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20 décembre 2005

La censure américaine récupérée par les grands studios ?

medium_40year.jpgDepuis deux ans, le terme UNRATED apparaît de plus en plus souvent sur les jaquettes de DVD américains. Traduisible par « non censuré », cette expression décrit en fait à la version d’un film qui n’aurait pas été soumise à l’organisme de contrôle américain, la CARA (Classification And Rating Administration). Beaucoup plus puissante qu’en France, la censure américaine peut contrôler de manière indirecte la distribution d’un film en salles et en DVD : en effet, certaines chaînes de cinéma ou de location/vente de DVD refusent la commercialisation de films interdits aux moins de 17 ans (NC-17), ou tout simplement, UNRATED. En effet, ce terme précise qu’en absence de contrôle, rien ne garantit que le film est visible ou non par un mineur.


Dans un pays au puritanisme avoué, ce phénomène a de quoi surprendre. Car, jusqu’en 2004, les rares films UNRATED qui sortaient aux Etats-Unis ne correspondaient qu’à des longs métrages d’art et essai dont le contenu, considéré comme choquants, aurait pu être medium_lords.jpgcoupé par la censure. Mais les distributeurs des dits-films préféreraient les sortir sans classification, car leur public, composé de cinéphilies, ne concernait de toute manière pas d’adolescents. Ainsi, des films comme 37°2 le matin ou, plus récemment, 9 songs, se sont passés de l’avis de la CARA pour sortir en salles. Mais de toute manière, ces exemples isolés ne concernaient aucunement les films grands publics, les exemples précités n’ayant connu de distribution américaine que dans quelques salles à Los Angeles et New York.
La récente prolifération du terme UNRATED sur les DVD renverse cette tendance : en effet, seuls les grands succès au box-office se prévalent de sortir « non censurés ». Inauguré en janvier 2004 avec le DVD du troisième épisode d’American pie, ce nouvel argument marketing a été utilisé par la majorité des grands studios américains (Universal, Sony, Fox, Lions gate) pour leurs DVD grands publics. Sont ainsi sortis UNRATED des comédies adolescentes (La fille d’à coté, Shérif fais moi peur, 40 ans toujours puceau…), des films d’horreur (Land of the dead, L’exorcisme d’Emily Rose, Cry_wolf, The devil’s rejects…) mais aussi quelques longs métrages d’action (Les seigneurs de Dogtown, Alien Versus Predator, Les chroniques de Riddick…). Comportant quelques minutes de plus que la version cinéma, ces UNRATED ne sont généralement pas beaucoup plus choquants que les films « censurés ».
Ce phénomène fait toutefois poser plusieurs questions. Il y a deux ans, les grands studios restaient plus que discrets quant à leurs négociations avec le comité de censure concernant les coupes à medium_crywolf.jpgapporter à un film avant sa sortie publique. Aujourd’hui, un DVD UNRATED expose-t-il ce que la censure ne veut vraiment pas voir, ou est-ce simplement un argument supplémentaire pour vendre plus de DVD ? Car le terme en lui-même ajoute de fait au produit un petit goût de scandale, qui peut attirer encore plus un public adolescent. A moins que les studios eux-mêmes ne rallongent les films de quelques scènes supposées choquantes pour la version DVD, afin de rendre encore plus piquants des films qui, avouons-le, en ont souvent bien besoin…
De mémoire de cinéphile, c’est en tout cas la première fois qu’une classification de censure est récupérée puis transformée en slogan publicitaire. Faut-il comprendre qu’il faudra désormais attendre la version DVD d’un film pour voir enfin ce que le réalisateur a réellement voulu montrer, ou que le comité de censure a perdu tout son pouvoir pour ne servir que des intérêts commerciaux ?

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