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11 juillet 2006

Du livre au film (ou presque) : Tristram Shandy

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Pour certains amoureux de la littérature, la capacité d’adaptation en film est la frontière séparant le simple roman de la grande littérature. A ce titre, le chef-d’œuvre écrit par Laurence Sterne à la fin du XVIIIème siècle a largement décroché les étoiles. Depuis longtemps, en effet, La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme (Tristram Shandy pour les paresseux que nous sommes) faisait partie du carré très fermé aux Dan Brown, Stephen King et Tom Clancy de tous poils : celui des livres tout simplement inadaptables au cinéma.


medium_sterne.jpgIl faut dire que de simples scénariste et un réalisateur n’auraient pas suffi pour s’atteler à la tâche. Il fallait impérativement deux surhommes, prêts à braver tous les défis et supporter toutes les insultes. Le simple lecteur, déjà, n’ira à priori pas jusqu’au bout des 937 pages du volume (déjà le tenir à bout de bras, il faut de sacrés muscles). Alors s’attaquer à l’adaptation d’un monument de la littérature mondiale, ayant inspiré les plus grands, n’y pensez même pas, ma bonne dame ! Tout cela pour décrire la stupeur du petit monde du septième Art lorsque l’on appris, il y a seulement un an et demi, que Michael Winterbottom, jeune cinéaste anglais connu pour ses films très courts, allait se lancer dans l’adaptation du saint des saints de la littérature mondiale. Mais c’était bien mal connaître l’inventivité et la roublardise du réalisateur de 9 songs et The road to Guantanamo, qui n’en était pas à son premier coup d’éclat.
Winterbottom, en effet, a choisi la plus tortueuse des voies : adapter le livre en avouant son incapacité à l’adapter ! Et n’a pas failli à son style, emballant le tout en une petite heure et demie. Le résultat, A cock and bull story (traduit en Français par Tournage dans un jardin anglais, déjà favori au titre le plus minable de l’année) est un véritable OVNI cinématographique, qui en dit finalement beaucoup plus sur le monde cruel de la création cinématographique qu’il n’adapte en quoi que ce soit du livre, dont la réputation reste intacte.
medium_trsitram.jpgA cock and bull story débute donc, dans ses vingt premières minutes, par une tentative assez pitoyable d’adapter LE livre en un film indépendant à petit budget. Mais bien vite, Winterbottom fait passer le spectateur là où il ne va jamais, dans les coulisses d’un tournage bancal, dans lequel les deux acteurs principaux se disputent la vedette, et où les problèmes financiers viennent rapidement faire tourner court le grand projet d’origine. Ce choix de traitement est doublement courageux de la part de Winterbottom. D’abord, parce qu’il ne traite pas le sujet tant attendu. Ensuite, parce que filmer l’impossibilité d’adaptation d’une œuvre littéraire a déjà coûté sa carrière à un jeune réalisateur prometteur qui n’en demandait pas tant : Spike Jonze. Le réalisateur de Dans la peau de John Malhovich avait en effet tenté la même auto-dérision avec Adaptation., grand film malade dans lequel Nicolas Cage était un scénariste incapable de mener à son terme l’écriture du scénario adapté du Le Voleur d'orchidées de Susan Orlean (la mésaventure était en fait une histoire vraie, Jonze et son scénariste Charlie Kaufman ayant fait ce film suite à l’incident, afin d’honorer leur contrat).
Manque de chance, A cock and a bull story, tout comme Adaptation. avant lui, n’intéresseront que les cinéphiles purs et durs. Le spectateur du dimanche se fout en effet pas mal des problèmes de cuisine des gens du cinéma, lui a payé cher sa place et qui est là pour voir un vrai film avec une vraie histoire. Alors bravo pour votre courage, Monsieur Winterbottom, mais il faudra y réfléchir à deux fois, désormais, avant de faire de tels effets d’annonce.
Qualité d'adaptation :

  • "La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme" de Lawrence Sterne :
    • Traduction de Guy Jouvet : Ed. Tristram, 937 pages, 35 €
    • Traduction de Charles Mauron : Ed. Flammarion (poche), 10,80 €
    • Texte intégral (en Anglais) disponible gratuitement sur le site de Project Gutenberg
  • "Tournage dans un jardin" anglais" (Tristram Shandy : A cock and bull story), Un film de Michael Winterbottom avec Steve Coogan, Rob Brydon, Kelly Macdonald... 

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