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21 août 2006

Dieu Jr., quand le jeu vidéo gagne une dimension mystique

medium_rl06_dieujr.jpgJusqu’à aujourd’hui, l’inclusion du jeu vidéo dans un processus littéraire relevait, au mieux, de la coquetterie branchée d’auteurs souhaitant sortir de la routine narrative établie. A l’exception de Corpus simsi, étonnante variation stylistique due à Chloé Delaume, peu de livres adoptant ce processus pouvaient se targuer d’être mémorables. Qui aurait dit que Dennis Cooper, institution de la littérature underground américaine, allait à 50 ans passés se lancer lui aussi dans l’exercice ? C’est pourtant la surprise que nous réserve son nouveau roman, Dieu Jr., qui donne une dimension toute nouvelle au potentiel littéraire de l’univers des jeux vidéo.


Depuis un an, Jim est un père rongé par la douleur. Responsable de l’accident de voiture qui a coûté la vie à son fils, ce père se punit en ne se déplaçant plus qu’en fauteuil roulant, alors qu’il n’a pas perdu l’usage ses jambes. Retrouvant par hasard  un dessin gribouillé par son fils, Jim a la folle idée de reproduire celui-ci en taille réelle au fond de son jardin. Attraction de la population locale, Jim n’est toutefois pas au bout de ses surprises. L’ancienne petite amie de son fils lui révèle en effet que le dessin en question est inspiré du jeu vidéo préféré du jeune homme. Jim n’a alors plus qu’une idée en tête : reprendre la partie du jeu là où son fils l’avait laissée. Sous l’influence des nombreux joints fumés par Jim, ce dernier se rend compte qu’il peut entrer en relation directe avec les personnages du jeu. Un moyen pour lui de communiquer à nouveau avec son enfant perdu…
medium_cooper.jpgDieu Jr. est probablement l’un des romans les plus singuliers et douloureux que nous offre cette rentrée littéraire. Le remords et la tristesse du personnage paternel est en effet palpable à toutes les pages, même si le récit effectue aux abords de son dernier tiers un brutal changement de style. Basé sur un long monologue, le livre déroule en effet sa première partie sur une description habitée des événements ayant menés ce père à sacrifier ses jambes, puis son temps de loisir, à la seule mémoire de son fils. Mais lorsque entre dans le récit le jeu vidéo inachevé du fils, le personnage et, de fait, son discours, glissent peu à peu dans l’irrationnel. La douleur à son paroxysme est désormais défiée par la capacité soudaine offerte au père de communiquer avec le fils disparu. Il n’en faut pas plus pour que le mysticisme s’invite dans la narration, permettant de transcender le remors et la culpabilité du père en une soudaine opportunité de renouveau et de rédemption.
Véritable mise à l’épreuve, Dieu Jr.. est un livre souvent ardu, souvent dans sa dernière partie, où les délires du pères et le dialogue intime avec sa conscience ne laissent que peu de place au lecteur. Grâce à son style vitriolé, Cooper livre un ouvrage à vif, qui rebutera probablement certains, mais portera très loin ceux qui auront le courage de mettre à profit les imprévus du voyage.


"Dieu Jr." de Dennis Cooper, Ed. P.o.L., 160 pages, 17 €. Parution le 31 août.

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