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22 mai 2006
Cannes 2006, journal du vendredi 19 mai : arrivée sur la Croisette !

C’est le grand jour. Après plusieurs heures de voiture et une petite halte à l’hôtel, me voici enfin qui débarque sur la Croisette. Après s’être garé, ma famille et moi nous dirigeons vers le Saint des Saints : le palais des festivals. Munis des formulaires, nous allons retirer les sésames indispensables à tout festivalier : l’accréditation presse, qui ouvre toutes les portes d’ordinaire fermées et gardées, et le macaron pour la voiture, nécessaire pour circuler un minimum sur la Croisette, et pouvoir se garer dans l’une des rues adjacentes (qui diminue environ la recherche d’une heure à… une demie-heure en moyenne !).
Correctement badgés, nous voici partis pour la première traversée du boulevard. Pour notre 22ème année consécutive au festival (une longévité rare, même chez les professionnels de la profession), nous retrouvons avec plaisir tout ce qui fait le festival. Cannes devient, c’est sûr, la capitale mondiale du cinéma pendant douze jours, abolissant tout le quotidien des festivaliers. Ici, pas d’horaires de bureau, pas de week-end, pas d’autres préoccupations que les films et les projets. Je repense avec amusement à l’édito de Michel Rebichon dans le dernier Studio, qui remarquait avec grande justesse qu’aucun festivalier n’aurait l’idée saugrenue d’aller tremper la pointe des pieds dans la Méditerranéenne toute proche, alors que la plupart des participants ne voient que rarement la mer.
Ici, des dizaines de pays sont représentés, on y entend parlais taiwanais, finnois, turc, mais la langue officielle reste l’anglais. Le mot le plus prononcé est « hi ! » (prononcez « Aïe ! », ce qui veut dire salut en américain), et l’on arrive souvent au paradoxe que deux Français peuvent se parler en anglais pendant plusieurs minutes avant de penser qu’il serait ma foi plus simple de finir la conversation dans la langue de Molière ! Dernière constatation ; la Croisette est toujours aussi longue et éprouvante. Surtout cette année, où il fait un vent à décorner un bœuf…
Je constate avec effroi que le festival semble avoir, cette année, doublé de fréquentation. Certes, l’impression est fausse, mais un pic de fréquentation du marché du film a tout de même été atteint, la manifestation ayant pour la première fois dépassé les 10000 participants.

Cette sensation est confirmée par l’omniprésence écrasante des panneaux publicitaires, déjà sensible l’an dernier. Mais, en ce festival 2006, il semble que chaque centimètre carré du front de mer entre le palais et l’hôtel Martinez soit recouvert par une publicité. Les palaces ne sont plus, depuis longtemps, les seuls concernés par le phénomène, et la plupart des résidents de la Croisette louent désormais chaque année leur appartement. Soit celui-ci accueille les bureaux cannois d’une société de cinéma, soit ils restent vides. Mais dans ce cas, leurs fenêtres sont entièrement recouverts par des affiches, dont la surface est parfois celle d’un immeuble entier, rendant impossible la vie à l’intérieur !! Même l’afficheur urbain JCDecaux a fait le voyage, présentant un nouveau panneaux 4 par 3 entièrement composé d’un écran plasma géant, diffusant à tour de bras et à un volume sonore insupportable des bandes-annonces (celle de X-men III à mon passage). D’ici qu’on ait bientôt ça dans nos rues…

Contre toute attente, ces affiches, souvent nouvelles, sont très souvent au centre des discussions des festivaliers les deux premiers jours du festival, car elles donnent un peu la teneur de la manifestation avant que les projections ne commencent vraiment. Parmi les affiches les plus impressionnantes, je note celle du projet d’adaptation cinéma de la B.D. Largo Winch, celle du Concile de pierre avec Monicca Bellucci (déjà présente l’an dernier, mais quand sortira donc ce film ?!), ainsi que les panneaux du prochain Adam Sandler, Click (Télécommandez votre vie en VF), du prochain Wong Kar Wai avec Norah Jones, et d’Arthur et les miniboys de Luc Besson. Les nouveaux projets ne manquent pas non plus à l’appel : on note ainsi les premiers visuels du prochain Jean-Jacques Annaud, Sa majesté Minor, du nouveau Claude Miller, Un secret, celle de Cashback (je reviendrai sur ce projet) et celle de… Ong bak 2 ! Les majors hollywoodiennes sont bien entendues très présentes, avec des immenses affiches de X-Men III, de Miami vice, et de Dreamgirls et de très nombreuses affiches des films Warner, Superman returns, Poseidon et La jeune fille de l’eau, qui envahissent la façade du Carlton.

Le Carlton où justement nous faisons notre première halte de nouveaux festivaliers. Comme de coutume, les grandes marques de luxe ont envahi le superbe hall. Chopard, qui a installé une montre géante sur la façade, a organisé plusieurs alcôves sous l’intitulé « Le petit café Chopard », et L’Oréal, écrasant sponsor du festival, investit avec sa discrétion habituelle le reste de l’endroit. Colonnes de marbre, affiches déroutantes au plafond, même les miroirs des ascenseurs ont été recouverts d’affiches pour des cosmétiques !!
Coté cinéma, le Carlton a toujours été le fief des majors américaines. Buena vista organise dans un salon privé le cocktail pour la projection d’aujourd’hui, le brûlot de Richard Linklater contre la mal bouffe. Sony distribue encore les dossiers de presse pour le Da Vinci code, après l’accueil glacial du film deux jours avant. Les attachés de presse de chez Warner ne sont pas encore là, mais le chien de l’une des responsables de la société fait toujours autant de bruit dans la très discrète suite des « executives » (cadres de la société en anglais). La bête est une star du festival, et son accréditation est dûment pendue à son collier ! M’arrêtant un instant chez Fox pour boire un verre (d’eau, il fait décidément trop chaud pour le moindre alcool), je discute avec la responsable de… l’étroitesse des portes de l’hôtel, qui semble être un problème majeur pour certains responsables de la société ! Enfin, UIP me donne les dossiers de presse des films de l’année à venir, donc celui du dessin animé Dreamworks Nos voisins les hommes. La pochette est entièrement recouverte d’herbe collée. Le design est particulièrement original mais très salissant pour les vêtements !
Du coté des société ayant une force de frappe commerciale moins importante, je discute quelques minutes avec Philippe Diaz, un producteur français qui a décidé, il y a seize ans, de partir aux Etats-Unis afin d’éviter les contraintes de production franco-francaises. Il y a monté Cinéma Libre Studios, une compagnie qui produit presque exclusivement des documentaires politiquement engagés, et qui a une démarche passionnante. J’en reparlerai beaucoup plus longuement dans Culture Café.
Pour l’heure, la fatigue se fait vraiment sentir. Il est temps de rentrer à l’hôtel pour un repos bien mérité.
Demain, la suite de mes aventures cannoises...
Photos : Christophe Greuet
17:40 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2006, Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival de Cannes 2006 en direct, Christophe Greuet, Culture Café























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