« Dubois, Murakami et Flint, premiers événements littéraires de 2006 | Page d'accueil | Guide de Noël, partie I : Monsieur Schott, l’anti-Larousse »
10 décembre 2005
Tronic Café : 15 : The movie
A l’heure où la France est encore sous le choc des émeutes en banlieue, découvrons aujourd’hui un film venu de Singapour, qui montre le quotidien de quatre adolescents vivant en marge totale de la société. 15 : The movie est sorti en 2003 dans son pays d’origine. C’est le premier long métrage de Royston Tan, jeune réalisateur de 29 ans venu du court-métrage, coproduit par Eric Khoo, qui fut l’une des découvertes majeures du dernier festival de Cannes avec son premier film, Be with me.
Melvin, Erick, Armani, Shaun et Vynn sont cinq adolescents de quinze ans vivant en banlieue de Singapour. Leur quotidien est totalement déconnecté de celui d’autres jeunes de leur âge : ils ne vont plus à l’école, ne voient plus leurs parents, n’ont aucun projet d’avenir. 15 montre leur quotidien, dominé par les tatouages, les piercing, la drogue, l’alcool, mais surtout, des actes d’une violence extrême au nom de la « fraternité » qui lie les membres des gangs de banlieue. Les protagonistes manifestent aussi très souvent leur mal de vivre en s’auto mutilant : l’une des scènes les plus pénibles montre en gros plan l’un d’eux se donnant de grands coups de cutter sur l’avant-bras. Loin de porter un message social, le réalisateur déconnecte complètement de nombreuses scènes très dures à visionner du ton général du film.
Ainsi, 15 abandonne dès ses premières minutes un scénario linéaire pour lui préférer des vignettes du quotidien. Royston Tan fait cohabiter dans son film deux styles radicalement différents : les scènes réalistes, souvent consacrées aux combats entre gangs, et des passages très graphiques que l’on croiraient sortir d’un clip made in MTV. Ainsi, le réalisateur plaque sur ses images des slogans nihilistes en grosses lettres rouges, ou présente dans une scène d’animation le « manuel du suicidaire », dans lequel un jeune grossièrement dessiné est mis en scène dans plusieurs situations (se tirer une balle dans la tête, mettre la tête dans le micro-ondes, etc.). Ce décalage entre le ton des scènes et leur propos est probablement l’un des éléments les plus dérangeants de 15, à l’instar de cette scène dans laquelle deux jeunes font le tour des grands édifices de Singapour avec leur copain afin que celui-ci… choisisse celui d’en haut duquel il voudra se suicider !
Les acteurs du film sont de vrais membres de gangs de banlieue, et l’un d’eux fut même condamné d’agression en plein milieu du tournage. Ce fut une des raisons pour lesquelles la sortie du film dans son pays fut d’ailleurs accompagnée de plusieurs scandales, et 15 a bien failli ne jamais être projeté sur les écrans singapouriens. Le soutien de nombreux cinéastes du pays, le co-financement par la Commission cinématographique de Singapour à hauteur de 25% du budget, et l’autorisation de diffusion du film par le comité de censure après une coupe mineure (un gros plan de quelques secondes sur un sexe masculin) n’empêchèrent pas la police du pays de saisir le film, le considérant
comme une « menace pour le pays ». La raison de cette saisie vient officiellement du fait que le film ferait une promotion pour les gangs de banlieues, dont certains sont explicitement montrés dans le film. 15 n’obtint son autorisation de diffusion qu’après que son réalisateur ait supprimé dix minutes du montage d’origine de 100 minutes.
Malgré ces coupes, 15 reste à ce jour l’un des films les plus percutants sur la banlieue. Bien que sélectionné au festival de Venise, le film est resté inédit dans de très nombreux pays. Afin de le découvrir (ce que je vous conseille vivement), il faut se tourner vers le DVD américain (zone 1), présentant des sous-titres anglais, et distribué par le label Picture This ! Entertainment.
Un film de Royston Tan avec Melvin Chen, Erick Chun, Melvin Lee, Vynn Soh, Shaun Tan
Visionnez la bande-annonce du film :
14:45 Publié dans Cinéma, Critiques cinéma, Tronic café | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : critique, review, 15 : the movie, Royston Tan, Christophe Greuet, Culture Café























Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.