ecrit par : Tétanos | 30 août 2006

Bonjour,

Vous m'avez convaincu d'essayer le Safran Foer. D'autres auteurs n'hésitent pas à employer des matériaux extralittéraires. Sans remonter jusqu'à Faulkner (rappelez-vous le croquis du cercueil, dans Tandis que j'agonise), prenez l'exemple de Fabrice Colin, (dont vous avez chroniqué le roman graphique sur le 11 septembre 2001) qui, dans Kathleen, a inséré dessins et clichés qui ajoutent encore au trouble suscité par le texte.

A propos d'Electrons libres de James Flint, je vous invite à lire ceci : http://findepartie.hautetfort.com/archive/2006/01/09/habitus-electrons-libres-de-james-flint.html

Et, sur Sprats, le premier livre de David Bessis chez Allia : http://findepartie.hautetfort.com/archive/2005/10/09/sprats-de-david-bessis-%E2%80%93-tentacule.html.

Cordialement.

Ecrit par : Transhumain | 05 septembre 2006

salu jmapelle siheme et j'ai lu tous ton blog et jtrouve qu'il et super et je voudrai te présenté mon blog a moi bollywood fever tu trouve sur les nouvel note.

Jte remerci d'avance

Siheme

Ecrit par : siheme | 05 septembre 2006

Tient un blog que je découvre , je lis et je musarde ...

Ecrit par : Bruno | 10 décembre 2006

Ce livre m'a hypnotisé. Les astuces typographiques que certains trouvent superficielles et fausses sont juste fascinantes.Ce livre n'est pas un livre comme les autre mais un trésor qui renferme le secret de l'acceptation, du deuil, de la fragilité de la condition humaine et ses souffrances.Le personnage d'Oskar est boulversant; on s'amuse à se trouver des points communs avec ce petit surdoué plein d'humour et de cynisme.Les lettres des grands-parents forment une bulle de romantisme décalé dans l'ambiance de l'après-11septembre.
En bref je recommande extrêmement ce livre incroyablement magistral.

Ecrit par : Milena | 17 juin 2008

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