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20 janvier 2006

Rentrée littéraire 2006 : Les actifs corporels

medium_actifs_corporels.jpgDans la jungle des romans paraissant chaque rentrée, les premiers livres sont encore plus fragiles que les autres. Car comme choisir un nouvel écrivain plutôt qu’un autre, parmi les centaines d’aspirants auteurs qui se lancent chaque année dans l’arène ? C’est à cet instant que le fameux « bouche-à-oreille »  prend toute son importance, et illustre son caractère indispensable. Je l’avoue, je n’aurais probablement pas découvert Les actifs corporels, première fiction de Bernard Mourad, si plusieurs posteurs ne m’avaient pas signalé sur ce blog la qualité du livre. Je n’ai donc pas tardé à me le procurer, et je n’ai pas été déçu : les louanges entendues ici ou là ne sont pas, et de loin, injustifiées.


A la faveur d’une nouvelle loi ayant pour but de relancer l’économie, Alexandre Guyot, 32 ans, brillant consultant financier de son état, est le premier homme introduit en bourse, via une nouvelle forme de société, la S.P. (Société Personnelle). Marchés financiers, opinion publique, tabloïds et collègues sont tous élogieux sur cette reconfiguration de l’économie. Des centaines d’individus sont bientôt cotés ne bourse, avec les appuis d’avocats et de fonds d’investissement. Mais les sacrifices personnels de cette nouvelle économie sont nombreux, et Alexandre se rend vite compte que son conseil d’administration ne tolèrera aucun relâchement de sa part. Lorsqu’un drame personnel le frappe, une collègue de bureau ayant un différent sentimental avec lui en profite pour lancer une OPA sur la société d’Alexandre. Le jeune homme, déboussolé, parviendra-t-il à conserver le contrôle de sa vie ?
Les actifs corporels est l’archétype du récit « casse-gueule », à mi-chemin entre la science-fiction et le pamphlet socio-économique. J’ai dit ici même tout le mal que je pense d’un autre premier roman d’extrapolation de notre société, Les enfants du plastique de Thomas Clément. Pourtant, Bernard Mourad mène son intrigue avec la maestria digne d’un auteur confirmé. Construit sur un plan implacable, Les actifs corporels met la dose juste de « société-fiction » dans un contexte qui pourrait ouvrir ce soir même le journal télévisé. Mourad, dont la profession est similaire à celle de son personnage principal, ne lésine jamais sur les petits détails qui plongent le lecteur au cœur même du contexte. On imagine que l’auteur s’est beaucoup imprégné de littérature américaine récente (l’ambiance très Bret Easton Ellis, déjà soulignée dans d’autres critiques, est flagrante), mais a su s’affranchir des petits pièges qu’elle peut sous-tendre par une écriture très personnelle, au vocabulaire riche et à la construction parfaitement maîtrisée.
Les principales qualités des Actifs corporels en font pourtant son défaut majeur. Car l’on sent bien que l’auteur a ici écrit une « auto-fiction » extrême, parfaitement menée certes, mais qui pourrait ne pas avoir de descendant. Aussi je me garderai bien de crier à la découverte d’un auteur, car il n’est pas du tout certain que Bernard Mourad ne soit pas que l’homme d’un seul livre, celui-ci en l’occurrence. Espérons que l’avenir ne me donnera pas raison, et que ce nouvel écrivain nous offrira encore beaucoup à découvrir


Les actifs corporels de Bernard Mourad, Ed. JC Lattès, 320 pages, 15 €

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Trackbacks

Les actifs corporels de Bernard Mourad : les rapports humains cotés en bourse

A mi chemin entre roman d'anticipation et satyre socio-économique, "Les actifs corporels" constitue une fable futuriste intelligemment conduite et construite. Un genre où les français excellent peu d'ordinaire peut-être est-ce parce que l'auteur...

Trackback par : Buzz littéraire : La bulle de la littérature nouvelle génération et de ceux qui la font ! | 24 février 2006

Commentaires

Salut Christophe,
Entièrement d'accord avec votre critique, sur cet excellent livre que je viens de finir. Pour son premier roman, Bernard Mourad s'attaque à un genre extrêmement difficile (double défi de l'anticipation et de la problématique socio-économique) mais en déjoue brillamment les pièges, le tout étant servi par un style à la fois riche et économe qui, tout en étant très personnel, rend hommage (mais se singularise) des maîtres qui l'influencent (Ellis, Houellebecq).
J'ai vraiment adoré ce bouquin, que me rassure sur la capacité de la jeune littérature française à innover avec talent.

Ecrit par : Jerome | 24 janvier 2006

le nouveau Bernard Mourad" est en pré commande sur le site de la fnac " Libre échange" rien que le titre promet une lecture passionée de sa seconde oeuvre....A bon entendeur.....

Ecrit par : drjack | 02 mai 2008

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