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03 décembre 2005

Tronic Café : Phase IV

medium_phase_ivj.3.jpgJe souhaiterais vous parler aujourd’hui d’un des « classiques inconnus » du cinéma : le film fantastique Phase IV, sorti en 1974. Unique long métrage réalisé par Saul Bass, le génie visuel derrière la célèbre scène de la douche dans Psychose, et auteur de nombreux génériques tels que Sept ans de réflexion, les films d’Otto Preminger, ou, juste avant sa mort, de Casino et Les nerfs à vif, ce film à petit budget ne connut qu’une très brève carrière au cinéma, et fut ignoré complètement par le marché du DVD, format dans lequel il est encore inédit. Seule une VHS fut éditée, devenue aujourd’hui quasiment introuvable. Ce mépris des majors, et particulièrement de la Paramount qui l’a produit, n’empêche pas de nombreux cinéphiles de considérer Phase IV comme l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma.


Le scénario de Phase IV pourrait donner lieu à la pire des séries Z. Deux scientifiques, un chercheur et un spécialiste du langage, sont envoyés en plein désert californien pour y mener une expérience. Les fourmis de cette zone paraissent en effet avoir développé une nouvelle intelligence, leur permettant de s’organiser pour anéantir les hommes alentours. Enfermés dans une « bulle » dans laquelle est concentrée la plus haute technologie, les deux hommes vont tenter d’expliquer le phénomène. Mais bientôt, ils vont devenir la cible des insectes…
medium_ph1.2.jpgCe script devient, dans le viseur de la caméra de Saul Bass, le matériau à un film d’un génie visuel absolu. Multipliant les séquences dignes d’un cinéaste animalier, Bass filme en très gros plans les insectes et leurs agissements. Ce choix de cadrage devenant par lui-même source d’angoisse : aucune scène horrifique à proprement parlé ne vient en effet gâcher l’ambiance lourde que les cadrages de Bass suffisent à créer. Les décors, de l’immensité du désert au huis-clos de la « bulle », sont eux aussi traités avec la même rigueur stylistique. Aucun point de l’image n’est laissé au hasard : Bass, à l’image de ses génériques, réussit le tour de force de composer avec le même talent plus d’une heure trente de métrage !
Le film se passe quasiment de dialogues pour mettre au premier plan sonore les bruits des insectes, contrastés par ceux du fonctionnement des machines des chercheurs. Seuls de longs monologues, souvent abscons, viennent apporter une touche humaine à ce duel opposant nature et technologie. Ce minimalisme est également appliqué au nombreux d’acteurs, qui ne sont que six (dont trois principaux) au générique. Mais ce choix artistique ne doit cependant pas être pris pour une restriction de budget !
medium_ph2.2.jpgTotalement à l’écart des standards visuels et narratifs des années 70 comme d’aujourd’hui, Phase IV peut être vu comme un « film expérimental grand public », et serait un peu au film fantastique ce que 2001 est à la science-fiction. Pourtant, Bass ne connut pas le même impact que Kubrick : son film tomba rapidement dans l’oubli. Pour le plus grand malheur des cinéphiles…

Un film de Saul Bass avec Nigel Davenport, Michael Murphy et Lynne Frederick

Commentaires

Découvert hier soir sur le cable et 100 % d'accord avec toi!!!
Un mélange d'anticipation et de mysticisme, au rythme complètement décalé, qui est le pendant de "2001" version terreste.
Des films comme on n'en fait plus aujourd'hui...
Grandiose!

Ecrit par : ants | 22 décembre 2005

ATTENTION !!!! Je précise que ce film EXISTE en dvd, mais en peu d'exemplaires semble-t-il, et uniquement en V.O.. Il y en a encore de disponibles sur http://www.ioffer.com/i/51677386
J'avais vu ce film il y a des années je ne sais plus où, et il m'a laissé un souvenir inoubliable pour toutes ces prises de vues fabuleuses de fourmilière en activité.... Sans doute était-ce lors d'une diffusion télévisuelle dans le cadre d'une soirée thématique du style des "dossiers de l'écran" qui était une émission géniale puisque je me souviens d'avoir vu un "making-off" montrant qu'une véritable fourmilière avait été utilisée, laquelle était placée dans un vivarium entrecoupé de cloisons en verre laissant place au passage de petite caméras pour tous ces fabuleux gros plans... J'ai hâte de pouvoir le revoir un de ces jours, et sachant qu'il est diffusé de temps à autres sur des chaînes du câble ou satellite, il doit être trouvable en version française numérique en "P2P", unique moyen de se le procurer.
Je doute fortement que depuis 1974 les producteurs de ce film ne daignent une seule seconde se pencher sur une édition DVD multilingue de ce film inoubliable pour ses prises de vues. Quant à l'intrigue, elle ne m'a pas marquée du tout... Bonne chasse aux dvd !!! Amicalement.

Ecrit par : Jean-Loup | 22 juin 2008

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