« Tronic Café : A love song for Bobby Long | Page d'accueil | La censure américaine récupérée par les grands studios ? »
19 décembre 2005
King Kong day

Le meilleur moyen de juger un remake est encore de le comparer avec le film original. C’est pourquoi, avant de découvrir le nouveau long métrage de Peter Jackson, j’ai choisi de m’organiser une « journée King Kong ». Au programme : projection, ce matin, du film de 1933, réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, grâce à l’excellent DVD que viennent de sortir les Editions Montparnasse ; puis découverte, cet après-midi, de la version 2005 dans une salle de cinéma labellisée THX. Soit près de cinq heures en compagnie du gorille le plus célèbre du septième Art.
Il est bien sûr ridicule de tenter une comparaison des deux films sur le plan des effets spéciaux. Pour couper court à toute tentative, chacun d’eux présente, pour son époque, « l’état de l’art » des effets spéciaux, l’animation mécanique du film de 1933 valant bien les images numériques de 2005. Les éléments de comparaison se placent plutôt sur la structure des deux films, dont on imagine qu’elles sont forcément différentes. Un remake de plus de trois heures ne peut en effet pas présenter le même contenu qu’un original d’une heure trente. C‘est sur ce point que le film de Jackson est le plus réussi, le réalisateur ayant respecté à merveille son modèle, sans pour autant oublier d’apporter sa touche personnelle.Chaque King Kong se compose de trois parties égales en termes de durée : une partie d’exposition des personnages, située à New York puis sur le bateau, une partie sur la fameuse Skull Island, puis le retour à New York avec présentation du gorille à Broadway, qui se termine par la légendaire scène de l’Empire State Building. Ce qui dure une demie-heure dans la version de 1933 fait une heure dans celle de 2005. Toutefois, de nombreux enrichissements scénaristiques sont apportés par Jackson : la première partie est beaucoup plus développée sur le plan des personnages, mieux décrits. La deuxième présente la première « cassure » avec l’original, puisque la scène de l’abordage de l’île est traitée de manière totalement différente, et que la scène de la capture du personnage, absente dans la version de 33, est traitée ici longuement. Enfin, les deux troisièmes parties sont presque en tous points différentes, à l’exception de la scène finale, qui se voit pourtant donner une ampleur supplémentaire aujourd’hui. Mais je préfère ici vous laisser la surprise…
Là où le film original jouait sur l’effet de surprise et s’imposait par un rythme soutenu, ignorant au passage de nombreuses pistes dramatiques et émotionnelles de son scénario, Jackson se sert de la connaissance universelle de son modèle pour créer un film beaucoup plus en douceur, qui utilise des personnages parfaitement exposés pour mettre en place des scènes d’action saisissantes. Les scènes clé d’aventures du premier film sont presque toutes recréées, avec des similitudes souvent étonnantes, qui pourraient laisser croire que les nouvelles ont été « calquées » sur les anciennes. Dans la partie Skull Island, Jackson utilise aussi souvent des couleurs quasi-monochromes, qui rappellent le noir et blanc original.Au final, le King Kong de 2005 est nettement plus émouvant que celui de 1933. A son époque, le premier King Kong avait été considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma d’horreur (c’est d’ailleurs sous cette classification qu’il était sorti au cinéma). Soixante-douze ans plus tard, le gorille devient un personnage à part entière dans un film plus sentimental, plus élaboré, mais qui n’oublie pas de grandes scènes épiques. Inutile donc d’essayer de préférer un King Kong à un autre, car face à l’un des plus grands films d’horreur, Jackson vient de réaliser l’un des meilleurs films d’aventures de tous les temps.

Un film de Peter Jackson avec Naomi Watts, Adrien Brody, Jack Black, Jamie Bell
15:20 Publié dans Cinéma, Critiques cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : King Kong, Peter Jackson, Merian C. Cooper, Ernest B. Schoedsack, critique, review, Christophe Greuet






















Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.