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28 octobre 2005
Des films, bientôt dans une église près de chez vous….
Le flot d’actualités provenant de la planète Cinéma nous ramène parfois quelques perles. Preuve est en la révélation, dans le Washington Post de Lundi dernier, des modalités de la sortie aux Etats-Unis du film Left Behind: World at War, distribué par Sony. Ce troisième long métrage de la série Left Behind sera en effet visible dès ce Vendredi sur 3200 écrans américains (autant que pour Star Wars Episode III). Mais aucun d’entre eux ne se trouvera dans un complexe de cinéma. Le film ne sortira en effet que… dans des églises !
Le studio a initié cette stratégie sur la base d’une statistique fort simple : de plus en plus d’églises américaines sont équipées de salles de cinéma pouvant rivaliser avec celles des multiplexes, tant par leur qualité de projection que par leur capacité d’accueil. Et la fréquentation des lieux de culte ne fait qu’augmenter : il y a vingt cinq ans, seules 50 églises américaines attiraient plus de 2000 personnes par semaine. Aujourd’hui, elles sont plus de 1200 !
Souvent transformées en centres commerciaux de la foi, ces églises bénéficient donc de salles de projections, mais aussi de vidéo-clubs et de bibliothèques. Une force de frappe commerciale qui ne cesse d’attirer les acteurs de « l’entertainment » américain, qui a encore en tête le succès colossal de La Passion du Christ l’an dernier.
D’autant que le matériau, ici, s’y prête particulièrement : interprété par Louis Gossett Jr., Left Behind: World at War est une production de 17 millions de dollars, inspirée d’une série de livres homonymes, consacrés à l’Armageddon. La campagne de promotion est équivalente à celle d’une production hollywoodienne « traditionnelle », avec parution simultanée du DVD et de la bande originale.
« Les 330 000 églises aux Etats-Unis représentent probablement le plus grand réseau de distribution du pays, si ce n’est du monde » remarque dans l’article A. Larry Ross, consultant en relations publiques pour de nombreuses églises. Et le cinéma « traditionnel » ne tardera pas y entrer : Disney envisage en effet d’utiliser en partie ce réseau pour y promouvoir son gros budget de Noël, Les Chroniques de Narnia. Une preuve supplémentaire que, pour l’industrie du cinéma, le mélange des genres n'est pas un obstacle dans la course sans fin vers le profit…
11:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Left Behind: World at War, Sony Pictures, Films dans les églises, movies in churches, Culture Café
















Commentaires
Le film impossible
par nasser*
L’incapacité de faire un film sur le phénomène Berlusconi dans l’Italie d’aujourd’hui est portée à l’écran, dans plus de quatre cents salles de la péninsule, par Nanni Moretti, juste avant les élections législatives que la gauche devrait normalement remporter.
Dresser un constat crédible relève de la prouesse quand, depuis plus d’une décennie, toute la sphère de l’information s’est métamorphosée en un système où la complaisance et l’allégeance ont balayé la compétence, ne laissant aucun espace à l’esprit critique. Quel constat dresser quand les statistiques sont faussées, les commentaires des spécialistes peu fiables et les médias pilotés, car préalablement expurgés des journalistes « indésirables » ?
Les sécessionnistes du nord sont de plus en plus racistes et égoïstes, le sud, lui, généreux et accueillant ne réussit toujours pas à décoller et les jeunes diplômés émigrent vers l’Europe du nord ou l’Amérique, en grand nombre. Comme leurs aînés l’avaient fait, faute d’emplois et de débouchés. C’est aussi, en partie, à cause de la libéralisation de l’éducation, de la crèche à l’université, et de son ouverture à la concurrence, qu’un « analphabétisme de retour » fait des ravages chez les deux tiers de la population.
Alors quel avenir nous attend si, en plus, la baisse vertigineuse de la natalité nous entraîne en 2050, vers un pays qui verra une majorité de vieux. Le bonheur de ces vieillards continuera d’être confié aux jeunes et ravissantes assistantes slaves qui seront contraintes d’en faire leur mari « administratif » pour sortir de la clandestinité. Et ceux qui ont trop vite oublié que, pour chercher fortune, les italiens ont parcouru le monde entier, de l’Argentine au Canada, du Venezuela à l’Australie, devraient, selon moi, avoir un peu plus de compréhension pour « les pauvres trois chats désespérés qui arrivent chez eux » et qui ont souvent dû fuir la faim ou la misère, voire la guerre attisée et rendue possible par les armes fabriquées en Occident.
Le Cavaliere, aura donc réussi à anesthésier même le plus prétentieux des intellectuels de la gauche italienne réduit à se servir d’artifices cinématographiques d’une édifiante facilité, à étaler en public son impuissance (d’expression), tout cela, en l’absence de toute originalité. Ma copine s’est endormie pendant le dernier quart d’heure. Un autre film dans le film qui lui aussi se cherche comme un caïman qui se mord la queue : trop compliqué ! Le deuxième degré a aussi ses limites. Bref, on s’attendait à un brûlot on a reçu un pétard mouillé.
Il ne suffit pas de répéter que tout a été dit sur l’inventeur de Forza Italia, ce parti sorti du vide créé par l’opération « mains propres » menée par le pool de l’intraitable juge Di Pietro, et que l’ascension du propriétaire d’un immense empire, médiatique, audiovisuel, éditorial, publicitaire, sportif, financier, après avoir fait fortune dans l’immobilier, a fait des pieds et des mains pour se faire élire Président du Conseil (Premier Ministre) afin d’échapper aux tribunaux et à la prison.
