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05 janvier 2006
Rentrée littéraire 2006 : Nullar park
A l’image de certains livres qui se retrouvent dans les programmes scolaires, le premier roman de Thomas Clément, Les enfants du plastique, devrait être reconnu d’utilité publique. Dans un monde parfait, tous les éditeurs en achèteraient quelques dizaines d’exemplaires, et les feraient parvenir aux auteurs dont ils refusent le manuscrit. Pour leur redonner espoir, et leur montrer que tout est possible, même voir édité un manuscrit incroyablement mauvais.
Le livre nous projette en 2010, dans une société dominée par une culture aseptisée, dans laquelle les multinationales n’offrent plus de place à la création, préférant calibrer leurs produits sur des plans marketing bien huilés. Frank Matalo, 37 ans, est l’un des principaux acteurs de cette culture de masse. PDG de la gigantesque maison de disques Unique, il ne donne plus leur chance aux jeunes musiciens. Mais l’homme, ancien musicien, va peu à peu se remettre en question. Suite à un drame familial, il décide d’en finir. Mais sans avoir organisé une sortie en fanfare, de celles qui font chuter les empires. Frank décide donc de jeter aux orties ses plans marketing, et donne sa chance à un groupe de rock extrême, Intestin, dont il imagine que le bide sera fulgurant, et fera couler Unique. Contre toute attente, le groupe connaît un succès phénoménal…
On ne pourra pas reprocher à Thomas Clément (photo ci-contre) d’avoir cédé à la tentation de beaucoup de jeunes écrivains trentenaires : imposer au lecteur un portrait sublimé de leur nombril, une chronologie détaillée de leurs déboires amoureux, leurs remarques cyniques sur les relations homme/femme. Les travers de Clément sont beaucoup littéraires, et son livre relève quasiment du tour du force. Car le jeune auteur accumule derrière un scénario téléphoné tous les poncifs de la littérature « pop » : name-dropping, extrapolations improbables des plus mauvais cotés de la société, balayage de toute finesse au profit de scènes outrancières. Mais ce qui agace le plus, c’est la manière avec laquelle Clément joue au « petit malin » avec sa plume. Les nombreuses entreprises présentes dans le livre sont toutes renommées : Publicis devient Publineuf, TF1 est rebaptisée FF1, Les inrocks sont Les impops, etc. Et ce petit jeu est complété par quelques affirmations définitives. L’auteur, frappé d’une lucidité soudaine, assure page 72 que « Les gens qui vendent du PQ ne sont pas dans la merde pour autant ». Une image qui vaut mieux que de grands discours…
Et pourtant, Les enfants qu plastique ne fait pas partie de ces livres que l’on abandonne au bout de quelques pages. Peut-être parce que Thomas Clément flatte les instincts les plus bas de son lecteur, ou que sa maladresse d’écriture devient peu à peu sympathique, le livre est l’une de ces œuvres auxquelles l’on s’accroche jusqu’à la dernière page. A l’instar de ces films de série Z dont la nullité n’est plus discutée, mais qu’un plaisir masochiste nous amène à voir encore et encore. Alors, Thomas, pas de panique : tu n’es peut-être pas le Bret Easton Ellis français, mais on aime quand même un peu ton bouquin.
Les enfants du plastique de Thomas Clément, Ed. Au diable Vauvert, 252 pages, 17,50 €
Parution le 2 février.
17:00 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2006, Les enfants du plastique, Thomas Clément, Editions Au Diable Vauvert, critique, review, Culture café






















Commentaires
Je tombe sur votre site un peu par hasard. J'ai lu le livre de Thomas Clément récement, et je partage entièrement votre avis. De surcroix, comme j'y suis venu, à ce bouquin, en voyageant sur le site de l'auteur, et qu'il vend bien sa marchandise, j'ai vraiment eu l'impression d'avoir été le pantin d'un jeu de dupe.
Ecrit par : Tétanos | 06 juillet 2006
J'ai trouvé ce bouquin sympa et captivant, dans une critique dont je ne ferais pas de copier-coller ici.
Quand à vous, chez tétanos, je crois qu'il est trop facile (et trop français) de se poser en victime manipulée. Vous avez acheté un produit parce que le marketing de ce produit vous a conduit à l'acheter, a stimulé votre envie.
Que vous soyez déçue ou pas du résultat, c'est votre problème. Mais ce n'est surement pas la faute du commercial...
Assumons nos choix, un peu ;)
Ecrit par : Mathieu | 19 juillet 2006
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