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17 juin 2006
Quand les lolitas pop prennent le pouvoir

Décidément, le cinéma asiatique n’en aura jamais fini de nous surprendre ! Une nouvelle preuve, tout droit venue du Japon, vient d’apparaître cette semaine sur les écrans français. Il s’agit de Kamikaze girls, long métrage de Tetsuya Nakashima, dont l’originalité n’égale que la réussite. Nous faisant plonger dans le petit monde des adolescents nippons, le réalisateur livre une vision tout à fait novatrice et percutante de son pays.
Monoko (Kyôko Fukada) est une adolescente fragile dont la vie n’a pas été facile. Après le divorce de ses parents, elle choisit de vivre avec son père, un yakuza raté reconverti dans la contrefaçon vestimentaire. Poursuivi par plusieurs grandes marques, celui-ci n’a d’autre choix que de quitter la ville pour s’installer dans une bourgade coupée du monde. Monoko ne peut donc s’évader qu’en de se donnent entièrement à sa passion pour le style Rococo, et devient une lolita endimanchée dans des robes de dentelle, qui ne sort jamais sans son ombrelle et sa boite de bonbons. Ses seules escapades la mènent à Tokyo, où elle dévalise le stock de la boutique Baby the stars shine bright, spécialisée dans son style vestimentaire.
Mais un jour déboule dans sa vie Ichigo (Anna Tsuchiya), une autre ado paumée, tout en ayant au style radicalement différent. Faisant partie d’un gang yanki, Ichigo ne circule qu’à moto, porte des manteaux longs frappés de broderies chinoises, et passe son temps à se battre avec d’autres filles dans des terrains vagues. Contre toute attente, Monoko et Ichigo vont devenir deux véritables amies, le style de vie de chacune d’elle finissant par influencer l’autre.
Kamikaze girls nous plonge avant tout en plein cœur des courants de la mode qui frappent la plupart des ados japonais. Mais pour son adaptation du roman best-seller de Nobara Takemoto, Nakashima choisit un style aux antipodes de l’exposé rébarbatif, et fait de son film une course folle dans laquelle aucune audace visuelle n’est interdite. Les personnages volent, parlent au spectateur, se transforment soudainement en héros de mangas… Mais dans tous ses délires graphiques, le réalisateur n’oublie jamais l’essentiel : préserver une cohérence à son propos, et une émotion palpable dans chacune des scènes du film.
Non content de mélanger tous les styles visuels avec une maestria incroyable, Nakashima pousse l’originalité jusqu’à confier les deux rôles principaux à deux chanteuses stars au Japon pour leur pop acidulée. Un peu comme si Lorie et Jenyfer se retrouvaient tout à coup dans un film de Quentin Tarantino ! Et il donne aux seconds rôles une présence mémorable, en particulier aux personnages de la grand-mère et celui de « la licorne », un sosie déjanté d’Elvis avec une banane surdimensionnée.
En bref, Kamikaze girls fait partie de ces films japonais qui sont d’une telle qualité que le bonheur de leur vision n’est terni que par une chose : la frilosité des distributeurs français qui ont peur de s’aventurer plus souvent dans les contrées du septième Art asiatique.

Un film de Tetsuya Nakashima avec Kyôko Fukada, Anna Tsuchiya, Hiroyuki Miyasako, Sadao Abe…
20:33 Publié dans Critiques cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Kamikaze girls, Tetsuya Nakashima, Kyôko Fukada, Anna Tsuchiya, Christophe Greuet, Culture Café






















Commentaires
Bonjour,
Je pense qu'il faut préciser qu'au Japon, le terme "lolita" a un sens différent que celui occidental. J'avais vu le film au Ciné Club d'Asiexpo à Lyon, et la fille qui a présenté le film nous l'avait expliqué. Il s'agit ici d'une "sweet lolita". Il y a des explications ici:
http://en.wikipedia.org/wiki/Sweet_Lolita
(Kamikaze Girls y est même cité) ou en français ici:
http://www.clickjapan.org/Coutumeetfete/modequotidien.htm
Ecrit par : Vincent Lefèvre | 18 juin 2006
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