Même si, à ce jour, ce champion de la rhétorique populiste, qui a été mis en cause pour fraude fiscale, pour évasion fiscale, pour faux en bilan, pour corruption de magistrats et trois fois condamné en première instance,a toujours réussi à échapper en appel aux sanctions judiciaires
La caravelle de Christophe Colomb descend, vers la fin du film, la rue du même nom, celle qui relie Rome au port d’Ostie, où le fameux acteur qui venait de refuser le rôle du protagoniste du film impossible, Berlusconi, débutera les premières prises. C’est le symbole de tout le désarroi d’un pays, au riche passé, qui, comme un rentier de luxe, se complait dans son histoire antique et dans la vente de cartes postales vivantes, grandeur nature, aux touristes venus du monde entier. Mais incapable aujourd’hui de se débarrasser de cette illusion de richesse et de modernité que Sua Emittenza aura trop bien incarné, lui-même incarné, in extremis, par le réalisateur, in persona ! Ultime tentative de sauver la pellicule.
Oui mais, ceux qui triment tous les jours pour un salaire insignifiant, ceux qui ont la chance de se trouver sur un des 2 trains sur 10 qui arrivent à l’heure, ceux qui attendent des mois et des mois pour obtenir un rendez-vous à l’hôpital, ceux qui sont délogés et jetés à la rue pour un loyer impayé, ceux qui travaillent au noir au su et au vu de tous, ceux qui vivent dans des roulottes depuis le tremblement de terre de 1980, eux, ils ne confondent pas la publicité avec la vie réelle. Ils savent que cela n’existe qu’à la télévision.
Ils ont compris que l'économie italienne subissait de plein fouet les effets de la mondialisation et que sa flexibilité légendaire peinait face à la concurrence asiatique notamment la Chine qui débarque sur les marchés européens avec des prix imbattables. Et sur les mêmes créneaux.
Avec un gouvernement tous les trois mois et une inflation à deux chiffres, pendant plus d’un demi-siècle, ce pays du Sud s’en était toujours sorti et suscitait même la sympathie des étrangers qu’il l’associait encore aux sérénades napolitaines, aux jolies femmes appétissantes, aux costume noir et blanc de la mafia et aux tifosis délirants, au bord de l’hystérie, quand leur équipe de football avait perdu le match. Ou gagné.
Alors, l’inquiétant tarissement de la si renommée créativité italienne, illustrée par ce demi-navet, nous laisse penser qu’il en faudra du temps pour « déberlusconiser » la terre natale de Francesco Rosi, un cinéaste qui a analysé avec intelligence et précision la notion de pouvoir et d’Enrico Mattei qui, lui, avait compris que l’espace naturel de son pays était la Méditerranée. La preuve, le gazoduc qui relie l’Algérie à l’Italie porte son nom.
NB/ Il faut voir ou revoir « Viva Zappatero » de l’adorable Sabina Guzzanti, une satire agréable et percutante de la censure réintroduite. « Le Caïman » est une tentative de film qu’on peut ne pas chercher à voir à tout prix. Car l’animateur des girotondi (farandoles citoyennes) a préféré tourner en rond au lieu d’affronter la recherche des causes de ce que Umberto Eco définit comme le fascisme moderne.
* Écrivain,
né à Paris et établi à Rome.
Auteur de « Cocktail story », Editions Le Manuscrit, Paris 2003
et de « À tout à l’heure », à paraître cette année.
Ecrit par : nasser | 20 avril 2006
Excellent ! Relevé, vf et passionnel. Du bon Nasser.
Ecrit par : napolitano | 27 avril 2006
Excellent !!!
Lamia
Ecrit par : Lamia | 27 avril 2006
Excellent !
Ecrit par : Michel | 28 avril 2006
Fin, intelligenmt, percutant,
graciela
rome
Ecrit par : graciela | 28 avril 2006
Universaliste, généraliste, absolutiste et, certes, passionné de rage...
J'adore !!!
Toutes mes félicitations Nasser, bravo.
Tania. O
Ecrit par : Tania | 28 avril 2006
Formidable, un lucidité rare et une analyse excellente.
Joachim
Ecrit par : cortez.joachim | 28 avril 2006
Une critique argumentée et intelligente.
Ciao, Nasser
Cassandra
Ecrit par : cassandra.spencer | 28 avril 2006
Voilà pourquoi on t'aime. Merci Nasser
Giovanna
Ecrit par : giovanna | 28 avril 2006
Et "La mémoire de l'anchois ", alors ?
Dommage que je sois à Athènes, aulieu d'être à rome, à la librairie francaise, le 16 novembre.
Bisesssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss
Ecrit par : Kate | 19 octobre 2006
Plongée completement dans cette serie(les livres) je trouve que les film sont vraiment bien realisé ils aurait pas pu faire mieux..
Dommage que Left Behind the movie et Left Behind Tribulation Force sont en version original mais ca nous entraine pour l'anglais donc c'est cool..
les ayant vu a peu prés 5 fois chacun, j'ai trés envie d'avoir la suite..
Et aussi la suite des livres car je viens de finir le #9..
Ecrit par : Joy | 07 août 2007
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