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08 juin 2006
Ice haven : tous à l’abri !

Auteur majeur de la bande-dessinée américaine, Daniel Clowes est désormais l’un des artistes du neuvième Art dont chaque nouvel album est un événement éditorial. Son petit dernier, Ice haven (abri de glace), ne fait pas exception à l’appel, allant jusqu’à faire la couverture de certains magazines culturels généralistes. Une distinction largement méritée, la qualité de l’album prouvant une fois encore le talent de Clowes.
Influencé par Robert Crumb, Clowes est étonnement proche de Chris Ware (Jimmy Corrigan) dans ce nouvel album, osant des découpages et un dessin qui bousculent joyeusement la B.D. d’aujourd’hui. Mais c’est surtout le scénario de Ice haven qui est le point fort du livre. Clowes, qui a participé à l’adaptation de son album Ghost world avec le réalisateur Terry Zwygoff (pour lequel il a également écrit le scénario de Art school confidential), n’a plus rien à prouver sur le plan cinématographique. Ici, l’auteur pousse l’expérience encore plus loin, écrivant une B.D. qui vaut bien des longs métrages. Un culot qui permet à l’auteur de développer une impressionnante série de vignettes aux multiples personnages, faisant parfois penser un Altman période Short cuts, mais sous acide.
L’auteur prend ici comme pour toile de fond l’une des affaires juridiques les plus célèbres de Etats-Unis (celle du « crime parfait » commis par Leopold et Loeb, deux amis intimes, sur un enfant) pour relier une trentaine de vignettes dans lesquelles se croisent une bonne dizaine de personnages. Leur
point commun ? Tout ce petit monde vit à Ice haven, petite bourgade américaine qui, contrairement à son nom, a un climat tout à fait tempéré. Random Wilder, le fil rouge du livre, est un poète maudit qui rêve de publier son œuvre dans le Ice haven Progress. Ironie du sort, l’auteur vedette de la publication est sa voisine d’à coté, Ida Wentz, qu’il déteste !
En à peine cent pages, Clowes fait s’entrecroiser Wilder avec une flopée d’autres personnages : une famille recomposée dont le petit garçon est amoureux de sa demi-sœur, un couple de détectives privés, la petite fille d’Ida (une ado éperdument amoureuse de 17 ans), de nombreux enfants, un homme préhistorique… Pendant que les personnages s’affairent, un petit garçon de la ville, David Goldberg disparaît dans des circonstances qui rappellent étrangement l’affaire Leopold et Loeb ! Enfin,, le « critique de bande-dessinée » ouvre et ponctue l’ouvrage…
Alternant petits et grands malheurs (ainsi que quelques bonheurs) dans la vie de ses personnages, Clowes se permet aussi d’oser tous les styles de dessin et de composition de page. Certaines des « nouvelles » composant Ice haven sont déjà parue dans Eightball, le magazine irrégulier édite par l’auteur, mais cette reprise ne nuit en aucun cas à la cohérence de l’ensemble.
Ice haven réussit donc l’exploit de mêler tout et son contraire, sans jamais perdre une once de cohérence dans son scénario, ni une occasion de faire pouffer de rire le lecteur (sans oublier qu’un meurtre d’enfant sert de toile de fond !), ou lui couper le souffle sur un plan visuel. Un véritable tour de force, à ne manquer sous aucun prétexte !

Ice haven de Daniel Clowes, Ed. Cornélius, 115 pages, 19 €

14:55 Publié dans Bande-dessinée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ice Haven, Daniel Clowes, critique, review, Christophe Greuet, Culture Café
















Commentaires
Enfin de quoi me rassasier après Jimmy Corrigan, mon coup de foudre absolu en matière de BD!
Je vais courrir de ce pas le commander à ma biblio de quartier!!
Ecrit par : Seulement | 04 juin 2007
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