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02 janvier 2006
Rentrée littéraire 2006 : les chapitres reptiliens de Mary Woronov
Pour son premier roman publié en France, Mary Woronov plante son personnage, et son style. Ancienne « Warhol Girl », l’écrivain nous livre avec Snake un livre qui fait émaner d’entre ses lignes une véritable terreur. Ce sentiment de frayeur qui, sans jamais recourir au grand guignol, naît plutôt de la tension du quotidien. Celle qui amène à la peur, puis finit parfois dans la folie.
Dans un hospice catholique pour déséquilibrés mentaux, Sandra Wagner confesse sa vie à son psychiatre. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était encore une enfant, Sandra passera ses jeunes années chez sa grand mère, une femme rustre vivant dans une ferme délabrée. La jeune fille y développe son propre univers, peuplé de voix et de fantômes, et fait rencontre des serpents du jardin, avec qui elle entretient une complicité peu commune – et dont l’influence la suivra toute sa vie. Mais, à la mort de la vieille femme, Sandra est renvoyée chez sa mère à Cleveland, où celle-ci vit dans une sordide banlieue. Dès 17 ans, elle fait sa valise pour Los Angeles, où elle intègre rapidement les milieux underground, notamment grâce à sa « danse du serpent » qui ensorcelle les night-clubs. Le premier homme de sa vie sera Ronald, un truand sadomasochiste qui la transformera en esclave sexuel. Haï de beaucoup, Ronald est brutalement
assassiné une nuit par un jeune homme au yeux jaunes, Duke. Contre toute attente, Sandra s’échappe avec lui pour l’Idaho, afin de démarrer une nouvelle vie. Leur tumultueuse relation d’amour/haine se poursuit jusqu’au fameux asile de fous, où Sandra va fait une découverte troublante. Et si Luke n’avait jamais existé, n’étant que son double imaginaire ?
Le récit à plusieurs voix de Snake se découpe en chapitres entremêlés, tous inaugurés par nom de serpent. Pourtant, le récit ravagé du roman n’est jamais confus, et se lit avec la même fluidité qu’ont les mouvements du reptile qui lui donne son titre. Mary Woronov (photo ci-contre) a derrière elle une importante carrière cinématographique (elle est apparue dans près de quatre-vingt films, pour la plupart underground), et cette influence est omniprésente dans l’écriture du livre. Woronov manie avec une rare dextérité le flash-back et ses répercutions sur le récit en cours. Mais, on l’a dit, ce qui frappe le plus dans le livre est cette peur qui rôde à toutes les pages, poursuivant l’héroïne comme le lecteur. Bien que fluide, presque organique, le récit de Snake n’est aucunement serein, l’ambiance malsaine des boites SM et la cavale des deux amoureux étant chacun retranscrits avec leurs propres ambiances lugubres et pesantes. Woronov n’oublie toutefois jamais ses personnages, coupant et recoupant passé comme présent dans une construction digne de l’orfèvrerie.
Après de nombreuses années passées à la Factory de Warhol, Mary Woronov a donc eu une longue carrière cinématographique. Son parcours d’auteur est marqué par une biographie remarquée de ses années pop art, Swimming underground, mais aussi de plusieurs romans inédits en France. Espérons que Snake connaîtra le succès qu’il mérite en France, afin que les éditeurs puissent, enfin, envisager la traduction des autres travaux de son auteur…
Snake de Mary Woronov, Ed. Christian Bourgois, 266 pages, 23 €
16:50 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée littéraire 2006, Snake, Mary Woronov, Editions Christian Bourgois, critique, review, Culture Café























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